lundi, 11 mai 2009
NOEL DE HAINE

En visite à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne http://www.historial.org/ un formidable musée par ses collections et par sa pédagogie, j’ai découvert une surprenante Adoration des Rois Mages.
« Historial de la Grande Guerre – Péronne (Somme) »

La mise en scène semble au premier abord assez classique. Une crèche de bois avec sa mangeoire, le bœuf et l’âne, Joseph debout, Marie habillée de bleu, est assise et tient l’Enfant Jésus sur ses genoux, les 3 rois, le plus âgé étant à genoux devant l’Enfant, les cadeaux au sol, les anges au ciel, les moutons sur terre… mais il y a détournement de cette mise en scène classique. Joseph voyant l’empereur Guillaume apprête l’âne pour fuir en Egypte, alors que c’est Hérode qui le fait normalement fuir. L’enfant apeuré par les rois, se tord de douleur, et Marie détourne le regard, l’encens sort d’un brûle parfum en forme d’obus… L’opposition entre le bien et le mal coupe la scène en deux parties, gauche et droite comme sur les tympans romans du jugement dernier. L’aigle allemand posé sur le toit menace l’enfant mais l’alerte est donnée par le chien qui hurle et l’araignée qui descend au dessus de Guillaume protège l’Enfant (rappel de la légende de celle qui a fermé la grotte contre les hommes qui poursuivaient la sainte famille lors de la fuite en Egypte).

A droite tout est ténèbre, feu et sang, un squelette et un monstre à tête de loup sanguinaire, tiennent la cape de Guillaume, des dragons et des bêtes infernales s’agitent, tandis que les soldats contemplent une ville qui brûle et que les contemporains reconnaissent comme Reims et sa cathédrale.
A gauche tout est bleu, lumière et musique. Tandis que le soleil se lève entre les montagnes, l’étoile des mages brille entourée d’angelots, d’autres anges musiciens chantent la gloire de Dieu.

Des hommes se relèvent comme les morts qui ressuscitent et se tourne vers cette lumière.
Et Jeanne veille, elle est la bergère protégeant son troupeau mais elle est aussi un nouveau saint Michel avec ses ailes et sa grande épée, prête à défendre l’Enfant contre le dragon.
La bordure reprend l’opposition gauche-droite et y rajoute une opposition haut –bas, le IHS du haut (monogramme de Jésus en latin ou sigle de Jésus Sauveur des Hommes) s’opposant au « Gott mit uns » et aux trois blasons impériaux du bas. Et dernier clin d’œil, le peintre signe du bon côté, en bas à gauche.


J’ignore si cette œuvre a été une commande ou une création individuelle, et si elle a été diffusée, mais elle entre bien dans le mouvement de diabolisation de l’ennemi qui a été si fort pendant la grande guerre. On retrouve ici, d’une part la concentration de la haine sur le Prussien Guillaume II, incarnation de tout le mal allemand, et d’autre part la sacralisation du conflit par la mobilisation du sentiment et de la culture religieuse. De nombreux illustrateurs ont représenté l’empereur allemand face au Christ dans des scènes souvent reproduites dans la presse illustrée et en cartes postales. Si vous en connaissez n’hésitez pas à me contacter.
Un grand merci à Marie-Pascale Prévost-Bault, Conservateur en chef de l'Historial, pour son aide et ses conseils
19:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rois mages, grande guerre, noel
vendredi, 06 mars 2009
ZURBARAN A GRENOBLE
Je suis passé récemment à Grenoble et suis allé au Musée. Je crois que Grenoble est la première ville de province à avoir construit un grand musée moderne pour abriter ses collections, c'était en 1994. Le bâtiment est très fonctionnel et les collections superbes.

Je savais que le musée possédait quatre tableaux de l'Enfance du Christ de Zurbarán: l'Annonciation, l'Adoration des mages, l'Adoration des bergers, et la Circoncision. Peints entre 1637 et 1639 pour la Chartreuse de Jerez de la Frontera (Andalousie) ils forment aujourd'hui un des ensembles les plus remarquables de peinture espagnole en France. C'est une donation du général de Beylié, qui les avait achetés en 1901.
Francisco de Zurbarán est né en 1598, il est de la même génération que Velasquez et Cano. Peintre sévillan il devient vite célèbre pour ses peintures religieuses. Porté d'abord vers une peinture sombre aux contrastes violents, il évolue vers plus de couleur après son voyage à Madrid de 1634, où il rencontre Velasquez mais aussi Guido Reni.
Peintre du Roi en pleine gloire , Zurbarán peint onze tableaux pour le retable du maître autel de la Cartuja Nuestra Señora de la Defensión de Jerez de la Frontera. Commandés en 1636, ils sont achevés en 1639-1640, et parmi eux l'on trouve les quatre oeuvres de Grenoble. (Voir l'album ci contre Toutes les images proviennent de la base Joconde)

Je trouve ces oeuvres d'une richesse exceptionnelle car on peut trouver en dehors du sujet qui est traité de façon assez traditionnelle des portraits, des natures mortes, des étoffes, des architectures... Je trouve cependant que si l'Annonciation, est vraiment traditionnelle, (mais quelle douceur mais aussi quelle distance dans le visage de Marie, fière espagnole, acceptant la Parole divine), la Circoncision est traitée comme telle, sans mélange avec la Présentation au Temple et que Marie en est absente comme il convient à ce rite masculin.

C'est l'Adoration des Mages que je préfère, les manteaux sont à la fois des masses colorées et des volumes géométriques qui structurent l'espace. Quant à l'échange entre le vieux mage et l'enfant Jésus, rien n'est plus beau ni profond.

20:01 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : zurbaran, nativité, mages, circoncision, annonciation
mercredi, 19 novembre 2008
LE CHRIST DE NOLDE
Je viens de voir l’exposition Emil NOLDE (1867 – 1956) au Grand Palais de Paris.
C’est une belle rétrospective d’un grand peintre trop peu connu. Je vous donne à voir des reproductions de son œuvre religieuse qui est importante.
Vivant sur la frontière dano-allemande Nolde était chrétien luthérien, il a connu une expérience mystique en 1909 et a peint « dans un état de transe » une importante série d'oeuvres religieuses : Le Christ aux outrages, la Pentecôt, La Cène ci-dessous
Mais sa plus grande œuvre est le triptyque La Vie du Christ en 1911, immense huile sur toile de plus de 2 mètres sur près de 6 mètres. (Neukirchen, Allemagne, © Nolde Stiftung-Seebüll)
Nolde a conçu cet immense tableau sur le modèle des retables à volets du Moyen Âge, mais les dimensions empêchent de fermer les volets et le verso n’est pas peint. D’ailleurs Nolde ne voulait pas utiliser le mot de retable, il voulait que ce soit une oeuvre non pas destinée à un bâtiment religieux mais simplement au service de l’art.
Le détail des différentes scènes est dans l'album
Les réactions du public et des autorités religieuses de l’époque furent d’ailleurs négatives, il faut dire que la tradition luthérienne ne laisse pas beaucoup de place aux représentations religieuses picturales et que le peintre se soucie d’une peinture personnelle, subjective : « J’avais besoin d’être libre artistiquement, de ne pas avoir Dieu devant moi comme un souverain assyrien aussi dur que l’acier, mais d’avoir Dieu en moi, chaud et sacré comme l’amour du Christ » écrivait-il en 1909.
Ci dessus La femme adultère.
Cela n’empêche pas Nolde de chercher un certain réalisme, il souhaite représenter les personnages bibliques le plus fidèlement possible par rapport à son idée de la vie en Palestine à l’époque de Jésus. S’il semble abandonner toutes les conventions stylistiques et chercher une expression forte et populaire, cela ne l’empêche pas d’être marqué par la peinture du passé. Son retable s’inspire de celui d’Isenheim par Mathias Grünewald (1475-1528) qu’il ne connaissait que par la gravure et qu’il ne découvrira à Colmar qu’en 1927.
L' œuvre d'Emil Nolde n’est pas facile à évaluer car elle a servi aux nazis comme modèle de l’art dégénéré, d’où sa réhabilitation en 1945.
Je trouve qu’elle a comme expression religieuse une puissance que l’on trouve rarement dans les œuvres du premier XXème siècle. Par contre du point de vue iconographique, elle est assez traditionnelle, notamment pour Les femmes au tombeau, Le doute de Thomas... par contre pour la Nativité la mise en scène est très nouvelle et particulièrement expressive.
18:58 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nolde, christ, art moderne











