mercredi, 19 novembre 2008
LE CHRIST DE NOLDE
Je viens de voir l’exposition Emil NOLDE (1867 – 1956) au Grand Palais de Paris.
C’est une belle rétrospective d’un grand peintre trop peu connu. Je vous donne à voir des reproductions de son œuvre religieuse qui est importante.
Vivant sur la frontière dano-allemande Nolde était chrétien luthérien, il a connu une expérience mystique en 1909 et a peint « dans un état de transe » une importante série d'oeuvres religieuses : Le Christ aux outrages, la Pentecôt, La Cène ci-dessous
Mais sa plus grande œuvre est le triptyque La Vie du Christ en 1911, immense huile sur toile de plus de 2 mètres sur près de 6 mètres. (Neukirchen, Allemagne, © Nolde Stiftung-Seebüll)
Nolde a conçu cet immense tableau sur le modèle des retables à volets du Moyen Âge, mais les dimensions empêchent de fermer les volets et le verso n’est pas peint. D’ailleurs Nolde ne voulait pas utiliser le mot de retable, il voulait que ce soit une oeuvre non pas destinée à un bâtiment religieux mais simplement au service de l’art.
Le détail des différentes scènes est dans l'album
Les réactions du public et des autorités religieuses de l’époque furent d’ailleurs négatives, il faut dire que la tradition luthérienne ne laisse pas beaucoup de place aux représentations religieuses picturales et que le peintre se soucie d’une peinture personnelle, subjective : « J’avais besoin d’être libre artistiquement, de ne pas avoir Dieu devant moi comme un souverain assyrien aussi dur que l’acier, mais d’avoir Dieu en moi, chaud et sacré comme l’amour du Christ » écrivait-il en 1909.
Ci dessus La femme adultère.
Cela n’empêche pas Nolde de chercher un certain réalisme, il souhaite représenter les personnages bibliques le plus fidèlement possible par rapport à son idée de la vie en Palestine à l’époque de Jésus. S’il semble abandonner toutes les conventions stylistiques et chercher une expression forte et populaire, cela ne l’empêche pas d’être marqué par la peinture du passé. Son retable s’inspire de celui d’Isenheim par Mathias Grünewald (1475-1528) qu’il ne connaissait que par la gravure et qu’il ne découvrira à Colmar qu’en 1927.
L' œuvre d'Emil Nolde n’est pas facile à évaluer car elle a servi aux nazis comme modèle de l’art dégénéré, d’où sa réhabilitation en 1945.
Je trouve qu’elle a comme expression religieuse une puissance que l’on trouve rarement dans les œuvres du premier XXème siècle. Par contre du point de vue iconographique, elle est assez traditionnelle, notamment pour Les femmes au tombeau, Le doute de Thomas... par contre pour la Nativité la mise en scène est très nouvelle et particulièrement expressive.
18:58 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nolde, christ, art moderne
jeudi, 11 septembre 2008
LES CROIX DE LA PASSION
J'ai visité récemment Collonges la Rouge, en Corrèze, c'est une très belle ville avec une église superbe à plusieurs titres mais ce qui m'a frappé ce sont les croix, et notamment les croix dela Passion.
Il existe une tradition qui consiste à représenter la croix du Christ avec les instruments qui ont servi à sa Passion ou les objets qui ont un rapport avec elle. Généralement Jésus n'est pas sur la croix et seuls les instruments et objets sont figurés et disposés harmonieusement.
Voir la liste des objets en fin de page.
J'ignore l'origine de cette tradition que l'on trouve dans diverses régions, mais à Collonges la Rouge on trouve trois croix de la Passion.
Une croix dans la chapelle des pénitents noirs (image de la base Palissy http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr)
Une croix de la passion sur le retable de l'autel de gauche
(image de Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Passion_du_Christ)
Et une croix extérieure entre la chapelle des pénitents et l'église, dont on ne trouve de photo nulle part et dont mon cliché est très médiocre car la végétation et l'orientation me génaient.
A première vue cette croix n'a rien d'extraordinaire, on y retrouve certains "instruments" comme sur d'autres mais si on regarde le côté droit (gauche ici car la croix est prise de derière) on peut voir une sorte de barette composée de petits ronds de métal (image de face et image agrandie)
On reconnaît des pièces de monnaie et on peut on compter 30. Ce sont les 30 pièces d'argent données à Judas pour le prix de sa trahison
Alors, l'un des Douze, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres
et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui proposèrent trente pièces d'argent.
Dès lors, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.
Evangile selon Matthieu ch 26 versets 14 à 16
La présence de ces 30 pièces sur une croix de la passion n'est pas unique mais elle est assez rare, car on touve plus souvent la bourse de Judas que les pièces sans dout pour une raison pratique.
Mais à Collonges les pièces sont représentées aussi sur le retable de l'église. Ce retable est très original, il comporte à gauche une croix de la passion (voir image plus haut) et sur la partie droite une colonne de la passion entouré de plusieurs instruments dont les 30 pièces, alignées sur un seul rang.
(image de Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Passion_du_Christ)Je donne la liste des objets ou les instruments qui entourent la passion :
- Marteaux, clous, tenailles,
- L' échelle pour descendre le corps de la croix ,
- Les deux croix des larrons,
- La lance du centurion,
- L'éponge imbibée de vinaigre au bout d'une branche d'hysope,
- La couronne d'épines,
- Le sceptre,
- Le coq de saint-Pierre,
- La colonne,
- La bourse de Judas ou les trente pièces d'argent,
- La lanterne des gardes, les torches,
- Le glaive de Saint-Pierre,
- Le roseau de la moquerie,
- Le fouet de la flagellation,
- La tunique sans couture,
- les dés pour tirer au sort les vêtements,
- Le calice de l'agonie,
- La main du grand-prêtre qui gifla le Christ...
J'aimerais bien connaître d'autres représentations de ces pièces et aussi l'origine de ces croix de la passion
11:01 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : croix, passion, judas, pieces
dimanche, 06 avril 2008
LA TOUR DE BABEL
J’en profite pour exploiter quelques pistes d’un mythe biblique que je n’ai pas traité dans mon site sur les Images de la Bible.
NAISSANCE DU MYTHE
Livre de la Genèse ch.11 1 Tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots. 2 Comme les hommes se déplaçaient à l'orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s'y établirent. 3 Ils se dirent l'un à l'autre : Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu ! La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. 4 Ils dirent : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre !5 Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. 6 Et Yahvé dit : Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. 7 Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres. 8 Yahvé les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. 9 Aussi la nomma-t-on Babel, car c'est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre et c'est de là qu'il les dispersa sur toute la face de la terre
« Babel » vient d’un mot akkadien qui signifie « porte de dieu ». Le mot est aussi proche du mot hébreu bâlal qui signifie « confondre, embrouiller ». Le nom de Babel traduirait donc ce brouillage de langues. Mais le terme Babel signifie aussi Babylone en hébreu, et il est employé souvent dans la Bible avec cette acception.
La tour de Babel biblique semble s'apparenter à une "ziggurat", probablement celle qui fut mise à jour en 1913 dans les ruines de Babylone mais on en trouve ailleurs dans de nombreuses anciennes villes mésopotamiennes.
Les ziggurats sont des tours carrées à étages, qui dominaient chaque grande ville en Mésopotamie. Composées d’un massif de briques plein, et de plusieurs terrasses superposées, en retrait les unes par rapport aux autres elles comportaient un sanctuaire, elles manifestaient de loin le pouvoir de la ville et de son dieu.
À Babylone la première mention de la tour à étages remonte à Hammourabi. Plusieurs fois ruinée, elle fut reconstruite sous Nabuchodonosor II au VII e siècle av. J.-C. sur les vestiges de l’ancienne construction. Lorsque les habitants de Jérusalem furent déportés à Babylone au VIème siècle av. J.-C., ils purent certainement contempler la ziggurat restaurée par leurs vainqueurs. La tour sera définitivement démolie par Alexandre le Grand en 331 av. J.-C..

"Au milieu se dresse une tour massive, longue et large d'un stade, surmontée d'une autre tour qui en supporte une troisième, et ainsi de suite, jusqu'à huit tours. Une rampe extérieure monte en spirale jusqu'à la dernière tour ; à mi-hauteur environ il y a un palier et des sièges, pour qu'on puisse s'asseoir et se reposer au cours de l'ascension. La dernière tour contient une grande chapelle, et dans la chapelle on voit un lit richement dressé, et près de lui une table d'or. Mais il n'y a point de statue, et nul mortel n'y passe a nuit, sauf une seule personne, une femme du pays, celle que le dieu a choisie entre toutes, disent les Chaldéens qui sont les prêtres de cette divinité."
LA TOUR BIBLIQUE AU MOYEN-AGE ET A LA RENAISSANCE
Comme le texte biblique, qui est très bref, ne fournit aucune indication sur la forme ni sur les dimensions de la tour, l’interprétation iconographique a été libre durant tout le Moyen Age.
Ces œuvres des XIVème et XVème s .(les références des œuvres seront données dans l’album) représentent le chantier de la construction de la tour de Babel, les ouvriers et les maçons s’affairent à tailler les pierres, et à dresser les murs. Les instruments utilisés sont simples mais le système de levage est plus recherché.
À la différence de ce qui est dit dans le texte de la Genèse, la construction s’effectue en pierres et non en briques. Au premier plan, un personnage coiffé d’un turban et tenant un sceptre représente Nemrod, roi légendaire considéré comme le bâtisseur de la tour. Il est vêtu comme un prince turc. Ce personnage est une invention des commentateurs du texte biblique notamment de Philon d’Alexandrie, au Ier siècle de notre ère.
Alors que la tour de gauche ressemblait assez par sa forme à une ziggourat, celle de droite est plus proche d’un clocher de cathédrale. Mais on retrouve les maçons, la taille de la pierre, le roi Nemrod. Au loin à gauche on voit la grande Babylone représentée comme une ville d’Occident.
A la Renaissance, le sujet change un peu, l’accent n’est plus mis sur la construction mais sur la prouesse et la taille d’une œuvre inachevée.
C’est Pierre Breughel, qui créa le modèle en peignant deux oeuvres très proches, l’une en 1563, l’autre en 1568. Le roi Nemrod n’est présent que sur l’un des tableaux, mais désormais la tour s’inscrit dans un paysage urbain et des activités portuaires empruntés à la réalité de l’époque. La tour, toujours en pierres et riche en éléments architecturaux (arcs, contreforts, galeries ajourées), est inachevée, mais elle monte très haut vers le Ciel qui la menace parfois de gros nuages noirs.
AU DELA DE LA BIBLE
A partir du XVIIème s. la Tour de Babel perd sa référence strictement biblique pour devenir un sujet qui a sa propre existence, sans pour autant devenir totalement neutre.
La tour devient un modèle architectural.
A gauche modèle encore classique, mais déjà surréaliste pour Monsù Desiderio, pseudonyme mystérieux derrière lequel se cachent François de Nomé et Didier Barra, peintres nés à Metz à la fin du XVIe siècle, et installés à Naples pendant la première moitié du XVIIe siècle.
A droite modèle quasiment philosophique pour ce dessin de l’architecte Étienne-Louis Boullée (1728-1799) réalisé à la fin de sa vie, modèle graphique qui s’inscrit dans les utopies des Lumières. http://expositions.bnf.fr/boullee/arret/d5/d5-1/d5-1.htm<...Mais aussi pour la fameuse œuvre de Vladimir Tatline (1885-1953), le Monument à la Troisième Internationale, qui date de 1920, une maquette constructiviste qui ne se réalisa jamais.
Tous ces projets ont en commun une certaine utopie qui renvoie au rêve de Babel, mais le projet démoniaque est inversé et devient celui de l’Utopie libératrice. La tour un simple défi de hauteur ? Toutes les tours des XIXème XXème et XXIème siècles sont de tels défis Depuis celle d’Eiffel jusqu’à la course actuelle entre les gratte-ciel d’Asie, Toutes les tours des XIXème XXème et XXIème siècles sont de tels défis Mais les tours ne sont pas indépendantes des villes et celles-ci suscitent à la fois peur et séduction, et renvoient à une folie de la démesure qui rappelle celle de la tour de Babel. Ainsi le film de Fritz Lang en 1927 « Metropolis » ou ce dessin du Hollandais Maurits Escher (1898-1972) qui date de 1928Retour à Babel ?
Je termine par un clin d’œil vers le modèle de Bruegel avec trois images trouvées par hasard sur Internet Un montage photographique d’une jeune artiste américaine, Julee Holcombe (née aux E.U. en 1972) qui reconstruit la tour de Bruegel à partir des gratte-ciel poussant sur les friches industrielles. Un faux Chagall
Et une vraie illustration du texte biblique
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