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Art et Bible - Page 6

  • L'ARCHE DE NOE

    Le mythe du Déluge et celui de Noé ont donné une masse de commentaires et d’images  dont nous retenons quelques unes pour leur sens théologique. Mieux vaut d’abord lire le texte, qui est long, répétitif et pas toujours explicite mais indispensable     Genèse ch. 6 à 9

     

    1  Les beatus, une image du salut

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    On appelle Beatus les manuscrits espagnols des Xe siècle et XIe siècle,   où le moine Beatus de Liébana a commenté l'Apocalypse et le texte du déluge.

    Le Beatus de Gerone

    L’image est coupée en 2 : le monde de la mort et celui de la vie.
    En bas la mort où les cadavres flottent ou chutent comme lors d’un  Jugement dernier. Mais l’image se lit de gauche à droite, du corbeau qui mange un cadavre, à l’olivier qui sort de l’eau et permet à la colombe d’apporter son message d’espoir. L’opposition entre corbeau et colombe est donc renforcée et propre à la Bible, car dans l’épopée babylonienne de Gilgamesh qui a fortement servie de modèle au récit biblique, c’est le corbeau qui apporte le bon message.
    En haut , l’arche sorte de boite maison avec ses étages et ses cases. Couleurs et lignes opposent les 2 parties, sur la mort flotte l’arche de vie, celle du salut

    Comparaisons entre les arches des beatus de Gerone et d’Urgell

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    beatus-valladolid-valcavado-ms433-f74v.jpg


     Les humains , il devraient être 8 (Noé ses 3 fils et leurs femmes) mais Gerone n’en montre que 7, car c’est le nombre de la perfection , nombre répété de nombreuses fois dans le texte biblique. Quand les 8 sont représentés comme à Urgell, Noé  se dresse comme un Christ ressuscité, car il est le 8ème, sorti du tombeau le 8ème jour (lendemain du sabbat). Plus prosaïquement on voit les femmes voilées, séparées des hommes.

     

     Les étages  devraient être au nombre de 3 mais ils sont ici toujours plus nombreux, les animaux choisis renvoient à un bestiaire en partie symbolique qui provient d’un texte égyptien du 2d siècle, le Physiologos.

             En bas les gros animaux terrestres : le dromadaire est partout présent, l’éléphant souvent, il est vu comme un symbole de chasteté et de fidélité. Mais Gérone met sur le même niveau, un taureau

     Le second étage rassemble des animaux sauvages redoutables à l’homme, ce qui ne veut pas dire négatifs, ainsi le lion, et surtout la panthère, animal christique (après la chasse, elle reste 3 jours dans sa tanière, puis sort exhalant une bonne odeur), l’ours porte un collier… donc des animaux dangereux mais que l’homme peut dominer.

    Le 3ème étage de Gérone porte un couple de singes, des antilopes, tandis qu’Urgell montre des animaux de basse cour, que Gérone met à part

     

    Une nouvelle création mais aussi un nouvel ordre animal car désormais l’homme sera carnivore

     

    2 De la boite au bateau

     

     

    Saint-Savin sur Gartempe, Abbaye St-Savin et St-Cyprien, Peinture de la voute, L'arche de Noe.jpg

     

    A St Savin sur Gartempe, l’arche de Noé  se trouve au milieu des fresques du XI ème s. qui occupent toute la voute romane.

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     On retrouve l’image du salut , qui flotte au dessus des eaux du déluge, l’arche avec les animaux et les hommes, cette fois bien séparés en couples, l’étage intermédiaire, peu visible,  est celui des oiseaux.

     

    Mais que font ces 2 hommes accrochés au flan de l’arche ? Ce sont peut être des géants, des « fils de dieux » ceux dont le texte parle en 6, 1-4. Ce sont peut être des héros de légendes postérieures, les ancêtres de Pantagruel selon Rabelais, des rois qui veulent échapper au déluge et deviennent les serviteurs de Noé selon un texte du Midrash (commentaire juif du Pentateuque).

    Certains y ont vu des anges, mais ceux représentés sur cette enluminure anglaise sont bien différents, ils protègent l’arche, alors que les personnages de St Savin s’y agrippent. A noter sur cette image, la présence de Dieu, sous les trits du Christ, qui ferme la porte comme le dit le texte en 6, 16

     

              

    La principale nouveauté est le bateau ?

      Le mot hebreu est «  tebah » boite, qui vient de « teb » coffre sarcophage, mais désigne aussi la corbeille de Moïse ,

    En grec la traduction de la Septante utilise  « kibotos »  caisse, coffre à linge  

    En latin la Vulgate de Jérôme prend « arca » coffre de la racine « arcere » contenir, idée de protéger, elle utilise le même mot pour l’arche Noé, l’Arche d’alliance et le tombeau du Christ, toujours un écrin de la vie.

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     Mais dans le livre de la Sagesse écrit en grec au 1er s. l’histoire de Noé qui est à nouveau racontée, utilise un autre mot « Xedia »  radeau, et ceci est peut être à mettre en relation avec le fait que ce soit en Egypte au Vème s. qu’apparaisse la première image d’une arche de Noé qui soit un bateau. Cependant les représentations sous forme de boite continuent des catacombes, à St Marc de Venise en passant on l’a vu par les Beatus espagnols.

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    A l’autre bout du monde on trouve des croix irlandaises du Xème s. avec un bateau et à St Savin, c’est bien d’un drakkar qu’il s’agit avec son montage à clin et sa proue monstrueuse (gentille ici puisqu’elle fait de l’œil à l’oiseau). Les artistes romans savent que le drakkar est le meilleur bateau du monde.

    Désormais l’arche sera toujours vue comme un bateau, plus ou moins ventru et plus ou moins surmonté d’une maison .

     

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     Memberger, Kaspar the Elder 1588, Oil on canvas, 124 x 163 cm Residenzgalerie, Salzburg

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     Hicks, Edward ,  1846, oil on canvas, Philadelphia Museum of Art.  

      

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    György LEHOCZKY 1901-1979 peintre hongrois réfugié en Allemagne

     

    Les 2 premiers représentent l’embarquement, en insistant sur la paix entre les animaux qui devraient se manger entre eux, image paradisiaque , qui ne correspond pas du tout à ce que sera l’après Déluge puisque Dieu y admet la violence de l’homme sur les animaux et entre les animaux. Ch. 9.

    Le peintre allemand représente une joyeuse cohue, alors que Hicks, quaker américain, met beaucoup d’ordre et de solennité dans ce défilé dont les hommes sont quasi absents (juste une silhouette à gauche) . Lehoczky reprend l’image du vaisseau porteur du salut, mais casse les couples , par contre il retrouve les anges présents sur l’image anglaise !

      

    3 Les peintres modernes préfèrent le déluge à l’arche, goût de la violence ? mais violence de qui ?  

     

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    Hans Baldung (1484-1545) peintre élève de Dürer, iI passera la majeure partie de sa vie à Strasbourg.

    Le Déluge est peint vers 1516, ses dimensions sont de 81 x 64 cm, il s'agit d'une peinture à l'huile sur bois qui se trouve actuellement à l'Historisch Museum des Stadt, Neue Residenz Bamberg en Allemagne

     

    LA VIOLENCE est partout   

    Dans le ciel , masse nuageuse,  compacte, sombre, répulsive...

    Dans l’eau où les personnages, hommes, femmes, enfants… bien que dans des situations dramatiques, provoquent plus le dégoût que la pitié ou la sympathie , ils s’agitent , se battent,  les couleurs dans des tonalités fades et froides…  l'impression de grouillement  l’emporte sur toute compassion. Chacun des personnages est seul, nu, et réduit à l'impuissance, usant de moyens de salut dérisoires et personnels.

     

    L’arche est au centre, solide malgré les vagues,  rouge sur l’ensemble froid. On retrouve le coffre, la boîte précieuse bien cadenassée, mais ce pourrait être une maison (et dans ce cas les hommes du bas renvoient aux géants évoqués dans le texte). On ne voit rien de l’intérieur, ni Noé, ni les animaux, ils sont mis à part, ils sont devenus un «trésor » (coffre cadenassé) dont Dieu aurait la clé, et la lumière divine éclair, choisit ce petit reste choisi,  hommes et animaux de demain.

    L’abandon de l’arche-bateau permet de renouer avec les différents sens du mot arche : celle de Noé, celle de Moïse, celle de l’Alliance qui était dans le Temple de Jérusalem… ce signe de l’alliance éternelle entre Dieu et les hommes qu’il sauve des tempêtes, du mal, et qui sera dévoilée à l’Apocalypse.  Comme la peinture date de 1516, on comprend mieux la peinture par le contexte : attente de la fin des temps, scandales et crises de l’Eglise avec les débuts de la Réforme dont le peintre est partie prenante

     

     La violence est humaine et Dieu sauve par l’Alliance hier et aujourd’hui

     

     Changement complet avec ce tableau de Nicolas Poussin (1594-1665).  

    L'Hiver ou  Le Déluge est l’une de ses dernières œuvres, huile sur toile 1,60 m x 1,18 m,   collection du Louvre

      

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    IMPRESSION DE CALME PLUS QUE DE VIOLENCE

    Le tableau se lit par de larges plans successifs :  un plan d’eau encadré de rochers, ce premier plan est celui où les personnages évoluent, c’est l’espace narratif.  Ensuite un espace marin, avec dans la brume un gros bateau, trapu, sans mat ni voile, l’arche. L’horizon est occupé par une montagne qui ressemble à un volcan  Le ciel est chargé de lourds nuages sombres et déchiré par un éclair .

     La composition du paysage est structurée par les horizontales. Ces horizontales donnent de la stabilité et créent un sentiment de calme. Quelques obliques ouvrent le paysage en profondeur comme pour un décor de théâtre. Mais deux verticales, soulignent deux équilibres temporaires, celui de la barque centrale redressée par le courant, et celui de la chaîne de vie de la famille à droite.

    Les masses colorées chaudes dominent nettement et  donnent  un caractère positif à un paysage qui par ailleurs est désolé.

    Cette analyse nous oriente vers une vision calme et positive de la scène. Le spectateur voit une  situation  grave mais pleine d’espoir. Une barque se dresse et va se renverser, mais un homme qui est tombé nage déjà fermement pour se sauver et le rivage n’est pas loin. Un homme échappe au flot grâce à son cheval qui nage, et une femme s’appuie sur une planche qui flotte. La barque de droite est solide et est un havre pour l’homme qui y grimpe. Cette barque permet à une famille de rejoindre la terre ferme, l’homme attrape son enfant que la mère lui tend. Ainsi tous semblent trouver un moyen de se sauver. De l’inondation.

    Mais ce que le spectateur voit,  contredit ce qu’il sait par ailleurs.  Le titre renvoie au Déluge, l'eau engloutira le monde,  et se terminera par la mort de tous les hommes et de tous les animaux sauf ceux qui sont sauvés par l’arche de Noé. Or justement, c’est cette arche que l’on voit s’éloigner à gauche, elle est déjà en route, donc tous ceux qui seront sauvés sont à son bord, et tous ceux que nous voyons sont voués à une mort certaine.

     C’est donc une mise en scène subjective, qui permet de susciter une émotion particulière chez le spectateur, la compassion pour les victimes, ce qui est bien contraire à l’esprit du texte, pour qui le déluge s’explique parce que « la terre était pleine de violence  …  tous s’étaient pervertis sur la terre » Gn 6, 11-12

     La vision de l’homme présentée par ce tableau est positive, aucune violence aucune perversion n’apparaît. Les hommes se sauvent sans faire tort à leurs semblables, ils s’entraident et quand la situation semble grave, l’homme de la barque qui avance sous la chute, prie et demande secours à Dieu.

     La violence vient de Dieu, le maître de la création,  est présent  dans la nature, c’est lui fait pleuvoir, c’est lui qui foudroie. On peut en effet supposer que l’éclair qui se dirige vers le fond, foudroie une ville, et que les personnages visibles sont un petit reste, les derniers survivants, pour quelques jours seulement.

     La colère de Dieu envers les hommes semble donc injuste et le choix de sauver Noé et les siens, purement gratuite.

     Mais Poussin représente sur le rocher gauche, un grand serpent qui monte pour fuir les eaux, lui aussi. Le serpent de Gn 3  le  mal et le péché, sont donc bien présents, ils sont cachés mais le cœur de l’homme est perverti et ses bonnes actions ne peuvent le sauver.

     

    Le serpent, l’idée du péché originel viennent-ils donner l’explication, la justification ?
    La prière est elle la seule voie ? Est ce pour cela que l’homme qui implore est placé au centre, qu’il reçoit pleinement la lumière ?  

    La partie gauche est orientée de façon descendante par l’oblique du rocher qui aboutit à la barque qui chavire. C’est la chute au sens propre, et au sens religieux avec le serpent. Mais cette chute se transforme soudainement en ascension, la barque se redresse permettant à l’homme de se dresser vers Dieu, de l’implorer et de se sauver spirituellement.

     Ainsi les deux verticales expriment bien le rapport des hommes à Dieu. Celle de l’homme tendu vers Dieu pour l’implorer et que son compagnon soutient, et celle de la mère tendant son enfant à son époux pour le sauver. Deux visions de la vie humaine face au malheur ? Deux voies de salut ?

    Ou simplement double mouvement qui correspond aux deux moments, aux deux situations des hommes et des barques, quand la barque vogue, il faut vivre et s’entraider, quand la barque chavire, il faut implorer. Succession plutôt qu’opposition.

     Et l’arc en ciel ? l’arc de l’alliance ? il est peu représenté mais Marc Chagall lui donne toute son importance à travers toute l’histoire du Peuple de Dieu

     

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  • LA FEMME DE L'APOCALYPSE

     

    Le texte biblique est le ch. 12 de l’Apocalypse de Jean

    Après la 7ème trompette

    12 1 Un signe grandiose apparut au ciel : une femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ;  2 elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement.

     3 Puis un second signe apparut au ciel : un énorme dragon rouge-feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d'un diadème.  4 Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. En arrêt devant la femme en travail, le dragon s'apprête à dévorer son enfant aussitôt né.

     5 Or la femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer ;

     6 et son enfant fut enlevé jusqu'auprès de Dieu et de son trône, tandis que la femme s'enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu'elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours.  

    Alors, il y eut une bataille dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le dragon. Et le dragon riposta, avec ses anges,  8 mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel.  

    On le jeta donc, l'énorme dragon, l'antique serpent, le diable ou le Satan, comme on l'appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses anges furent jetés avec lui.  

    10 Et j'entendis une voix clamer dans le ciel : "Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu'on a jeté bas l'accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu.  11 Mais eux l'ont vaincu par le sang de l'Agneau et par la parole dont ils ont témoigné, car ils ont méprisé leur vie jusqu'à mourir.  12 Soyez donc dans la joie, vous, les cieux et leurs habitants. Malheur à vous, la terre et la mer, car le diable est descendu chez vous, frémissant de colère et sachant que ses jours sont comptés."


     13 Se voyant rejeté sur la terre, le dragon se lança à la poursuite de la Femme, la mère de l'Enfant mâle.  14 Mais elle reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert jusqu'au refuge où, loin du serpent, elle doit être nourrie un temps et des temps et la moitié d'un temps.  15 Le serpent vomit alors de sa gueule comme un fleuve d'eau derrière la Femme pour l'entraîner dans ses flots.  16 Mais la terre vint au secours de la femme : ouvrant la bouche, elle engloutit le fleuve vomi par la gueule du dragon.  17 Alors, furieux contre la femme, le dragon s'en alla guerroyer contre le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus.  18 Et je me tins sur la grève de la mer.

     

     

    1 Les Beatus

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    11 Beatus peint par Facundus  en 1047

    On appelle Beatus les manuscrits espagnols des Xe siècle et XIe siècle, plus ou moins abondamment illustrés, où sont copiés l'Apocalypse de Jean et les Commentaires du moine  Beatus de Liebana mort en 798

     Ce sont des parchemins écrits et peints. La présentation des scènes sur un fond de larges bandes peintes, horizontales, ne correspondent à aucune réalité extérieure. Chaque élément est en relation directe avec le spectateur, mais n'entretient pas de relation structurale avec les autres éléments.

     
     Le dragon domine la scène, comme serpent écaillé, comme l’hydre de Lerne. La Femme Vierge Eglise représentée en orante sans enfant , elle est désarmée et vulnérable dans sa beauté céleste, couronnée d'étoile, la lune sous ses pieds et le ventre solaire, elle est figure de la Nouvelle Eve, mais aussi de l'Eglise ayant pour mission de « mettre au monde » le Christ . En haut à droite, l’enfant déjà grand est auprès de Dieu.

     En bas à droite : L'ange a enroulé une corde autour du cou de Satan,  le diable est déjà prisonnier puisqu'il  a perdu le combat, mais la queue du serpent continue à balayer des hommes pour les pousser vers ce lieu. 

     

     12  Les Beatus Osma  1086 et   de San Miguel de Escalada 960. mettent en scène des dragons d’un autre type (naga de l’indouisme)  mais la Femme reste avec son ventre solaire

     

     

    Beatus_Osma_117v.jpg       Escalada piermont Morgan.JPG

     


    2 AUTRES SCENES MEDIEVALES SURPRENANTES

     

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    Dragon attaque et mange enfant Musée Louvre bas relief de Senlis 1150

     

     

          

      



    Dragon-diable est chassé par Marie qui protège anonyme_italie_XV.jpg

    ainsi la femme et son enfant, cette fois la Femme est devenue Marie, anonyme Italie XV

     

     

     

     

     

     

     

     

    3 L’APOCALYPSE D’ANGERS

     

    C’est une tenture de 50 m², 140 m de long, 4 m de haut avec 84 scènes en  2 registres, chaque scène mesure 1,5 x 2,5 m. Commandée par  de Louis 1er d’Anjou, 1339-1384,  fils de Jean le Bon ,  le carton est de Hennequin de Bruges, le tissage est de Paris , entre 1373 et 1383

     

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             Scène 35 La Femme attaquée

                       St Jean est toujours observateur, à gauche, plus ou moins expressif.

                       Femme assise, couronnée, c’est une Vierge à l’enfant, le soleil est sur sa tête

    Enfant est né, nimbé, sauvé par ange, emporté vers l’autel de Dieu

                                  2 mondes : la terre toujours verte, fleurs , avec en continu le ciel au dessus de la terre,ici en rouge mais c’est une alternance,  une fois rouge, une fois bleu. Et le Ciel de Dieu entouré de petits nuages donc discontinuité

                       le dragon est un naga, mais il n’est pas au ciel

     

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             36 Michel contre dragon

                        Toujours les 2 mondes, le ciel bleu foncé est géométrisé

                       Dragon divisé en 2   

                       Anges avec St Michel qui tient la croix, superbe composition

                       Un ange explique à Jean, et lui tend le texte.

     

    The_Woman_recoit des ailes_(Château_d’Angers).jpg

     

             37 Femme s’envolant au désert

                       Toujours le dragon malgré le combat. Les anges donnent des ailes à la femme

                        

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             38 Dragon essaie de noyer la femme

    On voit l’eau , plus fertilisante que dangereuse, la femme vole , le dragon aussi

            

    35   Jean Lurçat, église du plateau d’Assy 1950

     

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    LURCAT 1892 1966. En 1938 il découvre la tenture de l'Apocalypse d'Angers qui est, pour lui, une révélation esthétique (ampleur et poésie) et technique (gros tissage, palette réduite, dessin simplifié). Dans cette chapelle où le Père Couturier a voulu réunir de nombreux artistes « contemporains », croyants ou non, Lurçat reprend une iconographie assez traditionnelle ;

     

    4 DURER

     

    En 1498, Dürer réalise quinze xylographies d'après l'Apocalypse de saint Jean l'Evangéliste. L'oeuvre de Dürer n'est pas un travail d'illustration commandé par un éditeur, l'artiste est le maître d'oeuvre. L'Apocalypse de Dürer est le premier livre conçu et publié par un artiste. . Il s’agit de la première Apocalypse imprimée dont l’image - en pleine page - supplante le texte, lequel n’est pas placé en regard, mais au verso du feuillet gravé. L’image acquiert ainsi une autonomie nouvelle, s’émancipe du texte écrit qu’elle est censée illustrer.

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    41 La Femme vêtue de soleil et le Dragon à sept têtes
    Dürer synthétise tous les éléments, et les temps du texte :
    la femme étoilée enceinte, glorieuse, mais elle a déjà les ailes pour fuir au désert,

     l'enfant est né et sauvé par les anges,

     le monstre menaçant l’enfant la femme, il balaie bien le ciel avec sa queue, mais il est déjà cracheur d'un flot furieux pour noyer la femme. On retrouve comme à Angers, le Ciel de Dieu et celui de la création

     

    42 Saint Michel terrassant le dragonb2-durer-st-michel.jpg

    Dürer attribue aux deux tiers de l'illustration le combat des anges qui se déroule dans l'entrelacs des nuées. La violence et l'obscurité du registre céleste sont redoublées par le contraste avec la clarté et le calme du paysage entre terre et mer.

    Saint Michel et trois anges combattent le dragon, qui s'est démultiplié en cinq bêtes très différentes les unes des autres.  La masse des anges prend la moitié de la représentation, et assomme de son poids, et par la figure éminente de Michel, les figures fantastiques reptiliennes et armées de griffes.

       Dürer dit  l’angoisse sociale et les aspirations mystiques d’une époque marquée par différents fléaux et violences, une foi exaltée est encore accentuée par le fait que l’an 1500 est proche, et que certains croient en l’imminence de la fin du monde.

     

    5 VIERGE MARIE, LA FEMME APOCALYPSE

    A l'époque des Beatus, la Femme de l'Apocalypse était le symbole de l'Eglise, mais très vite elle est devenue, l'image de la Vierge Marie

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    51  Rubens 1623 - 1624 huile sur toile col. Paul Getty  

     

    St Michel a le foudre divin et un bouclier, la Vierge à l’enfant , c’est elle qui protège, mais surtout elle est la Nouvelle Eve écrasant le serpent

     

    C’est plutôt une sorte de chute des anges combattus par Michel et Marie. Le combat est au ciel, la terre est absente

     

     54 Françoise BURTZ 

     née  à Issenheim en 1942, artiste et théologienne, vit près de la Trappe du Mont des Cats dans le Nord de la France.

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    Vierge à l’enfant + différents symboles :

    en haut : main de Dieu, agneau vainqueur,  

    en bas : dragon avec scènes chrétiennes : croix Pierre, André

     



    55 Marie étant  assimilée à cette image de l’Apocalypse, devient la Vierge Mère Reine du Ciel et on peut alors simplement ajouter soleil, étoiles et lune à une traditionnelle Vierge Marie à l’enfant Jésus.

     La lune est toujours réduite à un croissant, comme celle de Diane,  et à partir du XVI ème s. elle n’est pas sans évoquer le croissant turc dominé par la Chrétienté.

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    Vierge enceinte de Cucugnan

             elle est le soleil, elle marche sur lune et serpent

     

    Virege à l'enfant mais avec lune et soleil 

     

     

    6 AVANT ET APRES

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    61 LETO ET LE DRAGON

    Le mythe : Python, le grand dragon, fils de la terre, sera vaincu et mis à mort par le fils de Léto ; enceinte par les œuvres de Zeus. Menacée par Python Léto s’enfuit    

    Le mythe grec se ressemble à Ap. 12, mais il s’en sépare à propos des points importants.  

    62 UNION EUROPEENNE

     

    Le drapeau europeurope.jpgéen : les douze étoiles d’or de la couronne de la Vierge, sur fond de bleu marial…    dessin  retenu à l'unanimité, le 8 Décembre 1955, jour de la fête de "l'Immaculée Conception" chez les Catholiques.

     

     

  • JUDITH LA VIOLENCE D’UNE FEMME

     Le livre de Judith n’existe qu’en grec, dans la version de la Bile dite de « la septante », c’est pourquoi il ne fait pas parti du canon de la Bible juive ni des bibles protestantes. Pour une introduction et un résumé voir

    http://introbible.free.fr/p2jdt.html

    Pour une lecture complète  voir http://bible.catholique.org/livre-de-judith/4147-chapitre-1

     La représentation de Judith tuant Holopherne est toujours violente, parfois difficilement soutenable.

     

    1 LA JUDIH DU CARAVAGE  1571-1610

     

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    Tableau  de 1598-1599, huile sur toile, de 145x195 cm,  Galerie d’Art Antique à Rome.

    Le naturalisme du Caravage éclate dans cette scène.

    La scène se passe dans la tente d'Holopherne, le général qui dormait est tiré par les cheveux et a la gorge tranchée par l'épée que tient Judith, à droite une vieille servante tient un sac pour recueillir la tête coupée.

    Les couleurs sont peu nombreuses. Le décor est quasiment invisible, sauf un rideau rouge, suspendu et qui par sa forme et sa couleur, ressemble à un rideau de théâtre.

     

    La principale opposition concerne l'ombre et la lumière.  

    Le clair obscur est  violent. Cela est très sensible pour le corps d'Holopherne qui est ainsi véritablement coupé en plusieurs morceaux par la lumière avant de l'être réellement par le glaive.

    La lumière est signe de la présence ou de l'action divine, elle vient de gauche et de très haut éclairant presque verticalement l'épaule de l'homme et le buste de la femme. Judith est éclairée par Dieu, ses bras guidés par Lui, elle tranche la gorge d'Holopherne qui est plongé dans l'obscurité, mais pas totalement car tout homme a une part divine. Judith n'est d'ailleurs pas totalement lumineuse non plus, son buste sort de l'ombre,  c'est son geste qui est lumineux, son visage aussi car sa détermination est fondée sur sa foi.

    Quatre éléments semblent former un vrai instantané, mais ne sont qu'une reconstruction du peintre : le visage  d'Holopherne hurlant de douleur, les yeux révulsés, essaie de voir ce qui se passe, ses mains prennent appui pour se relever, sa tête déjà à moitié coupée, vacille..

    Le visage de Judith est tendu, une ride au milieu du front pour marquer un certain dégoût, qui est sensible aussi par la distance qu'elle garde par rapport à Holopherne. Quant à la servante son visage exprime la stupéfaction par les yeux et le dégoût par la moue, ses mains semblent prêtes à se saisir de la tête, ou plutôt à recevoir  cette tête que Judith va lui tendre.
     
    Le peintre traduit particulièrement bien deux expressions de la prière de Judith, « jette un regard sur l'oeuvre de mes mains » et « fortifie moi »au v. 7.  .  

    En conclusion on peut dire que ce tableau oppose la fragilité de la pure et pieuse jeune veuve à la force bestiale et lubrique d'Holopherne. Dans la bible, la veuve est toujours une femme faible qu'il faut protéger, mais ici, elle va se révéler être plus déterminée et forte que tous les hommes de Béthulie. Forte, mais de la force de Dieu, qui agit à travers l'action de Judith, il intervient en lui donnant la force, le courage, la détermination, Il intervient en rendant temporairement impuissant le général aviné (mais cela n'est pas sensible dans l’œuvre), et l'impossible se réalise, la femme frêle tue l'homme brutal avec sa propre arme, elle vainc par ruse et détermination et elle sauve son peuple. Par là elle rejoint David tuant Goliath et comme lui elle peut rentrer chez elle avec la tête de l'ennemi du peuple. Victoire de la piété et de la foi d'une seule, qui permet de libérer tout le peuple

     

     

    2 JUDITH VUE PAR DES FEMMES

     

    Les Judith d’Artemisia Gentileschi (1593-1654)
    Judith et Holopherne, vers 1612-1614 Huile sur toile - 159 x 126 cm Naples, Capodimonte, Cette version est la seconde, un peu assagie par rapport à l’ouvre de Florence.

     

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    Artemisia  a souvent représenté Judith, au moment de la décapitation mais aussi dans d’autres moments, avec sa servante. On a souvent mis en relation cela avec la vie personnelle de l’artiste, qui fut violée par son maître puis dut subir un procès honteux et pénible. Mais d’autres femmes peintres ont aussi traité ce sujet, le fait de choisir une femmes forte, indépendante voire violente, manifestant  une sorte de revanche féminine face à l’exclusion sociale auxquelles on voulait condamner les femmes peintres.

    Judith tuant Holopherne a été représenté deux fois. La première version, celle de Florence est particulièrement violente, celle de Naples, un peu moins.

    Artemisia s’est inspiré du Caravage, mais en changeant de format, elle densifie l’action. Les forces sont descendantes, les femmes se mettent à deux,  la tête d’Holopherne est toujours au centre (à Florence) mais elle est tout en bas, le corps renversé. La force conjointe et la détermination des 2 femmes renforcent le caractère féministe de ce tableau. Le décentrage de la version de Naples et les riches vêtements de Judith,  atténuent un peu la violence.

     

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     Judith et sa servante Abra avec la tête d’Holopherne, vers 1640-1645 Huile sur toile - 235 x 172 cm Cannes, Musée de la Castre
     

    Judith et sa servante Abra avecla tête d’Holopherne, 1617-1618 Florence, Palazzo Pitti,  Galleria Palatina


     Voici 2 œuvres celle da gauche date de 1625, elle est à Detroit, la seconde date de 1618, elle est à Florence-Pitti. La décapitation terminée, les 2 femmes quittent la tente, en éteignant la bougie, puis en écoutant les bruits. Cela donne une idée de la volonté narrative d’Artémisia. Deux choses me frappent : le port maladroit de l’épée, Judith ne sait pas quoi en faire. Et aussi le regard : Dans celui de gauche, Judith, cache la lumière pour mieux regarder le casque d’Holopherne, il est coupé sur la reproduction mais bien visible sur l’original, le signe de sa puissance, devient un objet de dérision, un signe de la victoire de Judith. A droite les 2 femmes regardent l’obscurité, elles se retournent pour entendre et voir, quoi ?  un signe de Dieu ? Dans les 2 cas la solidarité est grande entre maîtresse et servante, ce qui est assez original.

     

     Judith de GIULIA LAMA 1681 1747 Venise

    Femme peintre  très active à Venise. Une adepte du clair obscur

     Cette fois, le corps d’Holopherne est exposé, celui d’un mort ? celui d’une victime sacrifiée ? La lumière créé un drame, elle a déjà mis la tête dans l’ombre, comme si elle était coupée.  

    Judith est en prière, la prière avant l’exécution mais l’absence de l’épée rend la scène douce, on pourrait croire à une veillée funèbre.  Judith regarde le ciel et  ses mains se joignent, celles qui prient vont devenir celles qui tuent. Que demande  Judith ? la force ? ou que la décision s’éloigne ?

     

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    3 JUDITH LA JUSTICIERE

     

    Lucas CRANACH l’Ancien  1472 – 1553  a peint toute une série de Judith, toujours dans la même position, seul le vêtement et le visage changent.

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    Fière  de son acte la Judith de Cranach n’a aucun remords. L’épée fièrement dressée dans sa main droite, la main gauche crispée pour tenir la tête tranchée de celui qu’elle vient de tuer, elle apparaît comme la "justicière" qui n’a fait que son devoir. .  

    Dans le contexte des années 1530 Cranach le peintre du duc de Saxe, représente Judith comme une riche  patricienne saxonne, Cranach le luthérien fait de Judith un symbole de la résistance contre l’empereur catholique. Une résistance qui sera victorieuse.

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    Valentin de Boulogne (1591-1632) 1626

           La justicière a air farouche, le visage défait par son action, mais elle marche vers l’avenir et en appelle au Ciel, pour nous montrer qu’elle a fait justice.

             Trois verticales et une diagonale, négative  c’est la punition du Ciel, qui s’est abattu sur Holopherne

          

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             Opposition entre la beauté de Judith et la laideur de la tête d’Holopherne. Le geste est terrible, il ne montre aucun respect envers le mort, Bien que douce par le regard,  elle écrase l’hydre, elle est une sorte de St Michel.

     

      

     

    4 JUDITH LA SENTIMENTALE

     

    VERONESE

    Judith et Holopherne 1581 Huile sur toile, 231,5 x 273,5  Kunsthistorischesmuseum, Vienne

     

    1580 Paolo Veronese (1528 - 1588) Judith with the Head of Holofernes c.1580.jpg

     

    Judith a relevé la tête pour faire face à sa servante, mais son regard se perd dans le vague. Dans le triangle qui relie les trois visages de cette œuvre s’inscrit toute son intensité dramatique.  

    La tendresse dans la façon dont ses paumes caressent la tête qu’elles tiennent et semblent attirer contre la poitrine de la meurtrière. L’arrondi sensuel de ses bras confirme ce sentiment ; nulle raideur, nulle crispation dans l’attitude de Judith ; la criminelle a les mêmes gestes que l’amante. Par ce choix de composition, Véronèse nous entraîne dans une méditation sur l’ambiguïté de la nature humaine.

      Comment ne pas être profondément touché par ce regard perdu, mouillé de larmes, aux paupières légèrement baisées ?  

     

     Bernardo CAVALLINO  1616 1656  Musée National, Stockholm

    Tableau de 1640 1640 Cavallino, Bernardo (1616 - 1656), Judith avec la tête d'Holohern​e,.jpg

    Judith a perdu de sa superbe, c’est une femme simple sans bijoux, elle nous regarde, elle nous prend à témoin, elle exprime la douleur , elle tient son épée basse, elle exprime un sentiment de détresse, de compassion ?

    Le clair obscur la partage, met en lumière Holopherne

     

     

      

     

     

     

     

  • JESUS ET LA SAMARITAINE

     

    Fatigué du chemin, Jésus était assis tout simplement à même au puits. C'était environ la sixième heure.  Arrive une femme de Samarie pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : ''Donne-moi à boire.''  Ses disciples, en effet, étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger.   Mais cette femme, cette Samaritaine, lui dit : ''Comment ? Toi, un Juif, tu me demandes à boire à moi, une femme samaritaine !''   Jean 4, 6 à 9  mais il faut lire toute la scène Jean 4, 1 à 43

     

    La rencontre entre un homme et une femme autour d’un puits, la bible connaît d’autres rencontres au puits.  

     2 Jacob_rachel_424780168_273076_sebastiano-conca.jpg

    Jacob et Rachel    Livre de la Genèse chapitre 29 Dès que Jacob eut vu Rachel, la fille de son oncle Laban, et le troupeau de son oncle Laban, il s'approcha, roula la pierre de sur la bouche du puits et abreuva le bétail de son oncle Laban.  Jacob donna un baiser à Rachel

      

    Sebastiano Conca 1680-1764

     

     

    3 moses_Ricci.jpgMoise et la fille de Jethro    in Exode 16  Le prêtre de Madian avait sept filles. Elles vinrent puiser et remplir les auges pour abreuver le troupeau de leur père. Les bergers vinrent les chasser. Alors Moïse se leva pour les secourir et il abreuva leur troupeau

     

     Sebastiano Ricci 1659-1734

     

     

     

    1 Murillo Eliezer et Rebeccarebecca.jpgEliezer et Rebecca                   Genèse 24   Rebecca sortit, sa cruche sur l'épaule … Elle descendit à la source, remplit sa cruche, et remonta.  Le serviteur [Eliezer] courut au-devant d'elle, et dit: Laisse-moi boire, je te prie, un peu d'eau de ta cruche.  Elle répondit: Bois, mon seigneur. Et elle s'empressa d'abaisser sa cruche sur sa main, et de lui donner à boire

      

    Murillo 1618-1682  

     

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    Poussin 1594-1665

    Eliezer et Rebecca de chaque côté du puits évoquent bien Jésus et la samaritaine





    L’homme (en tant que masculin) étranger passe presque par hasard, mais ce hasard est comme la trace de la main invisible de Dieu qui semble diriger les événements pour faire advenir un mariage. Le lieu   « puits » est  chargé de symboles ; l’eau du puits est porteuse de vie et de fécondité pour les troupeaux et pour les humains : le serviteur d’Abraham y rencontre Rébecca qui deviendra la femme d’Isaac, Jacob tombe amoureux fou de Rachel qu’il épousera  ; Moïse recevra comme femme Siphora, une des sept  qu’il a défendues contre des bergers

    La main de Dieu met sur la route de l’étranger une bergère pour qu’elle devienne porteuse de la vie. Dans le texte de Jean, Jésus et la Samaritaine, lui aussi passe aussi par hasard, et comme Eliezer il demande à boire, mais la situation s’inverse et c’est Jésus qui donnera l’eau vive à la femme.

     

     

    LE CHRIST ET LA SAMARITAINE

     

                Cette scène est présente dans les premières représentations chrétiennes, dans l’église de Doura Europos  et dans les Catacombes romaines avec autres scènes de salut.

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    Très vite en Orient,  se structure un modèle : le Christ est assis, la femme debout, de chaque côté de l’eau ou du puits. Dans la fresque géorgienne, le puits est remplacé par la cruche donnée par la femme à Jésus, mais placée de telle façon que l’on peut aussi comprendre que c’est lui qui donne à boire. Magnifique échange.

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      En occident les artistes reprennent la tradition orientale du puits central avec Jésus et la Samaritaine de part et d’autre, mais la scène se contextualise par le paysage : la ville de Sychar et le mont Garizim où les Samaritains adorent Dieu, et d’autres éléments du récit sont introduits.  Dans ce tableau de Francesco Botticini (1446 - 1497) les apôtres qui arrivent de la ville sont bien représentés, on dirait qu’ils dansent, du moins le groupe du fond. Devant Pierre tient les pains. L’œuvre prend donc une valeur sacramentelle : l’eau du baptême et le pain de l’eucharistie, tout cela dans une ambiance festive, celle du Royaume. Au fond la foule accoure vers cette vie nouvelle, et elle est menée par la Samaritaine qui est devenue une disciple. Le temps d’adorer sur la montagne est fini, il faut venir adorer en vérité grâce aux deux sacrements.

                       

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           Francesco Botticini (1446 - 1497)

                           

     Voici quelques œuvres que l’on peut interroger avec quelques les questions suivantes :

                Le paysage et  la ville

                Le puits et l’eau

    La position du Christ et de la femme

                La rencontre et le dialogue

                Les disciples qui arrivent : attitude, nourriture

     

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    Juan de Flandes vers 1460- 1510

    Le mont Garizim est bien visible,  mais pas de ville. Jésus arrive, la femme ne l’a pas vu, il n’est pas reconnaissable pour elle, ni pour nous, la scène commence.
    L’eau  est bien visible, elle coule. Le puits est surmonté d’une sorte de potence. Allusion au supplice de Jésus, à la passion tandis que l’eau qui coule renvoie au baptême. On peut y voir une image de  Jean.19, 34 « un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l'eau. »

     

     

     

     

     

     

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    Jacques Stella 1596-1657  

    L’eau coule de la même façon mais cette fois le contexte antique est souligné par l’architecture et le dialogue s’engage, Jésus assis ouvre un avenir à la femme (diagonale vers le haut et la droite). Certains y voient comme un scène de séduction.

     

                 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Philippe de Champaigne,1602 -1674  pour les carmélites jansénistes du couvent St Jacques

    La ville et le puits existent mais les personnages occupent presque toute la surface, le bleu obtenu avec du lapis lazul perce le tableau.  Nous sommes au ciel. 

     
    Le peintre  semble insister, par les attitudes, sur ce qui sépare les deux personnages. Le Christ développe son discours sans égard particulier pour la jeune femme, qui  sur le point de repartir (main et pieds). Cela permet de placer plusieurs moments du dialogue dans cet échange.

     

     

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    Rembrandt 1606-1669

     

    Le contexte est très visible mais peu samaritain, le peintre actualise. La femme est au centre, immobile, les bras croisés, elle écoute elle médite. A gauche Jésus est incliné comme s’il la saluait, la main sur la poitrine, il demande, propose. Le puits devient une cuve baptismale, et à droite les apôtres  commentent.

     

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    Henryk Siemiradzki 1843-1902 est un peintre polonais vivant en Ukraine, il cherche un certain réalisme oriental : paysage, fontaine-puits, oliviers. La aussi Jésus estMarthe marie Henryk_Hector_Siemiradzki_SIH012.jpg en position de demande alors que la femme est assez distante. Mais au centre le puits et donc le baptême. On peut comparer cette image avec celle de Jésus chez  Marthe et Marie, le peintre prend le même contexte, les mêmes modèles mais Jésus est au centre et il enseigne, domine Marie.

     

                     

         

    redon_francfort.jpgRedon 1840-1916

     

    Cette représentation est un face à face, sans lieu ni date,  le contexte a disparu. La samaritaine découvre le Christ. On peut le voir comme le ressuscité lumineux mais aussi ne voir que sa tête au dessus du puits, resplendissant de la lumière de la grâce, quant à la cruche rouge , elle devient une sorte de matrice, signe de fécondité donnée par l’eau et par la rencontre.

     

     

     







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    Daniel Bonnell est un peintre américain contemporain en 1955.

    Là aussi, nous sommes dans un face à face mais avec des références orientales. La femme médite, prie, se regarde dans l’eau de la cruche. L’eau est donnée à Jésus et aussi reçue par la femme. Un Jésus en prière qui comme chez Rembrandt est discret, demandeur. Une méditation priante sur le baptême.

     

  • BETHSABEE

     

    Le récit concernant Bethsabée et David se trouve au 2d livre de Samuel ch. 11 et 12, vous pouvez y accéder

    http://www.info-bible.org/lsg/10.2Samuel.html#11

     

    Que représenter ? une histoire biblique ou une situation  morale, celle du désir ?  

    Je suis ici l’exposé "Désir du danger" ou "danger du désir"? par Alain COMBES  http://www.flte.fr/pdf/pdf245.pdf?PHPSESSID=a62d5a5cc3c9cdf3d24c324f17e1e747

    Dans le récit biblique, quelle est la part de responsabilité de Bethsabée dans le désir de David ? Derrière cette question anecdotique, il y a la question récurrente, encore actuelle, de la séduction, de la culpabilité de l'objet du désir.

    Le "désir du danger", c'est quand on provoque le désir de l'autre, tout en sachant les conséquences de cette attitude. Le "danger du désir" c'est quand on laisse le désir grandir en soi et ainsi, on prend le risque de succomber.

    Le XVIe siècle a débattu ce sujet. En voici un témoignage dans trois illustrations bibliques du monde luthérien. 

     

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    La première image publiée dans la Bible éditée par Hans Lufft en 1534, a été dessinée dans l'atelier de Cranach selon les indications de Luther

    Une Jérusalem de légende, Bethsabée, de dos, est occupée à sa toilette avec deux servantes. On ne voit rien de sa nudité, à peine l'ombre de son mollet. Aucun des trois personnages ne s'aperçoit que le roi se trouve sur la terrasse et la regarde.

    Bethsabée est ici, totalement innocente du désir de David.

      la présence des cygnes sur l'eau. Deux d'entre eux, en vis à vis, disent peut être la suite de l'histoire : le face à face intime entre Bethsabée et le roi.  

     

    Dans cette image, Bethsabée semble donc victime de la séduction royale.

     

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    La deuxième image

     Elle a été dessinée par Virgil Solis et apparaît quelques années après la première dans l'illustration de « Figures de la Bible »

    Bethsabée est peut-être encore ici une femme "pure". Pourtant nous pouvons observer quelques variantes :   

    La jambe de Bethsabée est nettement plus haut levée et une servante regarde le roi installé sur le balcon. On est donc conscient de la présence d'un témoin.

    Sur le côté, une table est dressée avec une collation. Le bain n'est plus rituel mais s'inscrit dans un moment de détente champêtre.

    Sur la table on peut voir un double signe représentant un "9" et un "6". Il   rappelle les commandements : le 9e la défense de la convoitise, le 6e la défense de l'adultère.

     la prude Bethsabée ne semble pas vraiment séductrice, on trouve néanmoins, sur "sa" berge, dans son univers, la marque des deux commandements qui vont être transgressés.

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    La troisième image

    La troisième image est l'œuvre du dessinateur zurichois Jost Amman et apparaît en 1564     

    Bethsabée ne semble vraiment pas accomplir un rite religieux en prenant un bain rituel. Les jambes, découvertes et haut levées ne doivent pas cacher grand chose de son intimité au regard de David, tout là-haut sur la terrasse. L'eau coule dans le bassin par la gueule d'une fontaine en forme de dragon.

    Bethsabée se regarde dans un miroir en se caressant le visage, de toute évidence, elle se préoccupe de sa beauté et sa posture est plus celle d'une courtisane que de la chaste épouse de l'officier Urie.

     Le réformateur Konrad Sam, en 1534 dira : «les femmes sont toujours Eve, elles séduisent les hommes et tiennent toujours la pomme dans la main.»  Effectivement, on voit bien ici le rôle que l'on prête à cette femme : celle de "la femme", tentatrice depuis le jardin d'Eden.  

    On est donc passé d'une simple illustration de l'épisode biblique centrée sur l'abus de pouvoir d'un roi, à la leçon de morale qui dédouane un peu l'homme de sa convoitise, fragile comme il est devant la séduction active de la femme.

    Mais ces éclairages ne rendent pas compte de l'autre aspect de l'histoire : le crime abominable de David qui fait tuer le mari de Bethsabée. Ce point n'est pas mineur !

    Finalement, placer l'éclairage sur le péché de meurtre ou celui d'adultère, n'est pas innocent au XVIe siècle. Les regards sont orientés soit sur la politique et les abus de pouvoir qui caractérisent cette période, soit sur la vie quotidienne des fidèles et le souci pastoral de morale sexuelle.

     

     

    Deux peintures de RUBENS et REMBRANDT

     

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    RUBENS, Pieter Pauwel, Bathsheba at the Fountain,c. 1635, Oil on oak panel, 175 x 126 cm, Gemäldegalerie, Dresden

    REMBRANDT Harmenszoon van Rijn, Bathsheba at Her Bath,1654
    Oil on canvas, 142 x 142 cm
    Musée du Louvre, Paris

     

     

    La lettre envoyée et reçue n’est pas dans le texte, « David envoya des émissaires et la fit chercher » (II Samuel, 11, 4), la lettre est une invention de la renaissance

     

    Comparons les 2 œuvres

               

     

    Rubens

    Rembrandt

    Composition

    Horizon 1/3 supérieur

    Construction sur diagonale

    Lignes ascendantes vers droite

     

    Espace ouvert

      

    Horizon 1/3 supérieur

    Construction sur diagonale

    Lignes ascendantes ou descendantes  vers gauche

    Espace clos

     

    Couleurs

    Gamme chaude  + rouge passion

    bleu du messager

    Gamme chaude mais rien de vif

    Lumière et regard

    Lumière de droite

    Elle regarde vers gauche  = passé mais son corps est tourné vers droite= avenir, ce qui suit la construction en diagonale

    Lumière de gauche

    Elle regarde vers gauche et le bas = passé, ce qui inverse la construction en diagonale

    Détails

    Toilette sans référence rituelle, préparation par le haut, exaltation plaisir

    Bijoux

     

    David présent

    Servante jeune enjouée

    Toilette préparation par le bas= purification

     

    Bracelet = équivalence alliance , rappel mariage à Urie

    David absent

    Servante vieille sérieuse

    Décor

    Baroque et maniériste : chien signe fidélité et intimité, messager exotique

    Il remplit l’espace, dispersion

    Peu visible, grand tissu précieux

     

     

     

    L’espace semble vide, concentration

     

    Rubens nous montre une Bethsabée insouciante et sensuelle, presque déjà frivole, en train de recevoir l'invitation du roi David pour le soir même au palais. Alors que Rembrandt montre une femme marquée par

     

    Le Contexte explique aussi le contraste entre ces 2 œuvres

     

    En 1635 lorsque Rubens réalise sa toile Bethsabée au bain il a 58 ans.

     Après le décès de Isabelle Brandt, en 1626, il épouse en avril 1630, la jeune Hélène Fourment, alors âgée de 17 ans. Sa vie familiale est heureuse, femme et enfants se portent bien. 

     

    Rembrandt connaît le Rubens,

    En 1654 lorsqu'il réalise Bethsabée Rembrandt est âgé 48 ans. Il a perdu trois enfants, sa femme Saskia  décède de la peste en 1642, laissant Rembrandt seul avec son cadet, Titus. En 1654 la situation financière   est très chancelante. Il vit avec Hendrickje Stoffels, sa servante et sa compagne  qui lui sert de modèle

     

     

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    « BETHSABEE TENANT LA LETTRE DU ROI DAVID » 1654
    huile sur toile, 142 x 142 cm Musée du Louvre, Paris

     

    Décor :   la toile a goudronné, faisant ainsi pratiquement disparaître le second plan, dans un ocre-brun très sombre virant au noir,

     l’on ne distingue presque plus l’étagère du fond , le volume somptueux de l’étoffe,  or de la toilette entassée qui revêtait, quelques instants auparavant, Bethsabée.

     Corps nu :

    Ce corps nu doré a d’une lumière qui semble émaner de lui, Rembrandt  est parvenu  à peindre le corps d’une femme aimée dont la beauté transcende les imperfections.

    Les volumes  et  la lumière soulignent  le ventre et la poitrine. C’est la beauté d’une femme, dont la chair était illuminée   par la promesse d’une grossesse future

     

    Psychologie : désarroi pathétique dans lequel la plonge l’amour que lui porte le roi David

    le regard de Bethsabée : le recueillement et la gravité   : celui de l’adultère meurtrier, et donc de sa faute, dans lequel l’entraîne inexorablement l’amour que lui porte David ;  la nostalgie d’une pureté perdue, qui s’abandonne à un destin qui la dépasse (elle est l’ancêtre du Christ)

     Lettre : le roi lui fait-il l’aveu de son amour ou lui apprend-il la mort d’Urie, 

     Servante et lavement pieds :  est-ce une  allusion au lavement des pieds des apôtres par Jésus, de la descendance de Bethsabée ?

     

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     Paul VÉRONÈSE  1528 -  1588   Bethsabée au bain 

    Musée de Lyon vers 1575 Huile sur toile H. 2,32 ; L. 2,42

     

    Une intrusion masculine dans l’espace intime d’une femme. Véronèse a partagé la scène en deux parties contrastées, tout en reliant les espaces par un jeu subtil d'accords colorés et un puissant clair-obscur. Deux scènes bien distinctes: d’un côté, c’est l’harmonie architecturale, de l’autre, la relation entre deux figures.

     

    A droite : palais et jardin clos bien ordonnés, un groupe de personnes avec le double du vieillard, mais ciel noir menaçant

    A gauche : un coin dans l’ombre, isolé, abris des regards mais sur lequel tombe aussi la lumière,

    Bethsabée, se prépare au bain, mais n’a pas les cheveux défaits,

    elle est surprise, cf. son pied crispé, sa main droite , voire son oreille rouge

    elle remet son manteau mais pourquoi le geste sur son sein, on croirait qu’elle va allaiter ?

    Elle est en bleu, couleur de la chasteté, de la fidélité

    David debout, menaçant ? essaie de la convaincre ou plutôt lui donne des ordres

    Il  porte la cape d'or à gros boutons caractéristique des doges de Venise. opposition au bleu discret de Bethsabée.

     

    Il est bien question d’érotisme entre eux. Car si les corps sont recouverts, la statue qui surplombe l’action, rappellent ce qui reste caché. Et l’oreille rouge, le pied crispé et la main jouant avec le filet d’eau parlent pour la jeune femme.

    Regards : elle vers le haut et la droite : positif, tourné vers avenir

    Lui tourné vers la gauche et le bas : négatif, passé. Il casse le regard de Bethsabée ,  il inverse son avenir

     

     

    Mise en scène : Il semblerait que David, suivi de sa cour, se trouve dans la partie droite du tableau. Or, l'émissaire porte le même manteau qu'un personnage sous les colonnades : les deux scènes sont-elles simultanées, ou liées dans une logique narrative ?

    Le jardin représente la demeure du roi, ou celle de Bethsabée ?

     

    Décor : Fruit orange, rappel du péché originel, s’oppose à la statue pour laquelle le péché est inconnu ?

    aiguière et  coffret : Les armoiries représentées  la célébration d’un mariage ou d'une alliance entre deux puissantes familles

     

    Statue  concentre l’ambiguïté de la scène: son cadrage met en évidence l’érotisme d’un corps pas si minéral que cela, et la tête de Bethsabée est singulièrement placée sous ce témoin si provocant, qu’à la Cour de Louis XIV, où le tableau est vite parvenu, on lui a ajouté une tête et des bras afin d’éloigner le moindre doute ; car prêter la vie à cette effigie, ce serait mettre en doute la vertu de BethsabPaolo_Veronese_001.jpgée.

     

    En 1991 a été fait le choix de retrouver le format initial, tout en gardant l'agrandissement derrière le cadre actuel. Mais l’agrandissement n’est pas innocent, il donne tête et bras à la statue

     

    Le titre a changé au cours des siècles. Tantôt c'est Bethsabée et David et tantôt Suzanne et les vieillards.   Voici deux histoires dont l'une aboutit à un adultère et l'autre au contraire, à une accusation non fondée d'adultère

    Pour Joséphine Le Foll, le tableau de Véronèse est à la fois Suzanne et Bethsabée.
    Le thème de Suzanne est présent à travers la fontaine et la présence d'un vieillard ;  alors qu'ils sont d'habitude plusieurs. Si on prend le couple Bethsabée et David, ce dernier n'est pas représenté vieux et il ne vient pas à Bethsabée mais lui envoie un jeune messager.
    Il y a peu de chance pour que Véronèse n'ait pas compris la différence entre les deux personnages, c'est le commanditaire qui a du déterminer l'iconographie du tableau. Il a été commandé à l'occasion d'un mariage et le thème en était l'adultère. Le thème commun qui rassemble Bethsabée et Suzanne est celui de l'adultère et de la justice.

     

     

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    CHAGALL David et Bethsabée

     

    Lithographie  papier : 35x26 cm - image : 35x26 cm
    Année : 1956  Dimensions 50 x 70 cm

     

    Description :

                Visages : fusion ou confusion du couple

    Ils sont dans la lumière, le blanc du mystère divin ?

    Les anges : médiateur ? Cupidon selon Théodore de Bèze, cela concerne l’adultère et  le meurtre, mouvement vers le passé ? couleur rouge de la passion ?

    Nathan  en haut est  en bleu, couleur du ciel, il tient la Loi, les commandements, il arrête l’ange

                La main ? celle de Dieu qui ouvre un avenir ? couleurs ?

     le visage de Bethsabée est aussi tourné vers l’avenir, alors que David semble prendre à témoin le spectateur

               

     

    On peut rapprocher cette image d’une lecture de Gn 2, 24 « ils seront une seule chair» par la Kabbale : le texte renvoie à l’union physique et à l’union à Dieu. Le mariage et l’union charnelle sont la reconstitution de l’unité, de l’image de Dieu avec ses 2 aspects, féminin et masculin, et de l’unité de l’humain avant sa séparation en 2 parties séparées.

    Les bons mariages sont la rencontre des 2 parties androgynales de l’âme, mais il y a de mauvais mariages où les âmes sont unies à d’autres que celles qui leur étaient prédestinées, Bethsabée était destinée de toute éternité à David,  c’est un « mariage retardé ».

     

  • LA FEMME AU PARFUM

     

     

     

    Lc 7, 36-50   Un Pharisien l'invita à manger avec lui ; il entra dans la maison du Pharisien et se mit à table.  37 Et voici une femme, qui dans la ville était une pécheresse. Ayant appris qu'il était à table dans la maison du Pharisien, elle avait apporté un vase de parfum.  38 Et se plaçant par-derrière, à ses pieds, tout en pleurs, elle se mit à lui arroser les pieds de ses larmes ; et elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers, les oignait de parfum.  39 À cette vue, le Pharisien qui l'avait convié se dit en lui-même : "Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu'elle est : une pécheresse !"
     40 Mais, prenant la parole, Jésus lui dit : "Simon, j'ai quelque chose à te dire" - "Parle, maître", répond-il. -  41 "Un créancier avait deux débiteurs ; l'un devait cinq cents deniers, l'autre cinquante.  42 Comme ils n'avaient pas de quoi rembourser, il fit grâce à tous deux. Lequel des deux l'en aimera le plus ?"  43 Simon répondit : "Celui-là, je pense, auquel il a fait grâce de plus." Il lui dit : "Tu as bien jugé."
     44 Et, se tournant vers la femme : "Tu vois cette femme ? dit-il à Simon. Je suis entré dans ta maison, et tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds ; elle, au contraire, m'a arrosé les pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux.  45 Tu ne m'as pas donné de baiser ; elle, au contraire, depuis que je suis entré, n'a cessé de me couvrir les pieds de baisers.  46 Tu n'as pas répandu d'huile sur ma tête ; elle, au contraire, a répandu du parfum sur mes pieds.  47 À cause de cela, je te le dis, ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis parce qu'elle a montré beaucoup d'amour. Mais celui à qui on remet peu montre peu d'amour."  48 Puis il dit à la femme : "Tes péchés sont remis."  49 Et ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes : "Qui est-il celui-là qui va jusqu'à remettre les péchés ?"  50 Mais il dit à la femme : "Ta foi t'a sauvée ; va en paix."  BJ
     

    Pécheresse, femme de mauvaise vie ou femme au parfum… pour les peintres elle est un visage de Marie Madeleine

     

    L’ Etude iconographique peut suivre la grille suivante

                Etude du contexte : maison de Simon, moment du repas : avant, pendant, après

                                                   Position à table   v. 38

                                                   Autres protagonistes v. 49

    Etude  des relations entre Simon et la femme v. 39

    des relations entre Jésus et Simon v. 40-47

                            des relations entre Jésus et la femme v48,50

               

    Etude de la femme : signes de sa condition ? v. 37

    quels sont ses gestes ?      Qu’exprime son visage ?

     

     

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    Pierre Paul RUBENS 1577-1640

    Fête dans la maison de Simon le Pharisien;  vers 1618 huile sur toile, Musée de l'Ermitage, Saint Petersbourg

     

    Contexte : une maison de notable, avant le repas que les serviteurs apportent

                            5 notables pharisiens tête couverte, 3 disciples et Jésus

                            ils sont assis derrière une table , vue en légère contre plongée

     

    Relations : Jésus parle à Simon, c’est le verset 44 : « vois cette femme… »,

    Simon est interloqué

                Jésus et la femme : il la désigne simplement de la main

                Les pharisiens écoutent septiques, l’un étudie la Loi

    les disciples parlent

    opposition au centre entre le disciple qui nous regarde avec foi et le pharisien qui fait la moue

     

    La femme : elle est belle, peau blanche, soignée mais dénudée et cheveux défaits ce qui montre le désordre de sa vie

                Elle se prosterne, elle embrasse (tient dans ses bras), elle essuie avec ses cheveux, elle pleure

                Une amoureuse

     

    Mise en scène : symétrie par rapport à axe central, la femme est au centre, elle est tache claire renforcée par la nappe blanche= opposition entre pureté du blanc, de la lumière est de sa condition de pécheresse

                A gauche l’agitation : serviteurs, mouvements confus des pharisiens… à droite rigueur et vide, Jésus parle , sa parole soude les disciples, perturbe les pharisiens

                Lumière du haut tombe sur la femme et sur Jésus dont la peau est très claire, manifestation divine

                Couleurs : bruns dominent, rouge du manteau de Jésus, passion,  gris bleu de la femme et de Jésus donc proximité physique et spirituelle

                Symboles : fruits sur la table : pomme, raisin = images de la rédemption

    Chien à gauche = fidélité ? il se détourne des pharisiens

                Siège de Jésus avec pattes de lion= le Christ est le lion de la tribu de Juda Ap 5,5

    paon apporté, signe divin, de résurrection , il est au centre et en haut , il donne sens à la scène = la femme est sauvée par Dieu

     

    bilan : une scène de salut entre la femme et Jésus, la femme agit , Jésus va pardonner mais  pas de parole directe, tout passe par l’intermédiaire du discours entre Jésus et les pharisiens. Est-ce une lecture du salut par les œuvres comme l’entend la Réforme catholique ?

     

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    STROZZI, Bernardo 1581 – 1644, Repas chez Simon c. 1630 Huile sur toile, 272 x 740 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise

     

    Immense toile faite pour un réfectoire de moines (Strozzi a été capucin)

     

    Contexte : immense maison d’un grand luxe, pendant le repas, les convives sont assis autour d’une table rectangulaire, vue en légère plongée, on peut penser que les diciples de Jésus sont à gauche et les pharisiens à droite, le décalage d’axe empêche de les voir, tous mangent et semblent ne rien voir ni écouter, cela donne un caractère intime à la scène malgré le décorum

     

    Relations :

    Simon regarde la femme v. 39,

    Jésus parle à Simon : parabole,

    Jésus ne regarde,  ni ne parle à la femme

     

     

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    La femme : femme bien sage, seuls les cheveux dénoués…

                            Elle est à genoux, bras croisés signe d’humilité , de demande de protection , fréquent  chez les Franciscains

                            Elle ne fait rien de ce que décrit Luc, mais on peut penser devant l’étonnement de Simon,  qu’elle l’a déjà  fait

     

    Mise en scène :

    symboles : à gauche lutte entre chien et chat, entre bien et mal, image de la femme, le chien l’emporte

                un enfant est porté, renouveau de l’âme ?

                le vase de parfum, énorme ?

    rouge passion du Christ

                la table est très eucharistique : pain, agneau, vin vers é, Jésus la désigne

                Lumière de haut et gauche, elle éclaire Jésus , la femme et Simon mais surtout la table

     

    Bilan : une scène qui est déviée vers le repas eucharistique, sacrement du salut, la femme et Simon sont témoins de ce salut, invitation à la conversion

     

     

     

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    Jacques TISSOT; 1886-1894 Les précieux onguents de Marie Madeleine ; gouache; Musée de Brooklyn, New York

     

    Contexte : maison notable juif, patio…reconstitution historique

                            Ils sont couchés à l’antique et donc bien v. 38

                            Nombreux protagonistes, Simon, disciples ? foule derrière la grille

     

    Relations : tous regardent la femme, donc mise en scène d’un scandale

                            Jésus lui parle v. 48 et 50 donc fin du récit, il la renvoie, pardonnée, sauvée

     

    La femme : on ne voit que sa robe, sage, et ses cheveux défaits, mais elle est rousse signe de volupté

                à genoux, prostrée, entoure le pied de ses mains et de ses cheveux, plus une imploration qu’un geste amoureux , un remerciement devant le pardon de Jésus

     

    Mise en scène : vue plongeante par l’arrière, nous voyons ce que la femme a vu en entrant, Jésus est au centre , il est comme le pilier qui soutient la scène

                Lumière : ombre, la lumière est au fond , mais Jésus en blanc est lumineux

                Symboles : les fruits oranges et citons, signe local, abondance comme une corne

                            Vigne biblique

    Bilan : le scandale de la femme qui a fait le geste, le scandale de la parole de Jésus

     

     

     

     

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    Jeremy Taylor, gravure protestante 17ème s.

     

    Contexte : une maison de notable, mais plus protestant que pharisien !

                Le repas autour d’une table

    Relations : Simon désigne la femme, Jésus lui répond

     

    Femme : très sage, elle pleure et essuie le pied de Jésus, il y a un vase de  parfum mais aussi de l’eau

     

    Bilan : Une femme repentante, qui fait un geste de service, rapport avec celui de Jésus le jeudi saint selon Jean ?  Une invitation à la repentance

     

     

     

     

    RAPPORTS DE CETTE SCENE AVEC D’ AUTRES SCENES

     

    Je ne parle pas des représentations de l’onction de Béthanie (selon Marc et Matthieu, l’onction a lieu sur la tête)

    Mais nous avons vu qu’il y a des relations avec la Cène, avec le lavement des pieds, il y en a aussi avec la Descente de Croix ou la Déposition car Marie de Magdala reprend l’embrassement des pieds de Jésus

     

    Voir un tableau de Guérin, peintre du 17° dans l’église d’Héricy en 77 et lun autre de Fra Bartolomeo du palis Pitti

      

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    DEUX TRANSPOSITIONS PLUS RECENTES

     

     

     

    Jean Béraud 1848-1935 la Madeleine chez les Pharisiens, 1891 , huile 131x104 , Orsay

     

     

     

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    Commentaire extrait de Gilbert Croué cité in Marie-Madeleine, figure mythique dans la littérature et les arts ; Édité par Marguerite Geoffroy, Alain Montandon ; Université Blaise Pascal, 2000

     

     

    Peintre de la vie parisienne, ami de Marcel Proust , œuvre qui fait scandale car galerie de portraits de contemporains

     

    Une femme en blanc dans un salon d’hommes en noir bourgeois et intellectuels, un Jésus intemporel

    Une femme qui demande pardon, Jésus qui pardonne devant les pharisiens choqués

     

    Transposition, la femme est Liane de Pougy, demie mondaine et bisexuelle, qui de fait se convertira mais après le tableau !

    Simon est assis au centre avec serviette blanche, on reconnaît Ernest Renan !

    Plus surprenant le Christ est un  journaliste socialiste Albert Duc-Quercy

                Georges Clemenceau est assis devant la table , Alexandre Dumas fils … tous des pharisiens, au sens de cette époque

     

     

    Philippe Lejeune   « le Repas chez Simon » 1950
    Musée Landowski, Boulogne-Billancourt

     

     

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    Commentaire extrait de  Gilles Castelnau, site  http://protestantsdanslaville.org/spiritualite-et-image/im68.htm

    Né en 1924,   élève de Maurice Denis ; Il se centre – et cela a toujours été sa grande idée - à la fois sur des sujets bibliques et sur l’art du portrait.

      Les 4 personnes représentées sur ce tableau : Jésus à gauche, dont Madeleine touche encore le pied, Simon le pharisien scandalisé par cette familiarité d’une femme « pécheresse » et la femme à la porte, sont tous des portraits très fidèles de personnes réelles, parents et amis du peintre.

     

    Marie-Madeleine prosternée aux pieds de Jésus pleure de reconnaissance et de tendresse pour l’accueil bienveillant que Jésus lui a réservé dans la maison de Simon, l’intégriste pharisien moraliste et exigeant. Le vase de parfum resté par terre la fait reconnaître : c’est celui qu’elle a vidé sur les pieds nus de Jésus.

     Philippe Lejeune est plus attaché à représenter l’histoire qui court traditionnellement dans la mémoire collective que les récits évangéliques eux-mêmes.

    Ce qui est saisissant est la transposition de la scène biblique dans le monde d’aujourd’hui, à la manière dont le pasteur Roger Parmentier « actualise » la Bible.

    -- Les murs ne sont pas tapissés, aucun tableau n’y est accroché. Ils ne semblent pas réels, ils ne ferment pas la pièce, ils ouvrent plutôt la scène - la cène - à l’ensemble du monde où nous sommes aussi.

     Philippe Lejeune a été sensible au bien-être tranquille de Marie-Madeleine qu’il a imaginée prolongeant aux pieds du Christ l’apaisement que procure la douceur et la tendresse qu’il manifeste aux hommes.

    Jésus   en humbles vêtements modernes dans le style adolescent des années 1950.

    Il a les mains ouvertes. Il désigne la femme mais son geste est peut-être une bénédiction. Il ne la regarde pas. Son visage est calme et son regard perdu dans une méditation.

    La petite table devant lui n’a qu’un seul couvert. Elle ressemble plus à un autel qu’à une table de repas. Son assiette est vide et son verre aussi. C’est son corps et c’est son sang qui seront le repas.

    Simon le pharisien, lui, regarde la femme et la désigne du doigt. Mais l’immobilité de son visage est insensibilité et froideur. Tout son corps se détourne d’elle. Il est vêtu comme les garçons des années 1950, il n’est pas un de ces étroits pharisiens des siècles passés à l’idéologie primitive ; il est l’un de nous !

    - Quant à la femme qui apparaît à la porte et semble servir, ne serait-elle pas Marthe, qui apporte le parfum selon Jean 12

  • RUTH

     

    Le livre de Ruth raconte l'histoire de Naomi, sa belle fille Ruth, la Moabite, et Booz. Il vaut mieux le lire pour mieux comprendre ce qui suit.

    Ce livre a été assez peu mis en images, sauf celle de la rencontre entre Ruth et Booz

     

    Marc Chagall a réalisé dans les années 60 une série de lithographies en couleurs sur l'histoire de Ruth. Elle comprend 5 images

     1 Naomi et ses belles filles

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     La symétrie est remarquable, elle marque à la fois la solidarité de ces 3 femmes qui n'en font qu'une, et la peur. Le paysage est sombre, les visages sont désespérés mais la lumière les éclaire en signe d'espoir. On peut voir une différence entre les 2 jeunes femmes, celle de droite est plus empressée, elle soutient sa belle mère, c'est Ruth, alors que celle de gauche semble plus indifférente, c'est Orpa qui va retourner dans son pays.

     2 Ruth glanant

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    La lumière est écrasante, l'air vibre, on sent la chaleur qui écrase tout. Ruth debout tient une gerbe , elle est fatiguée. Une femme est assise et se repose, Ruth a un mouvement vers elle , comme si elle voulait l'aider, la nourrir. C'est bien l'attitude de Ruth envers Naomi, même si le texte ne parle jamais de Naomi au champ.

     

     

     

     

    3 La rencontre entre Ruth et Booz

     

    3 rencontre.jpgBooz est au centre , son corps est raide mais sa tête et ses bras bougent, ses pieds dansent. Ruth a mis une belle robe, elle est souple, légère, elle offre son bras à Booz.

     

    C'est le coup de foudre entre Ruth et Booz. Le cercle rouge en témoigne. Est ce le soleil ? Une sorte de meule qui exprime la richesse, la fécondité à venir ? Une boule de feu qui est dans Booz qui est le moteur de sa joie et de son mouvement ?

     

     

     

    4 Ruth aux pieds de Booz

     

    4 Ruth aux pieds de Booz.jpg

    Trois parties horizontales. La voûte des cieux en noir , la champ et ses gerbes, les personnages au sol. La lune est le lien entre les 3 bandes, elle brille au ciel, elle a une forme de faucille et éclaire la moisson, elle illumine le visage de Ruth. Booz dort , il a la couleur des gerbes qui ne font qu'un avec lui, il occupe l'espace. Ruth est éveillée, elles est à ses pieds , elle réfléchit, c'est une femme et elle est donc en étroite relation avec la lune, elle se prépare à quelque chose d'important.

     

    Le texte biblique a inspiré Chagall mais sans doute aussi Victor Hugo et son Booz endormi.

    Booz s'était couché de fatigue accablé ;
    Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
    Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
    Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.....

     Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
    S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
    Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
    Quand viendrait du réveil la lumière subite.

    Booz ne savait point qu'une femme était là,
    Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.
    ….
    Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
    Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

    Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles,
    Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,
    Avait, en s'en allant, négligemment jeté
    Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.

     5 Booz se réveille et voit Ruth à ses pieds

    5 Booz se réveille et voit Ruth à ses pieds.jpg

     Chagall reprend la mise en scène précédente, la moisson est toujours là, la lune est devenue soleil, la nuit fait place au jour. Ruth occupe maintenant tout l'espace que Booz occupait, elle est éveillée, joyeuse, charnelle... elle a réussi

     Booz est nu lui aussi, il tient la faucille qui récolte, il est heureux il est au ciel . Tout est signe de bonheur et de fécondité, un enfant se prépare.

     

     

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    Cette vision très heureuse et érotique de cette nuit , peut être opposée à celle que donne Tissot dans cette aquarelle : les rôles sont inversés, Ruth dort et Booz songe, mais quelle angoisse, de quoi prend-il la mesure ?

     

     

    Thomas Rooke 1842-1942 est un préraphaélite anglais, en 1876 il a peint ce petit triptyque , 3 huiles de 66 x 39 cm qui se trouvent à la Tate Gallery.

     

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     Trois scènes à trois moments du jour : le soir, le midi et le matin

    Trois paysages : le désert aride, le champ riche de la moisson, la vigne signe d'avenir

     Trois vertus et trois attitudes mises en image : la fidélité de Ruth et la consolation, la générosité de Booz et la reconnaissance de Ruth ; l'amour maternel et la reconnaissance.

    Ce sont les 3 moments d'une espérance messianique par les femmes, Ruth permet à Noemi d'avoir une descendance, qui ira jusqu'à Jésus.

     

    Quelques images autres :

     Wil7 William-Blake_1795-Naomi-entreating-Ruth-Orpah.jpgliam Blake donne une belle idée de la séparation des femmes

     

     

     

     

     


    Le « nazaréen » Schnorr von Carolsfeld, crée vers 1850 une relation forte et mystique entre Booz et Ruth, celle du « préraphaélite » Burne Jones en 1879 , est différente mais tout aussi forte.

     

    14  JuliusSchnorrvonCarolsfeld-Ruth-in-Boazs-Field-1828.jpg                          9 1879Burne-JonesRuthMeetsBoazdrawing.jpg

    Ces deux scènes sont construites comme des Annonciations, Dieu vient par l'intermédiaire de Booz , une lumière apparaît, un enfant est à venir.

     

     

     

     

     

  • ELISABETH

    Elisabeth est une femme qui apparaît uniquement dans l'évangile selon Luc 1, 5 à 57. Elle est présentée comme une femme de la tribu d'Aaron, l'épouse du prêtre Zacharie, la femme vieille et stérile qui reçoit la promesse d'un fils, Jean qui deviendra le baptiste. Elle est aussi la parente de Marie dont l'évangile ne dit rien sauf que c'est une jeune fille fiancée à Joseph. Elisabeth est la femme de l' Ancien Testament, Marie celle du Nouveau Testament, les 2 femmes enceintes se rencontrent c'est ce que l'on appelle traditionnellement la Visitation.

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    Visitation de Ghirlandaio 1449-94

     1491 date sur le tableau MCCCCL  XXXXI
    Tempera sur bois,

    172 x 165 cm

    église Ste Marie des Pazzi Florence puis
    Musée du Louvre, Paris

     

     

     

     


    Deux femmes très différentes par âge, vêtement position

    Marie jeune, belle, robe rouge et grand manteau bleu, car elle arrive de l'extérieur et entre chez Elisabeth, celle ci s'agenouille en signe de salut ? En fait elle touche le ventre de Marie et c'est devant Jésus qu'elle s'agenouille, elle regarde la broche de Marie, un cœur, sur son sein ?

    Elisabeth s'abaisse mais Marie s'incline, pour la relever. Mais les mains sont appuyées sur ses épaules, donc aussi signe de salutation. Double salutation qui marque l'inégalité

    Couleurs: le bleu n'est pas le bleu de Marie, sombre par rapport à toute la scène, l'orange de Elisabeth désigne la révélation de l'amour divin mais toutes deux ont des robes rouges, passion ? Feu de l'amour divin ? Dieu est au centre de la scène

    A gauche Marie Jacobi fille de Cléophas selon une tradition apocryphe, cet homme aurait été le mari d'Anne, ce qui en fait la ½ soeur de Marie, mère de Jésus. Elle lui ressemble, elle est très enceinte, et le montre. Or le bras d'Elisabeth et son regard vont vers elle.
    Cela s'explique par le contexte du commanditaire : peinture commandée par Lorenzo Tornabuoni pour sa chapelle dans l'église de Cestello (aujourd'hui Santa Maria Maddalena dei Pazzi) de Florence, en mémoire d'une jeune femme de la famille, Giovanna morte enceinte.

     A droite Marie fille de Salomé, lui aussi mari d'Anne, donc aussi½ soeur de Marie, mère de Jésus. elle lui ressemble moins, elle est en mouvement et en prière, elle regarde la visitation, comme nous, invitation à la prière ?

    Ainsi tous les regards sont tournés vers la gauche, sauf celui de Marie pourquoi ?
    Tournés vers le passé (vecteur vers la gauche) vers l'Ancien testament, alors que Marie regarde l'avenir, relève Elisabeth comme « Dieu relève Israël son serviteur » selon le Magnificat
    Elles forment un triangle solide, dynamique

    Regards tournés vers la Passion  La présence de Marie-Jacobé et de Marie-Salomé, témoins de la Crucifixion et de la Résurrection, peut se comprendre comme une allusion au sacrifice futur du Christ et à la rédemption de l'humanité.

    Décor central = mer, port, mais surtout Rome avec colonne, arc et surtout Panthéon dans l'axe de l'arc du 1er plan , donc un axe de Incarnation vers l'ancienne Rome, axe de la  nouvelle Jérusalem

    Une histoire familiale qui devient une histoire sainte et une histoire universelle



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    Visitation de Jaopo Carucci dit Pontormo (sa ville) 1494-1557


    Huile sur bois , 202 x 156 cm 1530
    église San Michele, Carmignano (Florence)

     

     

     

     

     





    Une rencontre qui remplit l'espace

    Marie et Elisabeth face à face , une embrassade mais la vieille soutient la jeune, la vieille est un peu plus petite, elle se soulève , elle danse ?

    Echange intense des regards, quel message ?

    Elles sont enceintes, mais Marie est la plus grosse , alors qu'elle ne l'est que depuis 3 mois

    Elles sont dans des rectangles = stabilité, pesanteur, équilibre ; leurs bras sont symétriques, horizontaux = stabilité calme, mais le vecteur d'Elisabeth, est tourné vers le passé, celui de Marie vers l'avenir. C'est cependant Elisabeth qui agit, elle transmet par son regard, par le mouvement de ses bras

    Les servantes ? Immobiles, pétrifiées. Ce sont les doubles des 2 femmes surtout pour Elisabeth, elles appellent le spectateur, celle de Marie avance, l'autre en retrait ? Que ou qui regardent elles ? Leur regard dépassant la scène créent un espace, nous met dans cet espace, nous sommes plus que témoins

    Contrairement au texte, Elisabeth semble rendre visite à Marie En fait tout le monde marche, mais pose figée, un instant de grâce

    Espace avec point de fuite au centre des femmes sur leurs ventres , alors que Marie est axe central

    Lumière : le ciel est sombre entre nuit et aube,  la clarté n'est pas celle du soleil, elle vient du haut à gauche, elle inonde, elle révèle, c'est elle qui visite et crée l'unité des femmes

    Couleurs : rouge et vert pour Maries couleurs complémentaires ; vert gris et orange pour Elisabeth, la même chose en moins vif ?
    Vert= espérance, manifestation de l'amour et sagesse divine au MA, associé à la régénération de la nature et spirituelle
    on voit bien l'utilisation différente pour Elisabeth = vert printanier espoir de la délivrance et Marie= vert sombre de l'émeraude qui selon légende est conçue par le soleil 
    Orange = procède du rouge et du jaune, couleur de l'or, de Dieu, donc révélation de l'amour divin à l'âme humaine, cette couleur forme un calice qui porte Elisabeth comme coupe divine qui porte espoir de printemps, elle coiffe Marie, comme une marque, un choix divin
    Rouge = force courage, couleur de l'Esprit, du feu et donc amour divin, couleur du Christ, ici rose qui

    Décor gris sale, nuit , les femmes sont sur une terrasse, qui domine la ville à gauche. Les spécialistes reconnaissent  Florence, et la porte qui mène vers Rome

    En bas à gauche : une petite scène avec 2 hommes : les maris ? Le peintre et son élève ? Pain et vin ? Une autre incarnation ? nous ?

    Théologie = Une rencontre parallèle à Annonciation mais symétrie absolue, pas venue de Dieu (pas mouvement vertical) mais présence de Dieu (mouvement horizontal), profonde incarnation

    Une passation , un échange, une transition entre AT et NT, Elisabeth donne regard, étreinte... elle est confiante, elle transmet la bénédiction . Une rencontre de l'autre et de soi

    Contexte historique : 1530 juste après le sac de Rome, Florence humiliée... pape Clément VII Médicis tenu pour responsable, il a voulu jouer contre l'empereur et il a été obligé de l'appeler au secours... il est il est temps de renouveler l'Eglise,
    Elisabeth vient de Rome pour visiter sa cousine à Florence, la vieille Rome embrasse la future Eglise , celle dont rêvait le Florentin Savonarole +1498.



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     Rembrandt 1606-1669

    Visitation

    huile sur toile 56,5 x 50 cm (1640, Detroit, Inst. of Arts)











    Une peinture  narrative  : au 17 ème s. Marie, sa servante et Joseph ? viennent d'une ville, ils montent vers un sanctuaire où vivent Zacharie et Elisabeth, et un jeune serviteur. Ceux ci sortent pour les accueillir, les femmes sont en avant et se rencontrent sur le seuil. Les cieux s’ouvrent et éclairent la visite.

     Une trouée de lumière dans la nuit

    La nuit : la ville,

    En bas à droite: l'homme et sa mule = Joseph ? référence à la fuite en Egypte ?

    Une servante mulâtre

    la « maison » de Zacharie, un temple ?

    La lumière tombe du haut sur Marie, mais sur son dos, elle éclaire Elisabeth qui reçoit la lumière, le message de Dieu

    Pour Rembrandt: éloquence d'un effet de lumière à la fois concentré et dynamique, le paysage lui sert déjà à exprimer un état d'âme et prend une dimension poétique supérieure.

    Composition : centre occupé par une sorte de podium, le devant du sanctuaire, en hauteur; les mouvements convergent vers le centre; axe vertical passe entre les 2 femmes

    Les couleurs : gamme de bruns, une chaude tonalité brune,  une profondeur enveloppante

    un peu de blanc et du vert (manteau et ombre)

    vert couleur de la contemplation , attente, espérance, la vie

    Les personnages : opposition entre les 2 femmes, jeunesse, beauté, mais  elles sont peu enceintes, elles ne se touchent pas le ventre

    Marie est dévoilée, par une servante noire, elle porte la vie, la lumière, elle est droite

    Elisabeth embrasse Marie , comme un aveugle qui reconnaîtavec ses mains

    Zacharie (le même modèle que l'Abraham dans le Sacrifice d'Isaac de 1635) sort s'appuyant sur un jeune serviteur, il semble plus aveugle que muet

    Joseph ? Monte avec l'âne vers quoi ?

    Servante mauresque enlève le manteau de Marie, pourquoi si haut , pourquoi vert ? Un manteau qui ressemble à un serpent , Marie nouvelle Eve

    Les animaux : chien : la fidélité, la foi , tourné vers Marie ?il la reconnaît

    Paon : sans couleur, regard par derrière , nombreux petits qui accourent : symbolique double, vanité mais aussi immortalité (chair imputrescible) renouveau et résurrection, souvent associé à Nativité;
    ils vivent la scène comme sacrée

    Lectures possibles

                 1 une simple rencontre narration et scène de genre

                 2 le sacrifice à venir = celui d'Abraham (personnage, montée, paon), celui des innocents (fuite en Egypte)

     

                 3 inversion de l'épisode de la rencontre d'Abraham et de 3 anges au chêne de Mambré (voir Genèse 18) :promesse de l'AT la naissance d'Isaac se réalise aujourdh'hui dans celle de Jean et de Jésus : c'est Elisabeth qui reçoit Dieu, elle était aveugle, elle reçoit la lumière, la vie nouvelle lui est dévoilée, par son enfantement mais plus encore par la naissance de Jésus

    l'incarnation = péché écarté (serpent), vie verte , grâce lumineuse sur Marie , jeunes paons immortels

    Zacharie n'a pas cru il est puni, mais il est guidé vers la lumière, le lieu de la rencontre devient l'inversion du sacrifice d'Abraham, Isaac sauvé par Dieu est devenu le sauveur



    t Witz.JPG



    A titre anecdotique , voici une Visitation de Konrad Witz, peintre suisse 1400 - 1445, où les embryons de Jésus et Jean Baptiste sont représentés, le second saluant le premier. Cette représentation est assez répandue à la fin du MA, elle est ensuite interdite par le Concile de Trente. 





    La naissance de Jean Baptiste

    x ferrari.jpg


    Gaudenzio Ferrari

    1471 - 1546  

    tempera sur bois,

    1505,  94 X 86

    mais taille  réduite

    musée de Brou












    Les nativités de Jean Baptiste se distinguent de celles de Jésus, par le fait qu'Elisabeth est toujours couchée, et que l'on prépare ou que l'on donne un bain à l'enfant, scène en partie coupée ici par le rétrécissement du tableau (mais cette scène de bain existe aussi pour Jésus ou pour la nativité de Marie). Un élément qui est propre: le fait de voir Zacharie écrire le nom de l'enfant, puisqu'il est toujours muet.

    Ici 2 éléments se surajoutent: la présence de Marie qui tient le petit Jean Baptiste, elle joue les servantes, ceci est totalement en contradiction avec le texte qui précise qu'elle part avant l'accouchement d'Elisabeth. Au fond une servante (sa tête est coupée par le rétrécissement du tableau) apporte des objets dont un plateau, on peut y voir une allusion à Salomé qui portera la tête de Jean Baptiste sur un plateau après sa décollation.


  • EVE

    Je reprends la publication mensuelle des interventions faites dans le cadre du Groupe biblique de l'ERF de Fontainebleau, sous la direction d'Odile Roman-Lombard, pasteure. Le thème de cette année : Des Femmes de la Bible, nous commençons par

    EVE

    Le texte de la Genèse ch.2 v. 18-25 et ch. 3 1-23, met en scène une femme, dont le nom Eve= la Vivante n'est donné qu'au v.20 du ch.3, sa création, sa relation avec Adam, celle avec le serpent (disons la Tentation), la consommation d'un fruit défendu, son expulsion du jardin d'Eden et les conditions de sa vie ultérieure. La naissance des enfants, Caïn, puis Abel et enfin Seth n'est dite qu'au ch. 4 , v. 2 puis 25.

    La peinture a énormément représenté Adam et Eve, surtout la scène dite de la "chute" ou du "péché originel", termes qui ne sont pas du tout bibliques, mais datent de la pensée de St Augustin au Vème s. Ces notions et leurs représentations sont un donné majeur de notre culture, qui a vite assimilée "la faute originelle" au sexe. 

    Nous allons partir de cette donnée et montrer que les peintres créent des images où la psychologie d'Eve, est assez variée.

    QUEL RELATION ENTRE EVE ET ADAM ?

    vl The_Fall_of_Man-1616-Hendrik_Goltzius.jpg

     Oeuvre de Hendrik GOLTZIUS 1558-1617, graveur et peintre protestant de Haarlem. Ce tableau "La chute de l'homme" date de 1617, donc juste avant sa mort, il est conservé à la National Gallery de Washington.

    C'est une scène de séduction amoureuse : échanges des regards, qui reprennent le verset 18 de la Genèse"Je vais lui faire un vis à vis "dit Dieu
                       de séduction sexuelle : caresse, pose couchée (la même que le peintre utilise pour les filles de Loth)

    Eve s'offre et offre une pomme qui devient le centre du tableau :
               la forme des corps, en partant des pieds pour aller aux têtes, est celle d'une corne d'abondance, signe de plaisir et de fécondité, la pomme est au sommet.
               la pomme est à la base du triangle contruit avec l'échange des regards, un enjeu
               le tronc de l'arbre, la pomme, le bras d'Eve forment une verticale qui arrive au sexe d'Adam, façon de désigner l'objet de la convoitise.

    Ainsi Eve est active, elle prend les initiatives pour réaliser son désir, alors qu'Adam est assez passif, cela renvoie au titre de l'oeuvre : chute de l'homme, "man" en hollandais, au sens de mâle. C'est bien Eve la séductrice qui va entraîner le pauvre homme-mâle vers sa perte.

    Les autres éléments vont dans le même sens : la pomme (la bible parle du fruit) est un symbole sexuel féminin, le serpent a une tête de femme car la femme est séduite par son double, quant à la plante qui cache le sexe d'Adam, on peut y reconnaître du lierre terrestre, c'est une plante proche des menthes, qui relève le goût , utilisé pour la bière avant le houblon. On peut aussi rapprocher cette plante du vrai lierre, qui est associé à Dionysos.

    Quant aux animaux: le chat n'est pas le diable, il n'est pas noir, mais plutôt une image féminine, un animal ambiguë doux et sentimental, sournois et hypocrite, il semble attendre la fin de l'action; de même pour le couple chèvre-bouc qui regarde Adam et Eve. Une fois l'acte consommé, ils pourront eux aussi... la conséquence du péché humain ayant traditionnellement des conséquences pour toute la nature.

    Donc une vision traditionnelle de la relation entre Eve et Adam, relation qui n'a d'ailleurs rien à voir avec le texte du mythe biblique.

     

    Mais il existe d'autres types de relation :

    1 Durer.jpg

     Ici Dûrer 1471-1528 met Adam et Eve à égalité, ils sont symétriques, représentés de la même façon et tous deux ont une pomme, ce qui est assez rare. Eve discute avec son époux, la relation est tout autre.

     

     

     

     

     

     

     

    3  Dominiquin_-réprimandant-Adam-et-Eve.jpg

     

     

    Domenico Zampieri dit le Dominiquin 1581-1641, représente le v. 12 où Eve est accusée par Adam, rejetée, elle ne trouve comme défense que de faire reporter la faute sur le serpent.

     

     

     

    1 inconnu 16.jpg

     

    Ce peintre inconnu de la fin du 1-ème s. représente une jolie scène familiale, où Eve, la mère bien occupée, semble se plaindre auprès d'Adam , fatigué par une dure journée de travail à la houe. Relation cocasse et réaliste

     

     

     

     

     

     

    Burne Jones.jpg

     

                                     5 Franz-Von-Stuck-adam-and-Eve.jpg

    Retour à la scène de tentation, par l'Anglais Burne Jones (1833-1898) à gauche et par l'Allemand von Stuck (1863-1928)

    Différence entre la solidarité et l'action maléfique ?

     

    EVE SEDUITE


     4 WILLIAM_BLAKE_temptation_of_eve.jpgpour William Blake 1757-1827 moreau.jpg par le serpent -démon qui la force, elle est victime

     

     pour Gustave Moreau (1826-1898) par la beauté environnante et la voix intérieure qui lui parle, la séductrice est séduite

     

     

     

     

     

    EVE CHASSEE de L'EDEN

    Curradi xpulsion.jpgUne femme résignée delacroix.JPGpour Francesco Curradi 1570-1661

     

     

     

     

     

     

     

     

    Une femme suppliante pour Eugène Delacroix

    George_Frederic_Watts_courte.jpg

     

    Une femme désepérée
    pour Frederic Watts (1817-1904) michelange.jpg

     

    Une femme récriminante , une sorcière
    pour Michel Ange

     

     

     

     

     

     

    ET DIEU CREA LA FEMME

    Cette représentation suit 4 modèles:1 Bertram 14 Hambourg.JPG

     

    A partir d'une côte, pour cette miniature de Maître Bertram d'Hambourg au 14ème s.

    c'est assez rare de la voir si réaliste, à noter aussi que ni Eve ni Adam n'ont de nombril, ce qui marque bien que ce sont des êtres créés et non nés

     

     

     


    2   Ad Eve fresque les Salles.JPG

     

    Sur cette fresque du 12ème à Salles-Lavauguyon en Limousin

     

    Eve est créée non à partir d'une côte, mais à partir d'un côté d'Adam, sens que l'on donne aujourd'hui volontiers au mot hébreu qui a les 2 sens. Donc une interprétation ancienne, qui renvoie à une compréhension d'adam (= le terreux, le glaiseux) comme hermaphrodite, avant qu'il ne dedevienne ish et isha (homme et femme)

     

     

    4 -Palerme--Normanni--chapelle-palatine--creation-d-Eve.JPGDans la chapelle palatine de Palerme, cette mosaîque du 11ème s. montre Eve qui se lève d'Adam, cette représentation est sans doute la plus répandue

     

     

     

     


    5 Orvieto - Creation of Eve.jpg

     

    Enfin dans la cathédrale d'Orvieto, on trouve une dernière représentation, Eve se dresse derrière Adam endormi, elle est créé à partir d'Adam mais semble plus indépendante.

     

     

     

     

    Personnellement c'est la 2de représentation que je trouve la plus éclairante et la moins mysogine.

     

    Terminons par une Eve douloureuse, la mère qui découvre le cadavre d'Abel tué par son frère, selon W.Blake

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  • LE BUISSON ARDENT

    Dieu parle à Moïse , Comment rendre la voix de Dieu par l'image ?

     

    LE BUISSON DE L'INCARNATION

     

    NicolaS Frroment peint ce retable en 1475 pour le retable de la cathédrale d'Aix en Provence. Pourquoi la Vierge à l'enfant est elle au centre du buisson qui brûle devant Moïse ?

    2 froment.jpg

    Parce que la voix de Dieu du livre de l'Exode est attribuée au Verbe de Dieu, et qu'elle donc inséparable de son Incarnation. En Marie Dieu s'incarne, il se fait proche tout en demeurant transcendant, comme la flamme qui ne peut être saisie (transcendance) tout en enveloppant le spectateur de sa chaleur (proximité)

    Mais le buisson qui brûle sans se consumer c'est aussi l'image de la virginité de Marie.

     

    Cette représentation du Buisson ardent est assez rare en Occident, elle vient directement des icônes de l'Orient . (voir album) Celles de Russie sont assez complexes et le buisson devient une sorte d'étoile avec les anges et les évangélistes, rejetant Moïse sur les bords.

     

    LE BUISSON DU DIEU du CIEL

     

    Les Juifs du 3ème s. à Doura Europos (Syrie) représentent Dieu par une main qui sort du ciel, cette image est reprise en Orient mais aussi en Occident à Ravenne, et même dans la cathédrale d'Amiens au 12ème s.

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    LE BUISSON DU CHRIST

    Mais si c'est le Verbe qui parle à travers le buisson, pourquoi ne pas le représenter sous la forme de « Jésus qui est l'image du Dieu invisible » Paul Col. 1, 15

    Cette image est traditionnelle entre le 12 ème et le 15ème s. il faut alors voir si le Christ est dans ou hors du buisson et voir si Moïse est appelé, détourné, s'il obéit à l'ordre de se déchausser ou s'il parle avec Dieu (au Moyen Age le signe de la parole est traduit par des gestes des mains et des doigts et non par la bouche)

    9 A2533.jpg10 mmw_10b21_022v_min.jpg16 vitre_roman_allemagne_1100.jpg

     

     

     

     

     

     

     LE BUISSON DU PERE

     

    Pourquoi le Christ est il remplacé par le Père au 15ème s. ? Pourquoi n'y a t-il jamais d'image trinitaire ?

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    22 IRHT_053810-p.jpg26 MOSES AND BURNING BUSCH flandres Horenbout.jpg

     

     

     

     

     

     

    Le Père prend alors la forme de l'Ancien des Derniers jours du livre de Daniel 1, 14 « sa tête avec ses cheveux blancs, est comme de la laine blanche ou de la neige, ses yeux comme une flamme ardente », vieillard biblique qui prend parfois une allure plus jupitérienne. A noter que Moïse perd sa familiarité et qu'il se met de plus en plus à genoux, qu'il se cache le visage, d'interlocuteur, il devient adorateur muet.

     

     

    LE TETRAGRAMME

    Face à un tel anthropomorphisme, la réaction lors de la crise spirituelle du 16ème s. est nette, puisque Dieu parle , il faut chasser l'image humaine et remplacer la voix par l'écrit. Dès 1529 les 4 lettres sont placées dans le triangle évoquant la Trinité, les protestants choisissent cette représentation (ci-dessois, gravure de Merian pour la bilbe de Luther) mais le concile de Trente la favorise aussi et le Tétragramme se retrouve donc das les temples calviniens comme dans les églises baroques (ci dessous à Versailles), il devient populaire sur les images d'Epinal

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    39 merian_buisson.jpg44 epinal.jpeg

     

     

     

     

     

     

     

     

    LE BUISSON EN FEU TOUT SIMPLEMENT

    La simple représentation du feu, sans aucune allusion à la voix de Dieu, se trouve un peu partout mais domine très largement à l'époque plus moderne.

    51 HAGGADAH buisson.jpg52  FETI MOSES BEFORE THE BURNING BUSH.jpg53 Scheits.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

      On la trouve dans les Haggadah, qui sont des représentations juives du Moyen Age, on la trouve en orient par exemple sur une mosaïque de Chypre, en occident à l'époque classique chez les catholiques (Feti) et chez les protestants (Scheits), à l'époque contemporaine chez Chagall, Dali et chez un Indien, Paul Koli qui entoure le feu d'empreintes comme dans les tanka boudhiques qui sont signe de présence/absence de saints personnages. Le feu, la lumière restent des images divines parlantes pour beaucoup.

     

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     56 DALI 16 A FLAME OF FIRE OF MIDST A BUSH.JPG.jpg57 paul Koli_Inde.JPG