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Art et Bible - Page 6

  • LA FEMME AU PARFUM

     

     

     

    Lc 7, 36-50   Un Pharisien l'invita à manger avec lui ; il entra dans la maison du Pharisien et se mit à table.  37 Et voici une femme, qui dans la ville était une pécheresse. Ayant appris qu'il était à table dans la maison du Pharisien, elle avait apporté un vase de parfum.  38 Et se plaçant par-derrière, à ses pieds, tout en pleurs, elle se mit à lui arroser les pieds de ses larmes ; et elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers, les oignait de parfum.  39 À cette vue, le Pharisien qui l'avait convié se dit en lui-même : "Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu'elle est : une pécheresse !"
     40 Mais, prenant la parole, Jésus lui dit : "Simon, j'ai quelque chose à te dire" - "Parle, maître", répond-il. -  41 "Un créancier avait deux débiteurs ; l'un devait cinq cents deniers, l'autre cinquante.  42 Comme ils n'avaient pas de quoi rembourser, il fit grâce à tous deux. Lequel des deux l'en aimera le plus ?"  43 Simon répondit : "Celui-là, je pense, auquel il a fait grâce de plus." Il lui dit : "Tu as bien jugé."
     44 Et, se tournant vers la femme : "Tu vois cette femme ? dit-il à Simon. Je suis entré dans ta maison, et tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds ; elle, au contraire, m'a arrosé les pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux.  45 Tu ne m'as pas donné de baiser ; elle, au contraire, depuis que je suis entré, n'a cessé de me couvrir les pieds de baisers.  46 Tu n'as pas répandu d'huile sur ma tête ; elle, au contraire, a répandu du parfum sur mes pieds.  47 À cause de cela, je te le dis, ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis parce qu'elle a montré beaucoup d'amour. Mais celui à qui on remet peu montre peu d'amour."  48 Puis il dit à la femme : "Tes péchés sont remis."  49 Et ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes : "Qui est-il celui-là qui va jusqu'à remettre les péchés ?"  50 Mais il dit à la femme : "Ta foi t'a sauvée ; va en paix."  BJ
     

    Pécheresse, femme de mauvaise vie ou femme au parfum… pour les peintres elle est un visage de Marie Madeleine

     

    L’ Etude iconographique peut suivre la grille suivante

                Etude du contexte : maison de Simon, moment du repas : avant, pendant, après

                                                   Position à table   v. 38

                                                   Autres protagonistes v. 49

    Etude  des relations entre Simon et la femme v. 39

    des relations entre Jésus et Simon v. 40-47

                            des relations entre Jésus et la femme v48,50

               

    Etude de la femme : signes de sa condition ? v. 37

    quels sont ses gestes ?      Qu’exprime son visage ?

     

     

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    Pierre Paul RUBENS 1577-1640

    Fête dans la maison de Simon le Pharisien;  vers 1618 huile sur toile, Musée de l'Ermitage, Saint Petersbourg

     

    Contexte : une maison de notable, avant le repas que les serviteurs apportent

                            5 notables pharisiens tête couverte, 3 disciples et Jésus

                            ils sont assis derrière une table , vue en légère contre plongée

     

    Relations : Jésus parle à Simon, c’est le verset 44 : « vois cette femme… »,

    Simon est interloqué

                Jésus et la femme : il la désigne simplement de la main

                Les pharisiens écoutent septiques, l’un étudie la Loi

    les disciples parlent

    opposition au centre entre le disciple qui nous regarde avec foi et le pharisien qui fait la moue

     

    La femme : elle est belle, peau blanche, soignée mais dénudée et cheveux défaits ce qui montre le désordre de sa vie

                Elle se prosterne, elle embrasse (tient dans ses bras), elle essuie avec ses cheveux, elle pleure

                Une amoureuse

     

    Mise en scène : symétrie par rapport à axe central, la femme est au centre, elle est tache claire renforcée par la nappe blanche= opposition entre pureté du blanc, de la lumière est de sa condition de pécheresse

                A gauche l’agitation : serviteurs, mouvements confus des pharisiens… à droite rigueur et vide, Jésus parle , sa parole soude les disciples, perturbe les pharisiens

                Lumière du haut tombe sur la femme et sur Jésus dont la peau est très claire, manifestation divine

                Couleurs : bruns dominent, rouge du manteau de Jésus, passion,  gris bleu de la femme et de Jésus donc proximité physique et spirituelle

                Symboles : fruits sur la table : pomme, raisin = images de la rédemption

    Chien à gauche = fidélité ? il se détourne des pharisiens

                Siège de Jésus avec pattes de lion= le Christ est le lion de la tribu de Juda Ap 5,5

    paon apporté, signe divin, de résurrection , il est au centre et en haut , il donne sens à la scène = la femme est sauvée par Dieu

     

    bilan : une scène de salut entre la femme et Jésus, la femme agit , Jésus va pardonner mais  pas de parole directe, tout passe par l’intermédiaire du discours entre Jésus et les pharisiens. Est-ce une lecture du salut par les œuvres comme l’entend la Réforme catholique ?

     

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    STROZZI, Bernardo 1581 – 1644, Repas chez Simon c. 1630 Huile sur toile, 272 x 740 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise

     

    Immense toile faite pour un réfectoire de moines (Strozzi a été capucin)

     

    Contexte : immense maison d’un grand luxe, pendant le repas, les convives sont assis autour d’une table rectangulaire, vue en légère plongée, on peut penser que les diciples de Jésus sont à gauche et les pharisiens à droite, le décalage d’axe empêche de les voir, tous mangent et semblent ne rien voir ni écouter, cela donne un caractère intime à la scène malgré le décorum

     

    Relations :

    Simon regarde la femme v. 39,

    Jésus parle à Simon : parabole,

    Jésus ne regarde,  ni ne parle à la femme

     

     

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    La femme : femme bien sage, seuls les cheveux dénoués…

                            Elle est à genoux, bras croisés signe d’humilité , de demande de protection , fréquent  chez les Franciscains

                            Elle ne fait rien de ce que décrit Luc, mais on peut penser devant l’étonnement de Simon,  qu’elle l’a déjà  fait

     

    Mise en scène :

    symboles : à gauche lutte entre chien et chat, entre bien et mal, image de la femme, le chien l’emporte

                un enfant est porté, renouveau de l’âme ?

                le vase de parfum, énorme ?

    rouge passion du Christ

                la table est très eucharistique : pain, agneau, vin vers é, Jésus la désigne

                Lumière de haut et gauche, elle éclaire Jésus , la femme et Simon mais surtout la table

     

    Bilan : une scène qui est déviée vers le repas eucharistique, sacrement du salut, la femme et Simon sont témoins de ce salut, invitation à la conversion

     

     

     

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    Jacques TISSOT; 1886-1894 Les précieux onguents de Marie Madeleine ; gouache; Musée de Brooklyn, New York

     

    Contexte : maison notable juif, patio…reconstitution historique

                            Ils sont couchés à l’antique et donc bien v. 38

                            Nombreux protagonistes, Simon, disciples ? foule derrière la grille

     

    Relations : tous regardent la femme, donc mise en scène d’un scandale

                            Jésus lui parle v. 48 et 50 donc fin du récit, il la renvoie, pardonnée, sauvée

     

    La femme : on ne voit que sa robe, sage, et ses cheveux défaits, mais elle est rousse signe de volupté

                à genoux, prostrée, entoure le pied de ses mains et de ses cheveux, plus une imploration qu’un geste amoureux , un remerciement devant le pardon de Jésus

     

    Mise en scène : vue plongeante par l’arrière, nous voyons ce que la femme a vu en entrant, Jésus est au centre , il est comme le pilier qui soutient la scène

                Lumière : ombre, la lumière est au fond , mais Jésus en blanc est lumineux

                Symboles : les fruits oranges et citons, signe local, abondance comme une corne

                            Vigne biblique

    Bilan : le scandale de la femme qui a fait le geste, le scandale de la parole de Jésus

     

     

     

     

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    Jeremy Taylor, gravure protestante 17ème s.

     

    Contexte : une maison de notable, mais plus protestant que pharisien !

                Le repas autour d’une table

    Relations : Simon désigne la femme, Jésus lui répond

     

    Femme : très sage, elle pleure et essuie le pied de Jésus, il y a un vase de  parfum mais aussi de l’eau

     

    Bilan : Une femme repentante, qui fait un geste de service, rapport avec celui de Jésus le jeudi saint selon Jean ?  Une invitation à la repentance

     

     

     

     

    RAPPORTS DE CETTE SCENE AVEC D’ AUTRES SCENES

     

    Je ne parle pas des représentations de l’onction de Béthanie (selon Marc et Matthieu, l’onction a lieu sur la tête)

    Mais nous avons vu qu’il y a des relations avec la Cène, avec le lavement des pieds, il y en a aussi avec la Descente de Croix ou la Déposition car Marie de Magdala reprend l’embrassement des pieds de Jésus

     

    Voir un tableau de Guérin, peintre du 17° dans l’église d’Héricy en 77 et lun autre de Fra Bartolomeo du palis Pitti

      

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    DEUX TRANSPOSITIONS PLUS RECENTES

     

     

     

    Jean Béraud 1848-1935 la Madeleine chez les Pharisiens, 1891 , huile 131x104 , Orsay

     

     

     

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    Commentaire extrait de Gilbert Croué cité in Marie-Madeleine, figure mythique dans la littérature et les arts ; Édité par Marguerite Geoffroy, Alain Montandon ; Université Blaise Pascal, 2000

     

     

    Peintre de la vie parisienne, ami de Marcel Proust , œuvre qui fait scandale car galerie de portraits de contemporains

     

    Une femme en blanc dans un salon d’hommes en noir bourgeois et intellectuels, un Jésus intemporel

    Une femme qui demande pardon, Jésus qui pardonne devant les pharisiens choqués

     

    Transposition, la femme est Liane de Pougy, demie mondaine et bisexuelle, qui de fait se convertira mais après le tableau !

    Simon est assis au centre avec serviette blanche, on reconnaît Ernest Renan !

    Plus surprenant le Christ est un  journaliste socialiste Albert Duc-Quercy

                Georges Clemenceau est assis devant la table , Alexandre Dumas fils … tous des pharisiens, au sens de cette époque

     

     

    Philippe Lejeune   « le Repas chez Simon » 1950
    Musée Landowski, Boulogne-Billancourt

     

     

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    Commentaire extrait de  Gilles Castelnau, site  http://protestantsdanslaville.org/spiritualite-et-image/im68.htm

    Né en 1924,   élève de Maurice Denis ; Il se centre – et cela a toujours été sa grande idée - à la fois sur des sujets bibliques et sur l’art du portrait.

      Les 4 personnes représentées sur ce tableau : Jésus à gauche, dont Madeleine touche encore le pied, Simon le pharisien scandalisé par cette familiarité d’une femme « pécheresse » et la femme à la porte, sont tous des portraits très fidèles de personnes réelles, parents et amis du peintre.

     

    Marie-Madeleine prosternée aux pieds de Jésus pleure de reconnaissance et de tendresse pour l’accueil bienveillant que Jésus lui a réservé dans la maison de Simon, l’intégriste pharisien moraliste et exigeant. Le vase de parfum resté par terre la fait reconnaître : c’est celui qu’elle a vidé sur les pieds nus de Jésus.

     Philippe Lejeune est plus attaché à représenter l’histoire qui court traditionnellement dans la mémoire collective que les récits évangéliques eux-mêmes.

    Ce qui est saisissant est la transposition de la scène biblique dans le monde d’aujourd’hui, à la manière dont le pasteur Roger Parmentier « actualise » la Bible.

    -- Les murs ne sont pas tapissés, aucun tableau n’y est accroché. Ils ne semblent pas réels, ils ne ferment pas la pièce, ils ouvrent plutôt la scène - la cène - à l’ensemble du monde où nous sommes aussi.

     Philippe Lejeune a été sensible au bien-être tranquille de Marie-Madeleine qu’il a imaginée prolongeant aux pieds du Christ l’apaisement que procure la douceur et la tendresse qu’il manifeste aux hommes.

    Jésus   en humbles vêtements modernes dans le style adolescent des années 1950.

    Il a les mains ouvertes. Il désigne la femme mais son geste est peut-être une bénédiction. Il ne la regarde pas. Son visage est calme et son regard perdu dans une méditation.

    La petite table devant lui n’a qu’un seul couvert. Elle ressemble plus à un autel qu’à une table de repas. Son assiette est vide et son verre aussi. C’est son corps et c’est son sang qui seront le repas.

    Simon le pharisien, lui, regarde la femme et la désigne du doigt. Mais l’immobilité de son visage est insensibilité et froideur. Tout son corps se détourne d’elle. Il est vêtu comme les garçons des années 1950, il n’est pas un de ces étroits pharisiens des siècles passés à l’idéologie primitive ; il est l’un de nous !

    - Quant à la femme qui apparaît à la porte et semble servir, ne serait-elle pas Marthe, qui apporte le parfum selon Jean 12

  • RUTH

     

    Le livre de Ruth raconte l'histoire de Naomi, sa belle fille Ruth, la Moabite, et Booz. Il vaut mieux le lire pour mieux comprendre ce qui suit.

    Ce livre a été assez peu mis en images, sauf celle de la rencontre entre Ruth et Booz

     

    Marc Chagall a réalisé dans les années 60 une série de lithographies en couleurs sur l'histoire de Ruth. Elle comprend 5 images

     1 Naomi et ses belles filles

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     La symétrie est remarquable, elle marque à la fois la solidarité de ces 3 femmes qui n'en font qu'une, et la peur. Le paysage est sombre, les visages sont désespérés mais la lumière les éclaire en signe d'espoir. On peut voir une différence entre les 2 jeunes femmes, celle de droite est plus empressée, elle soutient sa belle mère, c'est Ruth, alors que celle de gauche semble plus indifférente, c'est Orpa qui va retourner dans son pays.

     2 Ruth glanant

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    La lumière est écrasante, l'air vibre, on sent la chaleur qui écrase tout. Ruth debout tient une gerbe , elle est fatiguée. Une femme est assise et se repose, Ruth a un mouvement vers elle , comme si elle voulait l'aider, la nourrir. C'est bien l'attitude de Ruth envers Naomi, même si le texte ne parle jamais de Naomi au champ.

     

     

     

     

    3 La rencontre entre Ruth et Booz

     

    3 rencontre.jpgBooz est au centre , son corps est raide mais sa tête et ses bras bougent, ses pieds dansent. Ruth a mis une belle robe, elle est souple, légère, elle offre son bras à Booz.

     

    C'est le coup de foudre entre Ruth et Booz. Le cercle rouge en témoigne. Est ce le soleil ? Une sorte de meule qui exprime la richesse, la fécondité à venir ? Une boule de feu qui est dans Booz qui est le moteur de sa joie et de son mouvement ?

     

     

     

    4 Ruth aux pieds de Booz

     

    4 Ruth aux pieds de Booz.jpg

    Trois parties horizontales. La voûte des cieux en noir , la champ et ses gerbes, les personnages au sol. La lune est le lien entre les 3 bandes, elle brille au ciel, elle a une forme de faucille et éclaire la moisson, elle illumine le visage de Ruth. Booz dort , il a la couleur des gerbes qui ne font qu'un avec lui, il occupe l'espace. Ruth est éveillée, elles est à ses pieds , elle réfléchit, c'est une femme et elle est donc en étroite relation avec la lune, elle se prépare à quelque chose d'important.

     

    Le texte biblique a inspiré Chagall mais sans doute aussi Victor Hugo et son Booz endormi.

    Booz s'était couché de fatigue accablé ;
    Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
    Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
    Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.....

     Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
    S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
    Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
    Quand viendrait du réveil la lumière subite.

    Booz ne savait point qu'une femme était là,
    Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.
    ….
    Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
    Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

    Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles,
    Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,
    Avait, en s'en allant, négligemment jeté
    Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.

     5 Booz se réveille et voit Ruth à ses pieds

    5 Booz se réveille et voit Ruth à ses pieds.jpg

     Chagall reprend la mise en scène précédente, la moisson est toujours là, la lune est devenue soleil, la nuit fait place au jour. Ruth occupe maintenant tout l'espace que Booz occupait, elle est éveillée, joyeuse, charnelle... elle a réussi

     Booz est nu lui aussi, il tient la faucille qui récolte, il est heureux il est au ciel . Tout est signe de bonheur et de fécondité, un enfant se prépare.

     

     

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    Cette vision très heureuse et érotique de cette nuit , peut être opposée à celle que donne Tissot dans cette aquarelle : les rôles sont inversés, Ruth dort et Booz songe, mais quelle angoisse, de quoi prend-il la mesure ?

     

     

    Thomas Rooke 1842-1942 est un préraphaélite anglais, en 1876 il a peint ce petit triptyque , 3 huiles de 66 x 39 cm qui se trouvent à la Tate Gallery.

     

    6 Bonne Story_Of_Ruth_Thomas_Matthews_Rooke.jpg

     Trois scènes à trois moments du jour : le soir, le midi et le matin

    Trois paysages : le désert aride, le champ riche de la moisson, la vigne signe d'avenir

     Trois vertus et trois attitudes mises en image : la fidélité de Ruth et la consolation, la générosité de Booz et la reconnaissance de Ruth ; l'amour maternel et la reconnaissance.

    Ce sont les 3 moments d'une espérance messianique par les femmes, Ruth permet à Noemi d'avoir une descendance, qui ira jusqu'à Jésus.

     

    Quelques images autres :

     Wil7 William-Blake_1795-Naomi-entreating-Ruth-Orpah.jpgliam Blake donne une belle idée de la séparation des femmes

     

     

     

     

     


    Le « nazaréen » Schnorr von Carolsfeld, crée vers 1850 une relation forte et mystique entre Booz et Ruth, celle du « préraphaélite » Burne Jones en 1879 , est différente mais tout aussi forte.

     

    14  JuliusSchnorrvonCarolsfeld-Ruth-in-Boazs-Field-1828.jpg                          9 1879Burne-JonesRuthMeetsBoazdrawing.jpg

    Ces deux scènes sont construites comme des Annonciations, Dieu vient par l'intermédiaire de Booz , une lumière apparaît, un enfant est à venir.

     

     

     

     

     

  • ELISABETH

    Elisabeth est une femme qui apparaît uniquement dans l'évangile selon Luc 1, 5 à 57. Elle est présentée comme une femme de la tribu d'Aaron, l'épouse du prêtre Zacharie, la femme vieille et stérile qui reçoit la promesse d'un fils, Jean qui deviendra le baptiste. Elle est aussi la parente de Marie dont l'évangile ne dit rien sauf que c'est une jeune fille fiancée à Joseph. Elisabeth est la femme de l' Ancien Testament, Marie celle du Nouveau Testament, les 2 femmes enceintes se rencontrent c'est ce que l'on appelle traditionnellement la Visitation.

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    Visitation de Ghirlandaio 1449-94

     1491 date sur le tableau MCCCCL  XXXXI
    Tempera sur bois,

    172 x 165 cm

    église Ste Marie des Pazzi Florence puis
    Musée du Louvre, Paris

     

     

     

     


    Deux femmes très différentes par âge, vêtement position

    Marie jeune, belle, robe rouge et grand manteau bleu, car elle arrive de l'extérieur et entre chez Elisabeth, celle ci s'agenouille en signe de salut ? En fait elle touche le ventre de Marie et c'est devant Jésus qu'elle s'agenouille, elle regarde la broche de Marie, un cœur, sur son sein ?

    Elisabeth s'abaisse mais Marie s'incline, pour la relever. Mais les mains sont appuyées sur ses épaules, donc aussi signe de salutation. Double salutation qui marque l'inégalité

    Couleurs: le bleu n'est pas le bleu de Marie, sombre par rapport à toute la scène, l'orange de Elisabeth désigne la révélation de l'amour divin mais toutes deux ont des robes rouges, passion ? Feu de l'amour divin ? Dieu est au centre de la scène

    A gauche Marie Jacobi fille de Cléophas selon une tradition apocryphe, cet homme aurait été le mari d'Anne, ce qui en fait la ½ soeur de Marie, mère de Jésus. Elle lui ressemble, elle est très enceinte, et le montre. Or le bras d'Elisabeth et son regard vont vers elle.
    Cela s'explique par le contexte du commanditaire : peinture commandée par Lorenzo Tornabuoni pour sa chapelle dans l'église de Cestello (aujourd'hui Santa Maria Maddalena dei Pazzi) de Florence, en mémoire d'une jeune femme de la famille, Giovanna morte enceinte.

     A droite Marie fille de Salomé, lui aussi mari d'Anne, donc aussi½ soeur de Marie, mère de Jésus. elle lui ressemble moins, elle est en mouvement et en prière, elle regarde la visitation, comme nous, invitation à la prière ?

    Ainsi tous les regards sont tournés vers la gauche, sauf celui de Marie pourquoi ?
    Tournés vers le passé (vecteur vers la gauche) vers l'Ancien testament, alors que Marie regarde l'avenir, relève Elisabeth comme « Dieu relève Israël son serviteur » selon le Magnificat
    Elles forment un triangle solide, dynamique

    Regards tournés vers la Passion  La présence de Marie-Jacobé et de Marie-Salomé, témoins de la Crucifixion et de la Résurrection, peut se comprendre comme une allusion au sacrifice futur du Christ et à la rédemption de l'humanité.

    Décor central = mer, port, mais surtout Rome avec colonne, arc et surtout Panthéon dans l'axe de l'arc du 1er plan , donc un axe de Incarnation vers l'ancienne Rome, axe de la  nouvelle Jérusalem

    Une histoire familiale qui devient une histoire sainte et une histoire universelle



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    Visitation de Jaopo Carucci dit Pontormo (sa ville) 1494-1557


    Huile sur bois , 202 x 156 cm 1530
    église San Michele, Carmignano (Florence)

     

     

     

     

     





    Une rencontre qui remplit l'espace

    Marie et Elisabeth face à face , une embrassade mais la vieille soutient la jeune, la vieille est un peu plus petite, elle se soulève , elle danse ?

    Echange intense des regards, quel message ?

    Elles sont enceintes, mais Marie est la plus grosse , alors qu'elle ne l'est que depuis 3 mois

    Elles sont dans des rectangles = stabilité, pesanteur, équilibre ; leurs bras sont symétriques, horizontaux = stabilité calme, mais le vecteur d'Elisabeth, est tourné vers le passé, celui de Marie vers l'avenir. C'est cependant Elisabeth qui agit, elle transmet par son regard, par le mouvement de ses bras

    Les servantes ? Immobiles, pétrifiées. Ce sont les doubles des 2 femmes surtout pour Elisabeth, elles appellent le spectateur, celle de Marie avance, l'autre en retrait ? Que ou qui regardent elles ? Leur regard dépassant la scène créent un espace, nous met dans cet espace, nous sommes plus que témoins

    Contrairement au texte, Elisabeth semble rendre visite à Marie En fait tout le monde marche, mais pose figée, un instant de grâce

    Espace avec point de fuite au centre des femmes sur leurs ventres , alors que Marie est axe central

    Lumière : le ciel est sombre entre nuit et aube,  la clarté n'est pas celle du soleil, elle vient du haut à gauche, elle inonde, elle révèle, c'est elle qui visite et crée l'unité des femmes

    Couleurs : rouge et vert pour Maries couleurs complémentaires ; vert gris et orange pour Elisabeth, la même chose en moins vif ?
    Vert= espérance, manifestation de l'amour et sagesse divine au MA, associé à la régénération de la nature et spirituelle
    on voit bien l'utilisation différente pour Elisabeth = vert printanier espoir de la délivrance et Marie= vert sombre de l'émeraude qui selon légende est conçue par le soleil 
    Orange = procède du rouge et du jaune, couleur de l'or, de Dieu, donc révélation de l'amour divin à l'âme humaine, cette couleur forme un calice qui porte Elisabeth comme coupe divine qui porte espoir de printemps, elle coiffe Marie, comme une marque, un choix divin
    Rouge = force courage, couleur de l'Esprit, du feu et donc amour divin, couleur du Christ, ici rose qui

    Décor gris sale, nuit , les femmes sont sur une terrasse, qui domine la ville à gauche. Les spécialistes reconnaissent  Florence, et la porte qui mène vers Rome

    En bas à gauche : une petite scène avec 2 hommes : les maris ? Le peintre et son élève ? Pain et vin ? Une autre incarnation ? nous ?

    Théologie = Une rencontre parallèle à Annonciation mais symétrie absolue, pas venue de Dieu (pas mouvement vertical) mais présence de Dieu (mouvement horizontal), profonde incarnation

    Une passation , un échange, une transition entre AT et NT, Elisabeth donne regard, étreinte... elle est confiante, elle transmet la bénédiction . Une rencontre de l'autre et de soi

    Contexte historique : 1530 juste après le sac de Rome, Florence humiliée... pape Clément VII Médicis tenu pour responsable, il a voulu jouer contre l'empereur et il a été obligé de l'appeler au secours... il est il est temps de renouveler l'Eglise,
    Elisabeth vient de Rome pour visiter sa cousine à Florence, la vieille Rome embrasse la future Eglise , celle dont rêvait le Florentin Savonarole +1498.



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     Rembrandt 1606-1669

    Visitation

    huile sur toile 56,5 x 50 cm (1640, Detroit, Inst. of Arts)











    Une peinture  narrative  : au 17 ème s. Marie, sa servante et Joseph ? viennent d'une ville, ils montent vers un sanctuaire où vivent Zacharie et Elisabeth, et un jeune serviteur. Ceux ci sortent pour les accueillir, les femmes sont en avant et se rencontrent sur le seuil. Les cieux s’ouvrent et éclairent la visite.

     Une trouée de lumière dans la nuit

    La nuit : la ville,

    En bas à droite: l'homme et sa mule = Joseph ? référence à la fuite en Egypte ?

    Une servante mulâtre

    la « maison » de Zacharie, un temple ?

    La lumière tombe du haut sur Marie, mais sur son dos, elle éclaire Elisabeth qui reçoit la lumière, le message de Dieu

    Pour Rembrandt: éloquence d'un effet de lumière à la fois concentré et dynamique, le paysage lui sert déjà à exprimer un état d'âme et prend une dimension poétique supérieure.

    Composition : centre occupé par une sorte de podium, le devant du sanctuaire, en hauteur; les mouvements convergent vers le centre; axe vertical passe entre les 2 femmes

    Les couleurs : gamme de bruns, une chaude tonalité brune,  une profondeur enveloppante

    un peu de blanc et du vert (manteau et ombre)

    vert couleur de la contemplation , attente, espérance, la vie

    Les personnages : opposition entre les 2 femmes, jeunesse, beauté, mais  elles sont peu enceintes, elles ne se touchent pas le ventre

    Marie est dévoilée, par une servante noire, elle porte la vie, la lumière, elle est droite

    Elisabeth embrasse Marie , comme un aveugle qui reconnaîtavec ses mains

    Zacharie (le même modèle que l'Abraham dans le Sacrifice d'Isaac de 1635) sort s'appuyant sur un jeune serviteur, il semble plus aveugle que muet

    Joseph ? Monte avec l'âne vers quoi ?

    Servante mauresque enlève le manteau de Marie, pourquoi si haut , pourquoi vert ? Un manteau qui ressemble à un serpent , Marie nouvelle Eve

    Les animaux : chien : la fidélité, la foi , tourné vers Marie ?il la reconnaît

    Paon : sans couleur, regard par derrière , nombreux petits qui accourent : symbolique double, vanité mais aussi immortalité (chair imputrescible) renouveau et résurrection, souvent associé à Nativité;
    ils vivent la scène comme sacrée

    Lectures possibles

                 1 une simple rencontre narration et scène de genre

                 2 le sacrifice à venir = celui d'Abraham (personnage, montée, paon), celui des innocents (fuite en Egypte)

     

                 3 inversion de l'épisode de la rencontre d'Abraham et de 3 anges au chêne de Mambré (voir Genèse 18) :promesse de l'AT la naissance d'Isaac se réalise aujourdh'hui dans celle de Jean et de Jésus : c'est Elisabeth qui reçoit Dieu, elle était aveugle, elle reçoit la lumière, la vie nouvelle lui est dévoilée, par son enfantement mais plus encore par la naissance de Jésus

    l'incarnation = péché écarté (serpent), vie verte , grâce lumineuse sur Marie , jeunes paons immortels

    Zacharie n'a pas cru il est puni, mais il est guidé vers la lumière, le lieu de la rencontre devient l'inversion du sacrifice d'Abraham, Isaac sauvé par Dieu est devenu le sauveur



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    A titre anecdotique , voici une Visitation de Konrad Witz, peintre suisse 1400 - 1445, où les embryons de Jésus et Jean Baptiste sont représentés, le second saluant le premier. Cette représentation est assez répandue à la fin du MA, elle est ensuite interdite par le Concile de Trente. 





    La naissance de Jean Baptiste

    x ferrari.jpg


    Gaudenzio Ferrari

    1471 - 1546  

    tempera sur bois,

    1505,  94 X 86

    mais taille  réduite

    musée de Brou












    Les nativités de Jean Baptiste se distinguent de celles de Jésus, par le fait qu'Elisabeth est toujours couchée, et que l'on prépare ou que l'on donne un bain à l'enfant, scène en partie coupée ici par le rétrécissement du tableau (mais cette scène de bain existe aussi pour Jésus ou pour la nativité de Marie). Un élément qui est propre: le fait de voir Zacharie écrire le nom de l'enfant, puisqu'il est toujours muet.

    Ici 2 éléments se surajoutent: la présence de Marie qui tient le petit Jean Baptiste, elle joue les servantes, ceci est totalement en contradiction avec le texte qui précise qu'elle part avant l'accouchement d'Elisabeth. Au fond une servante (sa tête est coupée par le rétrécissement du tableau) apporte des objets dont un plateau, on peut y voir une allusion à Salomé qui portera la tête de Jean Baptiste sur un plateau après sa décollation.


  • EVE

    Je reprends la publication mensuelle des interventions faites dans le cadre du Groupe biblique de l'ERF de Fontainebleau, sous la direction d'Odile Roman-Lombard, pasteure. Le thème de cette année : Des Femmes de la Bible, nous commençons par

    EVE

    Le texte de la Genèse ch.2 v. 18-25 et ch. 3 1-23, met en scène une femme, dont le nom Eve= la Vivante n'est donné qu'au v.20 du ch.3, sa création, sa relation avec Adam, celle avec le serpent (disons la Tentation), la consommation d'un fruit défendu, son expulsion du jardin d'Eden et les conditions de sa vie ultérieure. La naissance des enfants, Caïn, puis Abel et enfin Seth n'est dite qu'au ch. 4 , v. 2 puis 25.

    La peinture a énormément représenté Adam et Eve, surtout la scène dite de la "chute" ou du "péché originel", termes qui ne sont pas du tout bibliques, mais datent de la pensée de St Augustin au Vème s. Ces notions et leurs représentations sont un donné majeur de notre culture, qui a vite assimilée "la faute originelle" au sexe. 

    Nous allons partir de cette donnée et montrer que les peintres créent des images où la psychologie d'Eve, est assez variée.

    QUEL RELATION ENTRE EVE ET ADAM ?

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     Oeuvre de Hendrik GOLTZIUS 1558-1617, graveur et peintre protestant de Haarlem. Ce tableau "La chute de l'homme" date de 1617, donc juste avant sa mort, il est conservé à la National Gallery de Washington.

    C'est une scène de séduction amoureuse : échanges des regards, qui reprennent le verset 18 de la Genèse"Je vais lui faire un vis à vis "dit Dieu
                       de séduction sexuelle : caresse, pose couchée (la même que le peintre utilise pour les filles de Loth)

    Eve s'offre et offre une pomme qui devient le centre du tableau :
               la forme des corps, en partant des pieds pour aller aux têtes, est celle d'une corne d'abondance, signe de plaisir et de fécondité, la pomme est au sommet.
               la pomme est à la base du triangle contruit avec l'échange des regards, un enjeu
               le tronc de l'arbre, la pomme, le bras d'Eve forment une verticale qui arrive au sexe d'Adam, façon de désigner l'objet de la convoitise.

    Ainsi Eve est active, elle prend les initiatives pour réaliser son désir, alors qu'Adam est assez passif, cela renvoie au titre de l'oeuvre : chute de l'homme, "man" en hollandais, au sens de mâle. C'est bien Eve la séductrice qui va entraîner le pauvre homme-mâle vers sa perte.

    Les autres éléments vont dans le même sens : la pomme (la bible parle du fruit) est un symbole sexuel féminin, le serpent a une tête de femme car la femme est séduite par son double, quant à la plante qui cache le sexe d'Adam, on peut y reconnaître du lierre terrestre, c'est une plante proche des menthes, qui relève le goût , utilisé pour la bière avant le houblon. On peut aussi rapprocher cette plante du vrai lierre, qui est associé à Dionysos.

    Quant aux animaux: le chat n'est pas le diable, il n'est pas noir, mais plutôt une image féminine, un animal ambiguë doux et sentimental, sournois et hypocrite, il semble attendre la fin de l'action; de même pour le couple chèvre-bouc qui regarde Adam et Eve. Une fois l'acte consommé, ils pourront eux aussi... la conséquence du péché humain ayant traditionnellement des conséquences pour toute la nature.

    Donc une vision traditionnelle de la relation entre Eve et Adam, relation qui n'a d'ailleurs rien à voir avec le texte du mythe biblique.

     

    Mais il existe d'autres types de relation :

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     Ici Dûrer 1471-1528 met Adam et Eve à égalité, ils sont symétriques, représentés de la même façon et tous deux ont une pomme, ce qui est assez rare. Eve discute avec son époux, la relation est tout autre.

     

     

     

     

     

     

     

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    Domenico Zampieri dit le Dominiquin 1581-1641, représente le v. 12 où Eve est accusée par Adam, rejetée, elle ne trouve comme défense que de faire reporter la faute sur le serpent.

     

     

     

    1 inconnu 16.jpg

     

    Ce peintre inconnu de la fin du 1-ème s. représente une jolie scène familiale, où Eve, la mère bien occupée, semble se plaindre auprès d'Adam , fatigué par une dure journée de travail à la houe. Relation cocasse et réaliste

     

     

     

     

     

     

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                                     5 Franz-Von-Stuck-adam-and-Eve.jpg

    Retour à la scène de tentation, par l'Anglais Burne Jones (1833-1898) à gauche et par l'Allemand von Stuck (1863-1928)

    Différence entre la solidarité et l'action maléfique ?

     

    EVE SEDUITE


     4 WILLIAM_BLAKE_temptation_of_eve.jpgpour William Blake 1757-1827 moreau.jpg par le serpent -démon qui la force, elle est victime

     

     pour Gustave Moreau (1826-1898) par la beauté environnante et la voix intérieure qui lui parle, la séductrice est séduite

     

     

     

     

     

    EVE CHASSEE de L'EDEN

    Curradi xpulsion.jpgUne femme résignée delacroix.JPGpour Francesco Curradi 1570-1661

     

     

     

     

     

     

     

     

    Une femme suppliante pour Eugène Delacroix

    George_Frederic_Watts_courte.jpg

     

    Une femme désepérée
    pour Frederic Watts (1817-1904) michelange.jpg

     

    Une femme récriminante , une sorcière
    pour Michel Ange

     

     

     

     

     

     

    ET DIEU CREA LA FEMME

    Cette représentation suit 4 modèles:1 Bertram 14 Hambourg.JPG

     

    A partir d'une côte, pour cette miniature de Maître Bertram d'Hambourg au 14ème s.

    c'est assez rare de la voir si réaliste, à noter aussi que ni Eve ni Adam n'ont de nombril, ce qui marque bien que ce sont des êtres créés et non nés

     

     

     


    2   Ad Eve fresque les Salles.JPG

     

    Sur cette fresque du 12ème à Salles-Lavauguyon en Limousin

     

    Eve est créée non à partir d'une côte, mais à partir d'un côté d'Adam, sens que l'on donne aujourd'hui volontiers au mot hébreu qui a les 2 sens. Donc une interprétation ancienne, qui renvoie à une compréhension d'adam (= le terreux, le glaiseux) comme hermaphrodite, avant qu'il ne dedevienne ish et isha (homme et femme)

     

     

    4 -Palerme--Normanni--chapelle-palatine--creation-d-Eve.JPGDans la chapelle palatine de Palerme, cette mosaîque du 11ème s. montre Eve qui se lève d'Adam, cette représentation est sans doute la plus répandue

     

     

     

     


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    Enfin dans la cathédrale d'Orvieto, on trouve une dernière représentation, Eve se dresse derrière Adam endormi, elle est créé à partir d'Adam mais semble plus indépendante.

     

     

     

     

    Personnellement c'est la 2de représentation que je trouve la plus éclairante et la moins mysogine.

     

    Terminons par une Eve douloureuse, la mère qui découvre le cadavre d'Abel tué par son frère, selon W.Blake

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  • LE BUISSON ARDENT

    Dieu parle à Moïse , Comment rendre la voix de Dieu par l'image ?

     

    LE BUISSON DE L'INCARNATION

     

    NicolaS Frroment peint ce retable en 1475 pour le retable de la cathédrale d'Aix en Provence. Pourquoi la Vierge à l'enfant est elle au centre du buisson qui brûle devant Moïse ?

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    Parce que la voix de Dieu du livre de l'Exode est attribuée au Verbe de Dieu, et qu'elle donc inséparable de son Incarnation. En Marie Dieu s'incarne, il se fait proche tout en demeurant transcendant, comme la flamme qui ne peut être saisie (transcendance) tout en enveloppant le spectateur de sa chaleur (proximité)

    Mais le buisson qui brûle sans se consumer c'est aussi l'image de la virginité de Marie.

     

    Cette représentation du Buisson ardent est assez rare en Occident, elle vient directement des icônes de l'Orient . (voir album) Celles de Russie sont assez complexes et le buisson devient une sorte d'étoile avec les anges et les évangélistes, rejetant Moïse sur les bords.

     

    LE BUISSON DU DIEU du CIEL

     

    Les Juifs du 3ème s. à Doura Europos (Syrie) représentent Dieu par une main qui sort du ciel, cette image est reprise en Orient mais aussi en Occident à Ravenne, et même dans la cathédrale d'Amiens au 12ème s.

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    LE BUISSON DU CHRIST

    Mais si c'est le Verbe qui parle à travers le buisson, pourquoi ne pas le représenter sous la forme de « Jésus qui est l'image du Dieu invisible » Paul Col. 1, 15

    Cette image est traditionnelle entre le 12 ème et le 15ème s. il faut alors voir si le Christ est dans ou hors du buisson et voir si Moïse est appelé, détourné, s'il obéit à l'ordre de se déchausser ou s'il parle avec Dieu (au Moyen Age le signe de la parole est traduit par des gestes des mains et des doigts et non par la bouche)

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     LE BUISSON DU PERE

     

    Pourquoi le Christ est il remplacé par le Père au 15ème s. ? Pourquoi n'y a t-il jamais d'image trinitaire ?

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    22 IRHT_053810-p.jpg26 MOSES AND BURNING BUSCH flandres Horenbout.jpg

     

     

     

     

     

     

    Le Père prend alors la forme de l'Ancien des Derniers jours du livre de Daniel 1, 14 « sa tête avec ses cheveux blancs, est comme de la laine blanche ou de la neige, ses yeux comme une flamme ardente », vieillard biblique qui prend parfois une allure plus jupitérienne. A noter que Moïse perd sa familiarité et qu'il se met de plus en plus à genoux, qu'il se cache le visage, d'interlocuteur, il devient adorateur muet.

     

     

    LE TETRAGRAMME

    Face à un tel anthropomorphisme, la réaction lors de la crise spirituelle du 16ème s. est nette, puisque Dieu parle , il faut chasser l'image humaine et remplacer la voix par l'écrit. Dès 1529 les 4 lettres sont placées dans le triangle évoquant la Trinité, les protestants choisissent cette représentation (ci-dessois, gravure de Merian pour la bilbe de Luther) mais le concile de Trente la favorise aussi et le Tétragramme se retrouve donc das les temples calviniens comme dans les églises baroques (ci dessous à Versailles), il devient populaire sur les images d'Epinal

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    LE BUISSON EN FEU TOUT SIMPLEMENT

    La simple représentation du feu, sans aucune allusion à la voix de Dieu, se trouve un peu partout mais domine très largement à l'époque plus moderne.

    51 HAGGADAH buisson.jpg52  FETI MOSES BEFORE THE BURNING BUSH.jpg53 Scheits.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

      On la trouve dans les Haggadah, qui sont des représentations juives du Moyen Age, on la trouve en orient par exemple sur une mosaïque de Chypre, en occident à l'époque classique chez les catholiques (Feti) et chez les protestants (Scheits), à l'époque contemporaine chez Chagall, Dali et chez un Indien, Paul Koli qui entoure le feu d'empreintes comme dans les tanka boudhiques qui sont signe de présence/absence de saints personnages. Le feu, la lumière restent des images divines parlantes pour beaucoup.

     

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     56 DALI 16 A FLAME OF FIRE OF MIDST A BUSH.JPG.jpg57 paul Koli_Inde.JPG

     

  • LA CONVERSION DE PAUL

       Dans les Actes des apôtres le récit de la conversion de Paul est raconté trois fois, la première au ch. 9, 1-19, est un récit indirect, la seconde au ch. 22, 3-21, se présente comme le récit direct de Paul devant les Juifs, et la troisième au ch.26, 9-18, est aussi un récit à la première personne mais adressé au roi Agrippa et aux autorités romaines.  Les différences entre ces trois textes concernent surtout la place des compagnons et le rôle relatif de la vue (la lumière) et du son (la voix). Mais les paroles du Seigneur Jésus sont partout les mêmes et il n'est fait aucune mention de sa reconnaissance visuelle. Quant au cheval très souvent représenté, il n'en est fait aucune mention (la tradition se fonde sur la supposition que Paul ayant été décapité, il était chevalier romain)

     

    LA THEOPHANIE

     

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    Tableau de Bertholet FLEMAL(LE) (1614 1675) du Musée des Augustins de Toulouse mais provient de la cathédrale de Liège, où il sera présent cet été 2011. 

     

    Toile immense 463 x 266 qui était au maître autel de la cathédrale St Paul, elle date de 1660

     

    La lumière est mise paradoxalement en valeur par l'obscurité qui est autour des acteurs. 

    Deux registres occupent la toile à égalité, le ciel avec le Christ qui avance vers nous, et les soldats qui vont en tout sens mais s'enfuient vers l'arrière. 

    Jésus est celui de la résurrection entouré d'anges, de  lumière et de sons. Une théophanie classique.

    Paul est assis, les yeux clos, aveuglé mais il écoute calmement, comme en  extase (allusion au verset 22, 17)

     

     

     

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    Jacopo TINTORET  1518-1594 toile de 152x236 cm  datée de 1545  

    National Gallery de  Washington  


    Après le coup de tonnerre divin sur la route de Damas, tout est désordre et tumulte, les chevaux se cabrent et tombent, les cavaliers sont désarçonnés, les fantassins s’enfuient. Paul renversé par la puissance divine, les bras en croix, est comme suspendu en l’air au dessus d’un rocher, il a perdu l’équilibre, il est prêt à basculer dans une nouvelle foi, une nouvelle vie. A noter la petite taille du Christ et sa position marginale

     

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    William BLAKE 1757 1827

    1800 petite estampe 23x30 coll.privée

     

    Libre représentation d'un Paul dont le cheval s'affaisse, les yeux bien ouverts, la lumière enveloppe ensemble le Christ et Paul, le mouvement créé par le Christ est orienté vers la mission (cf. le ch. 26 où la vision et l'envoi en mission sont concomitants)

      

    2 Le REALISME 

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      LE CARAVAGE a représenté deux fois la scène , cette 1èreversion date de  1600, c'est une huile sur bois de cyprès, 237 x 189 cm, Rome, Collection Odescalchi Balbi

     

    Une mise en scène de mouvements suspendus.Version très dramatique de l’épisode, choix du moment de rupture, qui  est rendu par l’attitude du cheval, qui se cabre, la branche qui se casse, le Christ qui descend.... Mais ces mouvements sont sur des plans très rapprochés , il n'y a aucune profondeur.

    Paul se protège le visage des deux mains... Geste de frayeur, devant l'apparition du Christ , est-il sur la défensive, ou geste réflexe de l'homme qui sent sa vue lui manquer ? Son corps paraît souffrant, pourquoi son torse est-il nu ? il est désarmé, son épée est au sol.

    Le soldat protège Paul, contre quelqu'un qu'il ne voit pas.  Mais surtout il fait le geste de tuer le Christ,  c'est un homme de Damas (arme et costume oriental), un persécuteur des chrétiens donc du Christ. 

     

    Le Christ:  plonge vers Paul, avec un ange comme dans les théophanies mais ce n'est plus le ressuscité, c'est le Jésus d'avant la Passion, il a une ombre, et la lumière n'émane même pas de lui. C'est cette représentation qui explique le refus du tableau par son commanditaire,   Tiberio Cerasi, Trésorier-général du pape Urbain VIII.

       

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    La 2de version mesure  230 x 175 cm et se trouve à l'église Santa Maria del Popolo, Rome).  

    Toujours des plans ramassés sans aucune profondeur, on croit que le sabot menace  le visage de Paul, alors qu'il en est assez loin.

      Cette fois le Christ est absent, comment peut on reconnaître cette scène de la conversion de Paul ? c'est la représentation d'une scène profane, Dieu se trouve dans la lumière qui tombe à la verticale mais plus sur le cheval que sur Paul. Le clair obscur a une signification symbolique : le monde terrestre est plongé dans l’obscurité, et l’intrusion divine se signale par la lumière, le clair-obscur permet au Caravage de mettre en scène la grâce, le Christ vient briser le monde d’ici-bas mais il est invisible à ceux qui n'ont pas la foi.

    Saul se présente de trois-quarts arrière  : sa tête effleure le bord inférieur du cadre et nous ne sommes plus mis à l’écart.

      Il ouvre ses bras et reçoit cette fois la grâce qui s'offre. Sa posture exprime le désarroi mais ses mains font le geste des orants,  ses bras sont levés vers le ciel en un angle large, comme s'il voulait attirer à lui tout le monde et l'embrasser. Il est heureux et profite de ce moment qui dure.

    Car nous ne sommes plus dans un contexte d'un moment dramatique mais dans celui d'une durée, il y a eu   la chute, la vision, le temps de desseller le cheval qui est conduit vers l'écurie. Le cheval n'abaisse pas son sabot, il le lève, le serviteur médite, Paul est vit une expérience spirituelle exceptionnelle, et nous sommes invités à le suivre.

     

     

    3 LE SYMBOLISME

     

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    LA CONVERSION DE PAUL Tableau de Francesco Mazzola dit le Parmesan (1503-1540)

     

    huile de 1527 qui mesure 177x128cm et se trouve au Kunsthistorische museum de Vienne.

    Le Christ est absent, Paul  entend mais ne voit rien

    Le Cheval occupe la place centrale. Ce cheval blanc est signe de triomphe surtout quand il estcabré. Triomphe antique, papal mais aussi celui de l'apocalypse = triomphe et puissance

    La peau de panthère qui le couvre est signe de noblesse mais c'est surtout la peau d'un animal assimilé au Christ (selon le Physiologos qui est un bestiaire chrétien de l'antiquité qui a eu une influence considérable au Moyen Âge). La panthère exhale un bon parfum qui séduit tous les animaux sauf le serpent qui fuit et le dragon qui se fige; 

    quand elle revient dans sa caverne , elle dort et ne se réveille que le 3ème jour; sa peau tachetée évoque les vertus du Christ : compassion, foi, paix, pureté... 

    donc ce cheval est l' image du Christ victorieux, séducteur et conquérant

      Position de Paul : il ne voit rien mais n'est pas aveuglé, il doit ouvrir les yeux, mais  à quoi ? à l' Evangile et aux nouveaux chrétiens cf. ch. 26

    il essaie de se relever pour se tenir prêt pour la mission. Il se lève comme l'Adam de Michel Ange, c'est une création. Ses bras sont en croix il imite le Christ. Il se relève comme Christ du tombeau, c'est une resurrection.

    Paul se fait le témoin de la mort et de la Résurrection

     

     Les compagnons  sont absents, le peintre isole Paul dans un baptême de lumière, il le montre recevant une révélation intérieure. Il exalte  la puissance de la grâce individuelle et le pouvoir d'une conversion radicale. Cela peut être vu comme une position luthérienne ou plutôt celle des « spirituels » de la grande Eglise dans ces années 1520-1530, le commanditaire, un professeur de médecine de l'université de Bologne en fait partie. 

  • LES DISCIPLES D'EMMAUS

     

    Queiques remarques

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    La scène correspond à l'évangile selon Luc ch. 24, versets 13 à 15 et 28 à 35

    Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s’était passé. Or, tandis qu’ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas....

    Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux. Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Alors ils se dirent l’un à l’autre : « Notre coeur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? » A l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « C’est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » A leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain.

    Lla traduction iconographique de la reconnaissance du Christ ressuscité par  les disciples prend la forme de REGARDER opposer à voir VOIR c'est à dire reconnaître.

                La  relation à la dernière Cène et à l'eucharistie est imortante, elle se traduit par les gestes du Christ,  bénir, rompre, élever,tendre le pain  et par son regard, les yeux levés au ciel s'imposent souvent dans un contexte de  sacerdotalisation. Mais les représentations sont très variées, de la communion eucharistique à la scène de genre.

                 Les disciples sont traditionnellement vus comme des pèlerins, d'où des signes distinctifs souvent liés au pélerinage de St Jacques

     

    Jésus se donne à voir, comment identifier le Christ ?  

     

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      LE CARAVAGE

    Cette oeuvre éxécutée à Rome en 1601, Huile et oeuf sur toile 141 x 196.2 cm.
    Londres, National Gallery

     

    XR au visage et à l'âge non conventionnel, « Mc 16,12 « il se manifeste sous une forme différente »
    Il est seulement ambigu. La mollesse des traits le situe hors de la distinction masculin-féminin qui nous est si chère, plutôt dans l'idée de l'androgénie divine. L'absence de la barbe traditionnelle, jointe à des bajoues, le met hors de la distinction entre vieillesse et jeunesse, sans lui donner le caractère que nous attribuons généralement au jeune homme, l'énergie vitale. Christ ambigu et, pour des chrétiens habitués à un certaine image du Sauveur, à des signes d'identification, c'est un Christ non reconnaissable.
    Une représentation qui a choqué ou ému ses contemporains, troublés par cette proximité du divin et de l'humain.

      Le Caravage choisit le moment où tout bascule

    La stupéfaction se lit sur les visages et dans les attitudes des pèlerins et de l'aubergiste, venu les rejoindre. Sous l'effet de la surprise, l'un des disciples empoigne son fauteuil, l'autre écarte les bras, le réalisme est tellement saisissant que le spectateur a l'impression de participer à la scène.

    Quelle reconnaissance ? Le cabaretier, lui, fixe Jésus et ne voit rien d'autre qu'un hôte de passage

    L'ombre de l'aubergiste est sur le mur, juste  derrière le Christ , comme s'il prenant les ombres sur lui, signe de rédemption ?  

     La Cène eucharistique est associée à la croix des bras du disciple de droite, par l’intermédiaire d’un raccourci accusé, le Caravage parvient à relier plastiquement la Crucifixion et la Cène à Emmaüs.

     

    Reconnaître le ressuscité est plus facile chez d'autres

    Ce tableau de Cavarozzi 1590 1625 est une copie du Caravage pour les poses, mais il choisit un Christ sortant du tombeau   1 D cavarozzi

     

     

    Celui de Girardet 1853-1907 crée une lumière divine

     

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    Mais chez Zurbaran 1598 1664 le Christ est un pèlerin comme les autres, seuls les yeux de la foi le reconnaissent

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     Le regard de la foi 

     

     

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    REMBRANDT 

     Jésus à Emmaus 1628 Jacquemart André

     OEuvre de jeunesse avec mouvements et clair obscur

    C’est une révélation, un moment où la vérité éclate. Cela se montre par la stupeur des pélerins, leurs yeux écarquillés, leurs poses à la renverse, leurs mains levées en incrédulité ou en défense contre ce mystère;
    l’agitation de la scène y contribue, verre vacillant, couteau basculant, chaise renversée. Ici, un seul des pélerins est vraiment dans la scène,  en pleine lumière, tout effaré.
    Où est l’autre ? En regardant bien, on le voit, déjà touché par la grâce, agenouillé aux pieds de Jésus, perdu dans l’ombre.

    La lumière vient de derrière le Christ, qui n’apparaît presque qu’en silhouette; le mur en devient éclairant, comme une explosion. Et il y a cet étrange nuage blanc mousseux dans l’angle derrière le bras gauche du pélerin, inexplicable.


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      Le Christ se révélant aux pèlerins d'Emmaüs 1648 huile sur bois 68x65 Musée du Louvre

    Cette oruvre vient d'être retaurée, à gauche avant restauration, à droite après restauration

     

    Une scène qui s'inscrit dans un espace clos mais vaste, ouverture vers le ciel.

     C'est le tout début du repas, la table est vide. Il rompt le pain…une clarté irréelle nimbe son visage, tandis que sur la gauche, une lumière tombant d’une fenêtre invisible éclaire sur la table la nappe blanche qui rappelle le suaire, le linceul de Jésus crucifié, retrouvé posé au troisième jour près du tombeau vide…

     

      Le Christ est éclairé mais rayonne, il partage le pain sur nappe d'autel Sa figure livide, douloureuse, d’un réalisme poignant, rappelle qu’il vient de triompher de souffrances inexprimables et de la mort, évoquée par certains détails symboliques comme le verre vide retourné à sa droite, et  le crâne brisé d’un agneau, symbole de la mort de « l’Agneau de Dieu », présenté sur le plat à sa gauche.

     Les disciples sont opposés : à Droite, la surprise, l'incrédulité encore qui se manifeste par tout le corps

    à Gauche, la reconnaissance par le foi, il se met en prière. Au fond le serviteur, regarde et ne voit rien. 

      La réalité est cachée à celui qui n'a pas la foi, lecture protestante ?

    Le contraste entre l’évanescence de l’auréole sur l’ombre verdâtre de la niche du fond  et la lumière naturelle qui s’attarde sur les visages, les objets, creusant un clair-obscur avec les tonalités dominantes d’un brun sombre, crée cet instant indéfinissable, et comme suspendu, où la scène représentée va basculer de l’humain au divin.

       Les disciples

     

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     VELASQUEZ  Repas à Emmaus MET New York (123.2 x 132.7 cm) Huile sur toile 1622


      On retrouve le Caravage avec sa rhétorique théâtrale, les  bras écartés et la lumière crue

     

     Que regardent les personnages ? 

    Les disciples ne regardent pas Jésus , l'écoutent ils ? A t il disparu ?

    Dans leurs  yeux le contact avec la transcendance ne s’avère pas immédiat.  

     Les personnages posent une question  douloureuse  en cherchant des réponses au fond d’eux-mêmes.

     Le Christ est résolument décentré, avec une lumière de face, un  visage en mi pénombre, une légère auréole

    Les disciples sont des figures populaires selon sacralisation du quotidien


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      La Mulâtresse National Gallery de Dublin 1616-19

    Tableau nettoyé en 1933 laisse voir disciples Emmaus, il a été coupé et on a supprimé un disciple et un fourneau (connu par la description d'un contemporain)

      Le sujet est rejeté à arrière plan, on retrouve la sacralisation du quotidien. 

    Les disciples ont été aveuglés, ils sont devenus insensible au divin, à cause de l'amour des biens terrestres

    le spectateur peut s'identifier à cette conversion des disciples et retrouver Dieu dans le quotidien, selon le mot de Thérèse d'Avila  « Dieu est aussi présent parmi les casseroles »

    Faut il aller jusqu'à econnaître Dieu à travers ce « sujet fort ridicule et drôle », une servante, une esclave?  

     

    Rencontrer Dieu dans le quotidien ou Comment incarner cette scène : ?

     

      En la situant dans la vie quotidienne des hommes ?  mais s'ils regardent , voient-ils ?

                                                                                                                Jordaens 1593 1678  

                     10-Jacob-JORDAENS.jpg

     

    En mélangeant scène profane et allusion religieuse, en sacralisant le quotidien frères Le Nain + 1648 Louis ou Antoine Le Nain Repas de paysans 1642 97x122 Louvre


    12-les-freres-LE-NAIN----.-1645.jpg   13 Louis Le Nain 001

     

      En actualisant les participants Augustin Lhermitte 1844 1925

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      En mèlant le sacré et le profane (bouteille de vin)  chez  Arcabas né 1926 

     

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  • NOLI ME TANGERE Jn 20, 11-18

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    CONTEXTE

     

    Noli me tangere ce titre qui signifie Ne me touche pas est la traduction de la Vulgate du verset de l'évangile selon Jean au chapitre 20. Aujourd(hui certaines bibles traduisent le verset par Ne me retiens pas voir le texte à la fin de la page

     

    Une remarque préalable, cet évangile met en scène Marie de Magdala qui est aussi désignée en Luc, lorsque Jésus la guérit de 7 démons, mais au cours des siècles elle est devenue Marie Madeleine qui réunit sous son nom au moins trois ou quatre femmes des évangiles : Marie de Magdala, Marie de Béthanie, Marie sœur de Lazare et de Marthe, et la pécheresse de Simon. Cette synthèse est due au pape Grégoire le Grand et n'a été remise en question qu'au XVI ème s. mais est restée très populaire jusqu'à nos jours. Pour les peintres Marie Madeleine est donc au moment de cette scène, une personne qui a été possédée par des démons, une pécheresse qui a touché Jésus et embrassé ses pieds, une contemplative opposée à sa sœur Marthe, mais elle porte aussi en elle toutes les légendes postérieures qui feront d'elle la grande repentie des Baux de Provence. Elle est l'ancienne pécheresse et la future pénitente, et la dimension amoureuse de la relation est au centre du thème iconographique.

     

    Trois types de relation peuvent être mises en évidence

     

    Ce tableau de Fra Bartolomeo (1472-1517) de petites dimensions : 48 cm x 57 cm est au Musée du Louvre (Achat pour Louis XII en 1506)

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    Le contexte utilise les éléments traditionnels de la résurrection : vase d'onguent, tombeau, anges, bannière, auréoles, plaies du Christ, instrument du jardinier. En arrière plan le peintre représente la résurrection avec sortie du tombeau et soldats renversés selon Mt 28, 3 et 4

     

    Marie Madeleine jette ses bras vers Christ, il la maintient à distance et cela fait obstacle à tout sentiment d'intimité.

    Les jeux de mains sont remarquables : approche et désignation de l’autre, prière et bénédiction...

    Jésus touche le front de Marie Madeleine, ceci en relation avec la légende des reliques de St Maximin (en 1279 on trouve sur le crâne de cette récente relique, un reste de chair que le Christ aurait touché, et qui serait resté comme un point de vie ).

     

    L'axe vertical avec vase de parfums et jeu de mains, est un rappel de la mort qui a séparé, et de la nouvelle relation.

    L'horizontale des verts crée un lien de vie entre les 2 personnages, tandis que la diagonale des rouges rappelle la passion au deux sens du terme.

     

    La composition en plaçant la Madeleine à gauche crée une diagonale positive d'ascension, qui donne l'initiative à la femme.

     

    On peut qualifier cette relation de vénération de Jésus

     

     

     

    Le tableau de Hans Holbein le jeune (1498-1543) qui est à Hampton Court à Londres est aussi un tableau de dévotion 76cm x 95

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    Le contexte  est plus fidèle au texte de Jean : tombeau illuminé avec 2 anges, Pierre et Jean repartant vers Jérusalem, au loin les croix du Golgotha. L'ensemble est sombre, seul le tombeau est lumière.

     

    Jésus porte une robe de moine qui s'oppose aux riches parures de Marie Madeleine, coiffure luxueuse, vase précieux comme pour des parfums, est ce un rappel de la pécheresse ?

    La relation est lue de façon contradictoire. Certains voient une Marie Madeleine qui s'écarte, et un Jésus qui veut s'en approcher. D'autres voient Jésus tenant Marie Madeleine à distance en la repoussant par le geste et le regard ; la séductrice réapparait car la force et la difficulté de la conversion sont suggérées par le rappel de la tentatrice.

     

    Est on en présence d'une scène de tentation ? La relation est de toute façon surprise et méfiance

     

     

     

    Avec cette fresque de Giotto (1266-1337) peinte en 1320 dans l'église inférieure Saint François, chapelle sainte Madeleine à Assise, nous sommes dans un autre univers.

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    Le Christ, les anges, les rochers... la mandorle, les rayons solaires, tout est repris de la tradition orientale, mais le peintre fait de Marie Madeleine une femme en deuil, toute tendue, voire déséquilibrée vers son Seigneur qui s 'écarte sans la regarder. La relation est vraie adoration du Christ reconnu comme Dieu.

     

    A part la fresque de Giotto qui reprend la représentation orientale du divin, on peut être surpris de voir le Christ ressuscité en moine ou en belle longue robe. Comment le représenter, comment peindre le vivant absolu ? Jusqu’à la fin du Moyen Âge, les artistes optent pour des attributs symboliques : une croix ou un étendard , le nimbe, le linceul blanc...

    mais à l'époque moderne, ils préfèrent le corps nu comme sur le crucifix, mais alors comment passer de la mort douloureuse à la vie triomphante ? Ils recherchent la beauté de Dieu, soit en sublimant les traces de la mort, les stigmates qui donnent une beauté spéciale, soit en supprimant ces traces ce qui donne une beauté divine au corps. Mais la nudité du Ressuscité dans le contexte de sa rencontre avec Marie Madeleine n'est pas sans charge érotique. Les exemples qui suivent le montrent

     

    Nous avons vu que le fait de placer Marie Madeleine à gauche, lui donne l'initiative. Nous allons maintenant voir Jésus la prendre.

     

    Albrecht Dürer (1471-1528) Le Christ en jardinier, gravure de la série

    La Petite Passion sur bois, 1509-1511 Les bois sont visibles au British Museum de Londres .

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    Tous les éléments du contexte sont présents dans le lointain, le Christ ressuscité est nu avec ses stigmates mais les signes du jardinier sont très marqués.

     

    Jésus est à gauche à contre jour, il est entre le soleil, symbole de Dieu et Marie Madeleine, superbe diagonale descendante de Dieu vers elle et aussi vers nous puisque nous sommes derrière elle. Le Christ est le médiateur et le spectateur est appelé à le reconnaître comme Marie Madeleine le fait.

     

     

    Le Titien (1490-1576) huile de 109cm x91 daté de 1512 à la National Gallery de Londres

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    Tout est mouvement

    Marie Madeleine se jette aux pieds du Christ, mouvement accompagné par son long manteau

    Christ est dans un plan perpendiculaire, il vient vers nous mais il se détourne pour se pencher vers elle, tout en relevant son suaire,

    Le paysage accompagne les mouvements : à droite une masse descendante jusqu'au Christ qui la prolonge, puis il s'oriente vers droite.

    Mise en valeur de la beauté désirable d'un corps, dont plaies ont presque disparu

    L'image visualise une relation affective, mais avec une nette érotisation. Marie Madeleine voit le buste et le visage du Christ, nous son corps et nous sommes dans l'instant de la reconnaissance et de l'interdit de toucher.

    La dimension religieuse subsiste mais l'iconographie classique est réduite à la bêche, il n'y a plus ni tombeau, ni bannière... le sujet commence à être traité comme une pastorale.

     

     

     

    Bronzino 1503-15721 291 x 195 cm peint en 1560 pour la chapelle de Santo Spirito de Florence

    8   BRONZINO, Agnolo ;  1561.jpgLe Christ est nu sans blessure tel un athlète, il se contorsionne dans une sorte de danse élégante, est ce pour inviter Marie Madeleine à la joie de la résurrection ou pour lui échapper ?

    A noter que Marie Madeleine est d'une grande sagesse : la diagonale des regards s'oppose à sagesse de ses bras (en orante), le rouge est caché, les cheveux peu visibles

    La représentation nécessite un contexte narratif = tombeau et 2 autres femmes (selon Marc)

     

     

    Retour à la vénération de Fra Bartolomeo et au mouvement vers le haut de Durer dans ce Correge 1489-1534 huile de 1489 au Prado

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    Le Christ estbeau et nu, sans plaie ni souffrance

    Marie Madeleine en riches vêtements et en cheveux, c'est l'amante

    On retrouve des éléments traditionnels : bêche, chapeau, décor opposant arbre mort et vivant

     

    Jésus montre le ciel à Madeleine qui est à genoux

    Diagonale du désir qui va de Marie Madeleine au Christ, est orientée vers Dieu, la frustration de Marie Madeleine s'exprime par le geste des bras en arrière, donc inversion du geste traditionnel. Les regards rapprochent , les gestes éloignent


    Texte traduction Segond

    20.11 Cependant Marie se tenait dehors près du sépulcre, et pleurait. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre;

    20.12
    et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l'un à la tête, l'autre aux pieds.
    20.13
    Ils lui dirent: Femme, pourquoi pleures-tu? Elle leur répondit: Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis.
    20.14
    En disant cela, elle se retourna, et elle vit Jésus debout; mais elle ne savait pas que c'était Jésus.
    20.15
    Jésus lui dit: Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? Elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit: Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai.
    20.16
    Jésus lui dit: Marie! Elle se retourna, et lui dit en hébreu: Rabbouni! c'est-à-dire, Maître!
    20.17
    Jésus lui dit: Ne me touche pas; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.
    20.18
    Marie de Magdala alla annoncer aux disciples qu'elle avait vu le Seigneur,et qu'il lui avait dit ces choses.
  • LA TRANSFIGURATION

     

    La Transfiguration est un passage que l'on trouve dans les 3 évangiles synoptiques, Matthieu, Marc et Luc, mais je donne ici le texte de Luc et sa suite qui raconte la guérison ratée d'un enfant épileptique par les apôtres Luc 9, 28-36 puis 37-42 (voir en bas de page)

    Cette suite est nécessaire pour comprendre le chef d'œuvre de Raphaël appelé la Transfiguration, une huile sur bois, de 4 m x 2,80 qui se trouve au Musée du Vatican.

    1 raphae49 Transfiguration 1520.jpg 

    La composition de la Transfiguration montre deux parties distinctes : le miracle du garçon possédé dans la partie basse et la Transfiguration du Christ sur celle du haut.

    Dans la partie supérieure.
    Sur une montagne représentée par un monticule de terre, le Christ est transfiguré dans une aura de lumière et de nuages, il est en lévitation, il flotte au-dessus de la colline, accompagné de Moïse et Elie, eux aussi en lévitation.
    Jésus est vêtu de blanc, les hanches larges, le drapé flottant, une vive lumière blanche l'entoure...
    il est accompagné d'un vent, surnaturel, visible dans les drapés d’Elie et de Moïse ainsi que dans leurs cheveux. Ses bras tendus sont ceux d’un orant, mais certains y voient la croix future. Lumière, souffle, nuages... sont des éléments pour traduire la « nuée » qui marque la présence de Dieu.
    Moise et Elie
    sont debout et regardent la nuée, ils ne font rien, et ne parlent à personne. On les distingue mal, Moïse semble être à gauche.
    Les trois apôtres sont aveuglés, ils ne voient rien, ils sont pris dans un double mouvement : écrasés mais emportés par le souffle divin , surtout Pierre au centre et Jean à droite, Jacques est prostré.

    La partie basse nous ramène sur terre. Une foule de 19 personnes est divisée en deux groupes par un grand vide oblique, mais le croisement des regards maintient l’unité. C'est ce vide qui marque l’absence de communication entre les deux groupes.
    A droite, tous entourent un jeune garçon possédé, soutenu par son père vêtu de vert,
    L'enfant a les bras écartés, un vers le ciel, l'autre vers le sol, les yeux révulsés. C'est un vrai enfant malade.
    La foule qui entoure l’enfant , son père , sa mère , le désignent, tous regardent et interrogent les apôtres qui sont à gauche, la paume ouverte et tendue d'un homme se tourne vers le ciel, en supplication.

    À gauche les neuf apôtres, qui ne parviennent pas à guérir l’enfant, sont pris également de panique, lisible dans leurs gestes, leurs regards, leurs mimiques... Une main ouverte marque la stupeur , deux autres dressées vers le Ciel l'invoquent et rejoignent ainsi celle de l'homme de droite dont la main suppliait le ciel.
    Au centre : La jeune femme de dos, est très belle, vêtue à l’antique, à genoux, elle fait le lien entre les deux groupes, ce peut être Marie de Magdala, guérie des 7 démons, elle témoignerait du miracle accompli sur elle par Jésus, manifestant ainsi l'impuissance des apôtres.

    Quel est le rapport entre ces deux scènes ?
    Il n'y a pas d’unité spatiale, les 2 groupes ne se voient pas,
    cela rend compte du texte qui insiste sur la concomitance entre la théophanie du haut et l'impuissance du bas . L'unité est narrative et temporelle.
    Notre regard passe de l’obscurité du bas à la lumière du haut. Cette impuissance est traduite par opposition entre les 2 mondes : le Christ seul élevé dans sa gloire, formant avec Elie et Moïse, un cercle parfait et lumineux contre la foule nombreuse, désordonnée qui manifeste sa faiblesse .

    Peut-on lire la crise de l'enfant comme une autre transfiguration ? Cet enfant dont les yeux pourraient exprimer une sorte d’extase, de vision donnée par la transe… l'enfant serait le seul à « voir » la Transfiguration du Christ. Mais le texte parle de transe démoniaque et non divine, et le peintre représente cette dernière tout en douceur, lumière et rayonnement, alors que celle de l'enfant est déformation, violence et agitation.

    La scène du haut comporte à droite deux petits personnages qui sont en train de prier. Ce sont deux saints dont la fête tombe le même jour que celle retenue pour la Transfiguration, le 6 août. Ces saints sont les seuls à voir la scène, comme nous, ils sont en adoration et nous servent donc de relais, ils nous invitent à faire de même « Les 2 mondes, humain et divin restent contradictoires mais ils entrent en relation, douloureuse et violente chez les 3 apôtres, calme et béatifique chez les 2 saints » écrit Daniel Arasse

    Mais pour quelle raison le peintre a-t-il donné une description aussi exceptionnellement exacte de la maladie dans un tableau d'autel qui répond avant tout à des fonctions dévotionnelles et liturgiques ? Selon toute probabilité, Raphaël voulait donner une image aussi frappante que possible de la « maladie » de l'Eglise et suggérer que seule la foi, symbolisée par les deux petits personnages en prière, parviendrait à guérir cette « maladie ».

    De quelle maladie peut-il s'agir ? Le tableau a été commandé en 1517 par Julien de Médicis, un cardinal humaniste et chrétien fervent, il le voulait pour la cathédrale de Narbonne, dont il était archevêque. L'œuvre a été terminée par Raphaël juste avant sa mort en 1520. La date de 1517 suggère que la « maladie » est celle de la contestation de Luther, dont les thèses sont publiées cette année là. Les catholiques ( à droite) doutent et s'interrogent sur la voie à suivre ; ils se tournent vers les apôtres( à gauche) qui symbolisent le clergé. Un apôtre ( en rose) donne la réponse en montrant le Christ. Les chrétiens doivent faire confiance à l'Eglise et au Pape et donc rejeter la contestation luthérienne. Mais Daniel Arasse fait remarquer que pour un cardinal comme Julien de Medicis, l’important en 1517 c’est plutôt la fin du concile commencé à Pise et terminé au Latran (1510-1517) et qui laisse les mains libres au pape Léon X pour la rénovation de l’Eglise. La scène montre donc une voie à suivre, voie qui hélas ne sera pas suivie, ni par Léon X, ni par Julien de Médicis lorsqu'il deviendra le pape Clément VII entre 1523 et 1534.

    La transfiguration Giovanni Bellini (1430-1516). 1480-1485 huile sur toile , 151 cm sur 105. Museo e Gallerie Nazionale di Capodimonte – Naples.

     

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    Quel contraste avec la représentation de Raphaël.
    Ni vent, ni nuée , ni lévitation, Jésus est habillé couleur du ciel, mais la lumière ne vient pas sur lui, ni de lui, elle est partout dans la scène, qui se passe dans un belle campagne italienne. La théophanie a lieu dans le quotidien de la vie ordinaire, au pied des montagnes et non sur la montagne. Le paysage montre une scène champêtre, une abbaye, un château…une ville peut être.

     

    Les 3 apôtres sont à terre mais sans rapport avec l'événement qu'ils voient. Ils sont très différenciés du point de vue des âges, représentent ils les 3 âges de la vie ? Insouciance de Jean à droite, appréhension de Jacques à gauche, et confiance du vieux Pierre au centre ?

     

    Jésus est comme une icône, représenté frontalement il interpelle ceux qui le regardent, et donc nous. Mais entre lui et nous, il y a un fossé profond et une barrière, nous sommes tenus à l'écart. Une scène qui se passerait au quotidien mais pas le nôtre ? Certains voient dans le rocher, le tombeau du Christ, est-ce la mort et la résurrection de Jésus qui nous séparent de lui ? Cette idée de résurrection se retrouve dans le paysage, à gauche l’hiver sombre et nu, et à droite, le printemps clair et feuillu. Donc la lecture de gauche à droite est une résurrection.

     

    Une transfiguration “humaine”, une absence de séparation entre le ciel et la terre, une invitation à vivre la résurrection.

    La Transfiguration par Barna da Siena  mort en 1380

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    Cette image est un morceau de la fresque du Nouveau Testament, dans la collégiale de San Gimignano, le peintre est peu connu, c'est un rare survivant de la grande peste de 1348

    qui décima les artistes.

     

    Cette fois on est en pleine théophanie, Jésus avec son livre, bénit comme le Christ pantocrator, il est placé dans une sorte de mandorle, la lumière vient du Christ et se diffuse dans la nuit. On dirait la nuit de Gethsémani, mais en même temps Jésus annonce la résurrection

     

    Elie, Moïse regardent Jésus et le prient, parmi les apôtres Pierre a la même attitude que Moise, il acquiesce parfaitement, Jean est aveuglé, Jacques renversé.

     

    Le peintre a été marqué par Byzance, par les théophanies orientales. La transfiguration y est vue comme annonce de la Résurrection, mais aussi comme une annonce du retour du Seigneur.

     

    12 ste_catherine.jpgCette mosaïque de 565 se trouve au monastère Ste Catherine au Sinaï. Le Christ est en lévitation mais sans vrais repères spatiaux, il est au centre d'une mandorle en oeuf. Elle est étrangement plus sombre vers le Christ que vers extérieur, car selon les orientaux la lumière divine excède la vision humaine, elle devient obscurité pour nos sens

     

     

     

     

     

    Cette célèbre mosaïque de St Apollinaire in Classe à Ravenne, date aussi de la moitié du 6ème siècle.14  RAVENNE TRANFIGURATION.jpg

    C'est bien la croix qui est signe de victoire et de résurrection dans le cercle parfait du ciel étoilé, mais où voit-on une transfiguration ?

     

    Au milieu d'un ciel d'or parcouru par des nuages, s'inscrit un grand disque bleu semé d'étoiles qui entourent une grande croix centrale constellée de pierres précieuses avec en médaillon central, la tête du Christ. L'image de la croix matérialise la présence directe du Christ car dans cetart le signe s'identifie à celui qu'il représente. Des nuages sort la main du Père qui désigne le Fils.

     

     

    15 Transfiguration_La_Croix_salut_pour_le_monde_Basilique_de_Saint-Apollinaire-in-Classe_a_Ravenne_vers_550.jpeg.jpgLe sommet de la croix est surmonté d'une inscription grecque IXΘUS qui signifie "Poisson", initiales des cinq mots grecs : " Jésus Fils de Dieu Sauveur". Alpha et Omega, début et fin de l'aphabet grec, sont de chaque côté de la croix.

    Dans les nuages, de chaque côté de la croix, les figures d'Élie et de Moïse. Leur présence témoigne de la signification de la scène, quant aux apôtres Pierre, Jean et Jacques, ils sont symbolisés par les trois agneaux, qui en-dessous, regardent la croix. 

     

     

     

     

     

    C'était la représentation de la Transfiguration entre vision théologique, mystique et narrative

     

    Evangile selon Luc 9, 28-43
    Environ huit jours après qu'il eut dit ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta sur la montagne pour prier.
    Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage changea, et son vêtement devint d'une éclatante blancheur.
    Et voici, deux hommes s'entretenaient avec lui: c'étaient Moïse et Élie,
    qui, apparaissant dans la gloire, parlaient de son départ qu'il allait accomplir à Jérusalem.
    Pierre et ses compagnons étaient appesantis par le sommeil; mais, s'étant tenus éveillés, ils virent la gloire de Jésus et les deux hommes qui étaient avec lui.
    Au moment où ces hommes se séparaient de Jésus, Pierre lui dit: Maître, il est bon que nous soyons ici; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. Il ne savait ce qu'il disait.
    Comme il parlait ainsi, une nuée vint les couvrir; et les disciples furent saisis de frayeur en les voyant entrer dans la nuée.
    Et de la nuée sortit une voix, qui dit: Celui-ci est mon Fils élu: écoutez-le!
    Quand la voix se fit entendre, Jésus se trouva seul. Les disciples gardèrent le silence, et ils ne racontèrent à personne, en ce temps-là, rien de ce qu'ils avaient vu.

     
    Le lendemain, lorsqu'ils furent descendus de la montagne, une grande foule vint au-devant de Jésus.
    Et voici, du milieu de la foule un homme s'écria: Maître, je t'en prie, porte les regards sur mon fils, car c'est mon fils unique.
    Un esprit le saisit, et aussitôt il pousse des cris; et l'esprit l'agite avec violence, le fait écumer, et a de la peine à se retirer de lui, après l'avoir tout brisé.
    J'ai prié tes disciples de le chasser, et ils n'ont pas pu.
    Race incrédule et perverse, répondit Jésus, jusqu'à quand serai-je avec vous, et vous supporterai-je? Amène ici ton fils.
    Comme il approchait, le démon le jeta par terre, et l'agita avec violence. Mais Jésus menaça l'esprit impur, guérit l'enfant, et le rendit à son père.

     

  • LA GUERISON DU PARALYTIQUE

    Je poursuis la publication du travail fait dans le cadre du groupe biblique de la paroisse réformée de Fontainebleau (voir ci-dessous, depuis la page du 17 octobre sur Genèse 3 Quel sacrifice ?)

     

    Le texte de l'évangile de Jean au ch. 5 versets 1 à 18 (voir en bas de page) ne parle pas vraiment d’un paralytique mais la tradition l’a dénommé et donc représenté comme tel. L’étude du texte a montré aussi, que le miracle n’est sans doute pas l’essentiel du message. Il oriente plutôt vers la transgression faite par Jésus en faisant porter un grabat, et en guérissant, c'est-à-dire en travaillant comme seul Dieu peut le faire, un sabbat. Transgression qui mène à la Passion.

     

    Mais l’iconographie se concentre uniquement sur le miracle que les artistes représentent soit avant soit après. Peu mettent en scène le moment de la guérison elle-même, j’ai choisi une œuvre de Quentin Varin (1570-1626).  Cette très grande toile, 343x260 cm, est très peu connue, elle se trouve dans l’église Saint Louis de Fontainebleau.  Le peintre  originaire du diocèse de Beauvais, faisait  partie des cercles princiers de la Réforme catholique française, il a peint plusieurs œuvres pour des églises parisiennes et de rennaises. Cette toile, sans doute son chef d’œuvre, a été offerte à la toute nouvelle église de Fontainebleau, qui dépendait encore de la paroisse d’Avon, en 1624 par le roi Louis XIII.

     

    La guérison du paralytique3.jpg

     La scène correspond au verset 8 : « Jésus lui dit : « Lève-toi, prends ton grabat et marche. « – Et aussitôt l’homme fut guéri ; il prit son grabat et il marchait. » 

    Le peintre reprend les références à la piscine, au portique et au contexte humain « [il] gisait une multitude d’infirmes…»

    Le regard est de suite attiré par la main du Christ, qui est au centre du tableau, Jésus donne la guérison comme Dieu donne la vie.  On reconnaît dans ce geste générateur de vie, celui de Dieu, dans la célèbre création d’Adam par Michel Ange. Et aussitôt le paralysé bondit, il sort de sa civière qui était profonde comme un cercueil, il se relève de son infirmité d’un mouvement qui devient signe de résurrection.

     Deux cercles concentriques rassemblent personnes et actions :

    Le cercle du centre est petit et situé en arrière plan, un homme allongé est soutenu par deux autres qui le descendent dans la piscine afin qu’il soit guéri dès le bouillonnement de l’eau.

    Le second cercle occupe le plan central et toute la largeur du tableau.

    Deux mouvements le dynamisent, à droite, le bras de Jésus qui se tend vers le paralytique, à gauche le malade guéri dont le bras droit soulevant le grabat, est comme attiré par le geste de Jésus..

    Quant au premier plan il montre des malades allongés et écrasés,  en opposition totale à la  puissance du paralysé bondissant, ils semblent n’être que des faire-valoir.

    Le grand cercle enveloppe le petit, comme la Nouvelle Alliance englobe l’Ancienne. Le cercle du fond montre une guérison faite selon les prescriptions de la Loi. Le cercle principal montre le Christ qui tend la main droite et prend à témoin le ciel en le désignant de la gauche, cette fois la guérison est réalisée par le geste et la parole de Jésus. Et ce cercle englobe le premier car l’action de Jésus englobe et dépasse la Loi.

    Les personnages du premier plan, sont-ils seulement des faire valoir ? A gauche un homme mûr, barbu, appuyé sur sa canne et qui ressemble beaucoup à l’ancien paralysé. A droite, un enfant et un personnage imberbe qui peut être un jeune homme ou une femme.

    Peut être sommes nous en présence des trois âges de l’homme, celui qui a passé toute sa vie infirme, et qui maintenant est guéri, relevé, sauvé.

    Mais si le personnage de droite est une jeune femme, une autre lecture est possible, car  la femme est en position d’accouchement. Or l’enfant semble plus vouloir entrer dans le sein de sa mère qu’en sortir, et déjà grand, il reproduit exactement les gestes du paralytique guéri, comme s’il était son double. Cela fait penser à la parole de Jésus à Nicomède : «  A moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. Nicodème lui dit : « Comment un homme peut il naître, étant vieux ? Peut il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? » Jn 3, 3-4. Par la parole salvatrice de Jésus, le paralytique est « re-né » et l’enfant qui en est son image par les gestes, montre symboliquement cette renaissance en mimant la parole de Nicodème.

     

    Mais avec la piscine le contexte baptismal est évident. Si la scène du fond évoque la pratique liée au temps du Temple, elle peut aussi être transposée dans le nouveau contexte chrétien. L’homme du fond est plongé dans l’eau, il est baptisé, il va renaître comme l’enfant du premier plan, et sera guéri comme l’a été le paralytique. Et à qui est proposé cette nouveauté ? A l’homme malade et prostré du premier plan à gauche, qui ressemble au paralytique comme à un frère, il est celui à qui est offert le baptême de la nouvelle Alliance, hier, aujourd’hui et demain. De narratif et théologique, le tableau devient dévotionnel.

     

     Les représentations de ce miracle sont d’ailleurs dévotionnelles car elles sont souvent  faites pour être placées dans des hôpitaux, pour être méditées par les malades et ceux qui les soignent.


     

     Bartolomeo MURILLO (1617-1682) peint ce  Jésus guérissant le paralytique à la piscine de Bethesda, en  1670 pour la Confrérie de la Charité de Séville. La toile qui me2 Christ-healing-the-Paralytic-at-the-Pool-of-Bethesda-Murillo.jpgsure 237 x 261 cm se trouve à National Gallery  de  Londres 

    La scène se passe en plein air, autour de la piscine, une place magnifique, inondée de soleil, avec de belles colonnades parfaitement dessinées. A droite, un espace vide avec quelques  malades et des gens qui s’apprêtent à les aider, mais pas de foule. Le ciel s’entrouvre et l’ange apparaît annonçant le prochain bouillonnement de l’eau. Une grande diagonale part du ciel vers le paralytique,  une manière de montrer  la miséricorde qui descend sur lui, par l’intermédiaire de Jésus, mais la parole de Jésus anticipe l’action de l’ange.

    Au premier plan,  Jésus est entouré de ses apôtres, ce sont des hommes du 17ème s. un peu moins pour Jésus,  il tend la main vers un malade et  lui parle. Il le regarde intensément, tout comme ses disciples, toute l’attention est tournée vers le malade, vieil homme pitoyable, malade depuis 38 ans,  couché sur son grabat, sa cruche et son écuelle à portée de main.  Jésus l’interroge « veux tu retrouver la santé ? » le malade tend les mains en position d’orant, et explique qu’il ne peut bouger seul pour prendre le bain purificateur. 

    Jésus lui tend la main comme pour le relever. Jésus parle et c’est sa parole qui va accomplir le miracle. La parole est représentée par des gestes et un échange de regards, mais on ne voit rien encore.  Rien de proprement religieux dans ce tableau, seulement la charité et la compassion.


    Au calme de l’œuvre de Murillo, s’oppose l’agitation de celle de Iacopo Nigreti (1550 - 1628) plus connu sous le nom de Palma Giovane.   3 Giovane PALMA ; 1592.jpg

    La toile s’appelle « La piscine probatique » ,  elle date de 1592 ; mesure 109x93 cm, et fait partie de la  Collection Molinari Pradelli, à Castenaso. 

     Cette fois la scène se passe après le miracle, le paralytique part rapidement avec son grabat, l’apôtre Jean le regarde, Jésus le désigne de la main mais il est déjà loin. D’ailleurs Jésus se penche déjà vers un autre malade, une jeune femme. Le peintre interprète le texte : « il gisait une multitude d’infirmes », comme une série de miracles de guérison à venir.

    Les personnages forment un cercle ou un carré dont Jésus est le centre, le paralytique guéri est en haut à gauche, il semble pressé de partir.

     La jeune femme inconsciente sera la prochaine, un vieil homme aveugle (?) s’avance. Au centre la tête lumineuse de Jésus, au sommet de deux diagonales, celle du regard vers la femme malade, celle de la main qui montre la guérison passée. Calmes, les uns écoutent, les autres attendent, ils forment un carré dans lequel Jésus pénètre.

    Au fond à droite, règne une agitation certaine, est ce en rapport avec le tourbillon qui va venir ? Est ce pour cela  la femme nue, si blanche, s’agite, telle une possédée ?

    Deux espaces l’un agité et inefficace lié à la piscine probatique, l’autre calme et salvateur celui de la Parole du Christ. Mais dans les deux espaces, toute la richesse humaine des regards qui s’échangent.

     


    Ce « Jésus guérissant le paralytique de Bethesda » est de   Giandomenico TIEPOLO 1727 – 1804 le fils du grand  Gianbattista. Cette œuvre de 112 x 179 cm, est au Mus »e du Louvre.4 tiepolo.JPG

    On ne voit pas la piscine, et l’ange du premier plan donne le seul mouvement dans une composition faite de trois bandes parallèles statiques. Le contexte semble oublié,  à gauche on distingue un buste de Tibère, avec l’inscription TIBERIUS CAESAR, cela ajouté à la colonnade romaine, éloigne de Jérusalem. Quant aux malades et à la foule, tous sont habillés comme au XVIIIème s., on voit même à gauche une femme agenouillée, portant une coiffe. A l’inverse l’ange montre Jésus comme fils de Dieu, homme du miracle,  nimbé de lumière, vêtu à l’antique de couleurs éclatantes.

     

    Le miracle a eu lieu, le paralytique part sur la droite, personne ne le regarde, tous sont tournés vers Jésus qui à nouveau dans cette ville italienne peut faire des miracles comme il y dix sept siècles.

     

     Les paralytiques portent leurs grabats, pourquoi sont-ils si gros et si lourds ?

     

    5 Peintre néerlandais inconnu; entre 1560 et 1590,.jpgCette  peinture d’un peintre néerlandais inconnu entre 1560 et 1590,  n’est pas dans le contexte de la piscine de Béthesda, mais dans celui du paralytique des évangiles synoptiques (Marc 2 et Luc 5), on voit la maison dont le toit a été percé, mais ce sont les mêmes mots du Christ et le même grabat.

     

    Un homme sain, un homme fort, qui porte son grabat en signe de libération. Il était écrasé par sa maladie, ses péchés, maintenant il en est libéré, mais il peut porter le signe de sa douleur passée.

     

    Le Christ porte sa croix de la même façon, à son tour l’homme porte sa croix, mais comme  pour le Christ, la croix devient le signe de la victoire sur la mort.

     Plusieurs lectures pour un signe fort.

     

     Evangile selon Jean 5, 1-18 traduction TOB

     Après cela et à l'occasion d'une fête juive, Jésus monta à Jérusalem. Or il existe à Jérusalem, près de la porte des Brebis, une piscine qui s'appelle en hébreu Bethzatha. Elle possède cinq portiques, sous lesquels gisaient une foule de malades, aveugles, boiteux, impotents. [qui attendaient l'agitation de l'eau, car à certains moments l'ange du Seigneur descendait dans la piscine ; l'eau s'agitait et le premier qui y entrait après que l'eau avait bouillonné était guéri quelle que fût sa maladie.] Il y avait là un homme infirme depuis trente-huit ans.

    Jésus le vit couché et, apprenant qu'il était dans cet état depuis longtemps déjà, lui dit : «  Veux-tu guérir ? » L'infirme lui répondit : «  Seigneur, je n'ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l'eau commence à s'agiter ; et, le temps d'y aller, un autre descend avant moi. « Jésus lui dit : «  Lève-toi, prends ton grabat et marche ». Et aussitôt l'homme fut guéri ; il prit son grabat, il marchait. Or ce jour-là était un jour de sabbat.

    Aussi les Juifs dirent à celui qui venait d'être guéri : «  C'est le sabbat, il ne t'est pas permis de porter ton grabat ». Mais il leur répliqua : «  Celui qui m'a rendu la santé, c'est lui qui m'a dit : « Prends ton grabat et marche. » Ils l'interrogèrent : «  Qui est cet homme qui t'a dit : «  »Prends ton grabat et marche »  ?  Mais celui qui avait été guéri ne savait pas qui c'était, car Jésus s'était éloigné de la foule qui se trouvait en ce lieu. Plus tard, Jésus le retrouve dans le temple et lui dit : «  Te voilà bien portant : ne pèche plus de peur qu'il ne t'arrive pire encore ! »  L'homme alla raconter aux Juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri.  Dès lors, les Juifs s'en prirent à Jésus qui avait fait cela un jour de sabbat.  Mais Jésus leur répondit : «  Mon Père, jusqu'à présent, est à l’oeuvre et moi aussi je suis à l’œuvre ».  Dès lors, les Juifs n'en cherchaient que davantage à le faire périr, car non seulement il violait le sabbat, mais encore il appelait Dieu son propre Père, se faisant ainsi l'égal de Dieu.