dimanche, 19 juillet 2009
VIERGES ENCEINTES suite
J'ai publié une note sur la représentation de la Vierge Marie enceinte de Jésus en décembre 2006. Un historien québécois de Champlain, René BEAUDOIN, a récemment ajouté un long commentaire à ce que j'avais écrit, je l'en remercie vivement et je publie donc la liste des vierges enceintes qu'il a établie avec l'image correspondante si elle est disponible (voir l'album)
Auparavant je voudrais préciser l'histoire de cette représentation, à partir d'un article de Marie-France Morel, Paris CNRS, Embryons glorieux et embryons immatures : iconographies contrastées des grossesses sacrées et du limbe des enfants (XIIIe-XVIe siècles)
L'originalité du christianisme tient en grande partie dans l'Incarnation, Dieu qui se fait Homme en naissant d'une femme, en étant "le fruit de ses entrailles".
D'où la volonté médiévale de représenter conception, grossesse et nouveau né.
C'est à travers la scène de la Visitation, la rencontre de Marie et d'Elisabeth, toutes deux enceintes, que la grossesse de Marie est le plus souvent représentée. Pour signifier la grossesse des deux femmes, les artistes ont recours à plusieurs procédés : le simple gonflement des robes ; parfois Marie et Élisabeth se tâtent le ventre ou les seins ; ou bien on montre en transparence les deux "embryons". Ces représentations de la Visitation avec les deux embryons visibles ont été très populaires à la fin du Moyen Age, avant d'être censurées par les théologiens.
fresque de Pélendri, Chypre, Eglise Sainte-Croix (XIVe siècle) http://www.unifr.ch/scant/news/activites/colloque_embryon_prog.htm
Outre les représentations des grossesses dans la Visitation, l'art chrétien a beaucoup représenté la Vierge enceinte, seule, comme objet de dévotion pour les fidèles. 
L'Orient byzantin et russe ne représente pas la Vierge enceinte, mais parfois elle porte l'Enfant devant sa poitrine à la fois embryon et nouveau né. Ainsi cette Vierve de Novgorod du 12ème s http://notredamedesneiges.over-blog.com/article-14078014.html
En Occident, le plus souvent, la grossesse est seulement suggérée par le ventre rond ou le gonflement de la robe, mais il faut faire mention des sculptures dites Vierges de l'Espérance. La sculpture la plus célèbre est celle de la petite église jurassienne de Chissey-sur-Loue qui date des environs de 1550. Mais on en trouve de nombreuses répliques dans toute la France, aussi bien dans la France du nord.
En 1545-1563, le concile de Trente a réitéré les condamnations antérieures au nom de la théologie, mais aussi au nom de la décence, ce qui est la marque d'une nouvelle sensibilité. Il devient désormais "indécent" de représenter des conceptions, des grossesses et même des naissances sacrées. Les représentations de Vierges enceintes avec embryons ont disparu au cours du XVIIe siècle au fur et à mesure que progressait la Contre Réforme.
Restent cependant des Vierges enceintes reconnaissables par leurs ventres qu'elles montrent avec plus ou moins d'ostentiation. Les créations plus récentes sont à mettre en relation avec la nouvelle fierté des femmes enceintes, plus qu'à une théologie de l'incarnation.
Voici les lieux donnés par René Beaudoin.
À l’église Saint-Julien et Sainte-Basilisse (1861) de Cucugnan (Aude), la chapelle sud abrite une statue de la Vierge enceinte du XVIIe siècle. Une exposition sur «Les Vierges enceintes en France» est présentée à l'intérieur de cette église. Cette exposition présente la dizaine de «Vierges Enceintes» trouvées en France :
Cathédrale de Reims (Marne) cf. ci-dessous
Brioude (Haute-Loire)
Plomeur (Finistère) voir album
Laroque-des-Albères,
Prades et Perpignan (Pyrénées-Orientales)
Chissey-sur-Loué (Jura)
Oulchy-le-Château (Aisne)
Arcachon (Gironde) voir album
Belpech et Cucugnan (Aude) voir album
René Beaudoin rajoute qu'il en a trouvé d'autres en France :
1) Musée d'art sacré de Le Val (Provence), situé dans la Chapelle de Notre-Dame-de-l'Annonciade , dite Chapelle des pénitents; voir album voir album
2) Église Notre-Dame-de-Grâce à Eyguières (Provence) voir album
3) Abbaye des Allois, à Geneytouse (Haute-Vienne), dont il ne reste que la statue de la Vierge enceinte du XVIIIe siècle voir album
4) Il y a une statue d'une femme enceinte, décapitée à la Révolution, à la chapelle Sainte-Élisabeth à Grignoncourt (Vosges). Les responsables croient qu'il pourrait s'agir de Marie, à moins que ce ne soit Élisabeth. voir album
5) L'Escarène (Alpes-Maritimes), une belle Vierge enceinte et assise. voir album
et ailleurs dans le monde :
1) À Cuba, dans l'église de Santa-Maria de Cayo voir album
2) Au Québec, Jacques Bourgault en a sculpté une pour l'église de Saint-Jean-Port-Joli (Chaudière-Appalaches) voir album
3) Au Québec, dans l'église de Matane (Bas-Saint-Laurent) voir album
4) Au Portugal, dans la chapelle du château de Montemort O veihlo au sud de Porto voir album
mais aussi à Evora (NdR) voir album
5) En Argentine, dans une église de Salta , voir album
et semble-t-il au Brésil à Rio de Janeiro NdR voir album
René BEAUDOIN vient de publier un article dans Wikipedia, complet et mis à jour
http://fr.wikipedia.org/wiki/Vierges_enceintes
Toutes ces Vierges sont en attente de la naissance de Jésus, sauf celle de Reims qui est en majesté, couronnée par Jésus. On peut discuter du fait que cette Femme soit enceinte, mais si c'est les cas, cela correspond au texte de l'Apocalypse 12, 1-2 "Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement" Il s'agit donc d'une toute autre représentation.


Fin ou à suivre ?
17:07 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vierge, marie, enceinte, statue
mardi, 22 mai 2007
MARIE ALLAITE COMME ISIS ?
Cet hiver la représentation de la Vierge marie enceinte a déclenché une petite polémique, aujourd’hui on pourrait regarder des vierges allaitant l’enfant Jésus. Ces Maria lactans sont très nombreuses à partir du XII ème s. mais disparaissent après le concile de Trente.
Marie héritière d'Isis ?
Presque tous les historiens rattachent cette représentation à celle de la déesse Isis allaitant le petit Horus. Un
nouveau culte de la déesse égyptienne s’est développé à période hellénistique et romaine et des statuettes la représentant se trouvent par milliers, Isis, la une mère universelle, sauve son fils d'une morsure de serpent grâce à son lait. Ces statuettes d'Isis allaitant Horus, incarnant la puissance de la vie, les chrétiens coptes d’Egypte auraient remplacé Isis par Marie, puis la représentation serait passée à Byzance et aurait gagné l’Italie puis tout l’occident après les croisades.
Un article d’Arnaldo Marcone, « Fausta, Pietas e la Virgo lactans, migrazione di un motivo » ( http://www.lemonnier.it/lmu/lmu/pdf/STUMarcone/12%20Marco... ) essaie de montrer une autre source possible, la vierge allaitante serait en relation avec certaines représentations frontales de la Pietas de l’impératrice Fausta, femme de Constantin, allaitant son enfant, Pietas encadrée de Providentia et de Felicitas.
Plusieurs modèles iconographiques ?
En regardant quelques images de Marie allaitant, il me semble que l’on peut classer quelques types iconographiques :
1 En fonction du contexte
11 Vierge avec l’Enfant en majesté frontale, seuls ou entourés d’anges ou de saints
12 Vierge et enfant Jésus dans une scène narrative : Nativité, sainte famille en Egypte ou
à Nazareth, la connotation religieuse peut être forte ou s’estomper totalement
2 En fonction de l’allaitement :
21 L’enfant tète
22 L’enfant est devant le sein sans téter
221 Marie présente son sein à l’enfant
222 Marie tend son sein en le pinçant entre ses doigts
Avec ce dernier geste, le lait devrait gicler et c’est lui qui permet ce qu’on appelle la lactation de saint
Bernard. Selon la légende, la scène se serait passée dans l'église de Saint-Vorles à Châtillon-sur-Seine où saint Bernard priait devant une statue de la Madone allaitant l'enfant. Au moment où il prononça les mots, en latin, « Monstra te esse Matrem » [Montre que tu es notre Mère], la statue s'anima et la Vierge pressant son sein fit jaillir une giclée de lait sur les lèvres de son adorateur, sèches à force d'avoir chanté ses louanges.
A propos de ce geste de pincement du sein entre deux doigts, Thomas Peter Kunesh développe toute une théorie, il y voit un geste divin que l’on retrouve dans d’autres représentations. Voir http://www.darkfiber.com/pz/ Les représentations sont aussi très joliment étudiées de façon à connaître la façon de se dévêtir pour allaiter, « What Nursing Mothers Wore » par Vicki Spindler http://anplica.net/annora/nursing.html
Pourquoi montrer Marie allaitant Jésus ?
Pourquoi représenter Marie allaitant l’enfant Jésus avec un tel réalisme ? Cette image se développe à partir du XIIème siècle en relation avec celui de la théologie de l’Incarnation. Il s’agit de montrer Dieu vraiment fait Homme, né d’une femme, nourri par sa mère… C’est le même souci qui explique que l’enfant soit montré nu, le sexe bien visible. Mais alors pourquoi est-ce à la même époque que dans la représentation de la Nativité, la scène de l’accouchement de Marie disparaît au profit de celle de l’adoration ? (voir http://imagesbible.jexiste.fr/FICHES/F_NT_nativite.htm ) Il ne s’agit pas de nier la naissance de Jésus, mais d’exalter la virginité de Marie « avant, pendant et après » sa naissance, d’où l’idée d’une naissance miraculeuse. C’est peut être justement pour réaffirmer la véritable incarnation du Fils de Dieu, alors que sa naissance devient miraculeuse, que l’on met alors en avant l’allaitement maternel. Cet allaitement crée des relations évidemment étroites entre Marie et Jésus, et comme tout homme garde un amour particulier pour la femme qui l’a nourri, on peut adresser de nombreuses prières par l’intermédiaire de Marie, à qui le Christ, du fait de cet allaitement, ne peut rien refuser.
Cacher ce sein...
Le concile de Trente demanda de ne plus représenter de nudités dans la peinture religieuse, cependant
« Marie allaitant » ne disparut pas de suite, on la trouve encore chez Zurbaran en 1659, mais il ne s’agit alors que de scènes intimes où Marie est représentée comme une mère sans référence religieuse. Les dernières images frontales me semblent être celles du Greco en 1600 et de statues espagnoles américaines vers 1620 (ci contre en Floride) l’Espagne a peut être tardé à appliquer les nouveaux canons de la décence.
Evidemment certaines statues furent modifiées de façon à cacher le sein de la Vierge. Ainsi sur lde tableau du Titien on voit le voile de la Vierge, allongé pour cacher le sein vers lequel se tourne l'enfant.
Plus tard ce fut le cas de la Vierge de Bonne Nouvelle de la cathédrale de Nancy, cette statue du XVème s. cassée en 1792, fut restaurée après le Concordat mais le sein gênant fut abrasé et une tunique ciselé à sa place, la tête de l'enfant Jésus fut recollée mais non pas incliné comme un bébé tétant le sein de sa mère. Voir http://www.patrimoinedefrance.org/ico035.htm
L’album ci contre donne des exemples de ces différents types, presque toutes les images ont été tirées d’un site très riche « Images Used in Nursing Research » http://anplica.net/annora/nursinglist.html
22:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : marie, sein, lait, allaiter, maria lactans
mercredi, 20 décembre 2006
VIERGE MARIE ENCEINTE DE JESUS
J'apprends par la radio, Europe1, qu'un fabricant de santons d'Aubagne, a créé une figurine de la Vierge Marie, enceinte de Jésus, figurine qu'on peut placer dans la crèche en attendant la nuit du 24-25 décembre.
Or il paraît que certains fidèles sont choqués et protestent, le curé déclare que ce n'est pas habituel mais qu'il n'y "a pas de quoi fouetter un chat"
Jusqu'où ira la bétise et l'ignorance des dits chrétiens !! Ils n'ont jamais dû comprendre qu'il existait 9 mois de gestation entre l'Annonciation (25 mars) et la Nativité (25 décembre); ni lire la prière de l'Ave Maria "et Jésus le fruit de vos entrailles est béni", ni entendre parler de la Visitation de Marie à Elisabeth, ni voir tous les tableaux de cette scène... Voir http://imagesbible.jexiste.fr/FICHES/F_NT_visitation.htm
Cela tombe justement avec une exposition sur la représentation de "Marie enceinte " organisée par le Musée de la cathédrale de Salzbourg http://www.kirchen.net/dommuseum/page.asp?id=8451
dont je joins 2 images, l'une de Marie enceinte, l'autre qui montre l'embryon dans son ventre, cette dernière représentation fut
d'ailleurs jugée de mauvais goût après le concile de Trente. ![]()
Marie France Morel (voir article précédent) a écrit un article sur ces représentations.
Et c'est sans doute au XIXème s. que l'image d'une Marie enceinte a disparu, comme toutes les femmes enceintes d'ailleurs, qui devaient se cacher. Mais j'ai touvé cette statue de vierge enceinte datant de 1865 devant l'église de Cornillon-Confoux en Provence voir http://www.cornillonconfoux.com/francais/dec2.html
Aujourd'hui elles s'affichent et donc on en fait un santon. C'est tout naturel.
15:30 Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, culture, art, marie, noel, enceinte, vierge
mercredi, 18 octobre 2006
VIERGES ET MERES : MARIE ET ...DANAE
L’an dernier en visitant le musée de Capodimonte à Naples j’ai été frappé par cette Annonciation de Girolamo Mazzola Bedoli (1500-1569). Ce peintre dont j’ignorais l’existence, était contemporain et vaguement de la famille du Parmesan, le maître de la peinture maniériste.
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Girolamo Mazzola Bedoli, Annonciation, 1559, Musée de Capodimonte, Naples, Le site de Capodimonte est actuellemnt en dérangement
Le rapprochement entre Marie et Danaé me semblait un peu blasphématoire mais j’ai lu que Danaé avait été vue au Moyen Age comme une "préfigure" de Marie. Danaé était une jeune vierge et la conception du futur Persée, est sans acte sexuel, c’est une parthénogenèse.
(L'étymologie du terme parthénogenèse est strictement grecque: parthenia désignant la jeune fille non mariée, la vierge, au sens social, plus que physique du terme, genesis évoquant la naissance. La parthénogénèse est l'enfantement, par une jeune fille désignée comme vierge, c'est à dire sans homme). J’ai cherché des représentations de Danaé et j’ai trouvé celle de Jan Gossaert dit Mabuse (1458-1541), c’est un peintre flamand mais dont le voyage à Rome a été décisif pour sa peinture, notamment des sujets mythologiques. Si on excepte la nudité de la poitrine, sa Danaé est traitée comme la vierge Marie, une attitude modeste et soumise, le regard reconnaissant, on peut y ajouter le bleu du vêtement bien qu’à cette époque la relation ne soit pas encore aussi forte entre Marie et la couleur bleue.
GOSSAERT, Jan (Mabuse)
Danaë, 1527, huile et tempera sur bois, Alte Pinakothek, Munich
http://keptar.demasz.hu/arthp/html/m/mabuse/index.htm
Il y a donc bien une relation entre certaines représentations de Marie et de Danaé. Si vous avez d’autres exemples, n’hésitez pas à en faire part. Il me semble cependant qu’avec le concile de Trente, tous ces rapprochements faits au nom des « préfigurations » disparaissent, et que la représentation de Danaé devient un sujet permettant de faire un beau nu féminin.
15:57 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Marie, vierge, Danaé, érotisme











