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Art et Bible - Page 5

  • ENTREE DE JESUS A JERUSALEM

     

     

    Cette entrée qui est célébrée lors de la fête des Rameaux, est présente dans les 4 évangiles en Matthieu 21, 1-10 ; Marc 11, 1-11 ; Luc 19, 29-40 et Jean 20 ,12-19

     

    UNE REPRESENTATION STEREOTYPEE

     

    ivoire constantinople 1000.PNG                  St Alban.PNG

     

     

     Ivoire byzantin 1000     enluminure de St Alban XI e s.

     

             Eléments :       La porte, la route les arbres                    

                                Les manteaux sur la route mais où sont ceux sur l’âne ?

    les rameaux,

                                Les apôtres,

     la foule devant la porte de Jérusalem H F 

    Zachée dans l’arbre

     L’évangile de Nicodème dit que les enfants des Hébreux étendirent leurs manteaux sur le chemin jonché de palmes tandis que Zachée, qui était très petit, était monté sur un palmier pour mieux voir. Luc parle aussi de Zachée Lc 19,1-10  mais c’est à Jéricho

     

    Jésus assis comme sur un trône ou à califourchon

    La seule différence concerne la façon dont Jésus est assis sur l’âne, en Orient jésus est assis comme sur un siège, en Occident Jésus est à califourchon. Cette différence se poursuit jusqu’au XXI e s.

     

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        Le modèle oriental  se poursuit en Sicile au XII e s.

     

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    Le modèle occidental se renforce avec Giotto : réalisme et hiératisme, disparition des femmes, mais aussi place importante donnée à l’ânesse et son ânon. Une image de grandeur dans l’humilité , de force dans la simplicité, Giotto est le peintre d’Assise, esprit de Saint François

     

    QUELQUES AUTRES MISES EN SCENE

            

    Les_rameaux ND Paris cloture du choeur.jpgND de  Paris XIII e s. Zachée dialogue avec Jésus

     

     

     



    Jan van Scorel  1550 descente du mont des Oliviers vers Jerusalem. La ville sainte n’est pas celle de Jésus mais celle qu’a connu le peintre lors d’un pèlerinage

     

    scorel.jpg

        

    Haydon 1820 au XIX on aime se mettre à la place des juifs quHaydon 1820.jpgi acclament ou qui sont spectateurs ? la foule des siècles, celle du XIX est sur droite, devant arabe implorant,  femmes juives reconnaissantes ?






    Melozzo da Forli priorité aux apôtres 

               melozzo da forli.jpg

     

     

     

     


     



    Van Dyck   1617 ;151 x 229 cm; Museum of Art, Indianapolis

     

    van dyckentryjer.jpg

     

    Un cadre serré, espace clos; mouvement à contre sens, Jésus s’enfonce dans la foule, vers où ? , échec plus que victoire

    Rencontre avec un homme, lequel ? Zachée dans l’arbre ?  Celui qui montre le chemin , mais il désigne un autre lui-même, est ce Pierre qui montre celui du reniement ?  


           Arcabas vers 1980   huile sur toile et or fin

     

     

    Arcabas.JPG

    On ne voit que la porte : de la ville, inclinée comme si elle allait tomber, porte comme un tombeau,, sans fond mais signe de résurrection en or. Elle est fermée en attendant résurrection   

    Jésus avance vers mort et résurrection, il porte le signe de croix , tous lui montrent la voie

    Vêtement va du bleu au rouge humanité à divinité,

     

     

     

     ANESSE ET ANON

     Jésus organise son entrée en envoyant deux disciples chercher à un ânon (selon saint Matthieu, Jésus précise que l'ânon se trouve avec sa mère l'ânesse, précision qui ne se retrouve pas dans les évangiles selon saint Marc et saint Luc où il est seul ) en fait Matthieu utilise la prophétie de Zacharie

    . « tressaille d'allégresse, fille de Sion, voici que ton roi s'avance vers toi : il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon tout jeune. Il supprimera le char de guerre et il proclamera la paix pour les nations ». Za 9.

    Anesse et ânon chez Flandrin  christs_entry_into_jerusalem_hippolyte_flandrin_1842.jpg





    Au MA c’est souvent un vrai cheval ou une mule,

     

    chartres_jerusalem.jpg      bible Utrecht 15.PNG

     la couleur de la robe joue un rôle important: la robe brune, rousse ou grise étant le symbole d'une chaleur funeste, d'une impossibilité d'élévation spirituelle, la robe blanche étant le signe de bonté et de candeur et d'une possibilité d'ouverture, celle du triomphe 

     

    L’ânesse de  Balaam       livre des Nombres 22 ;  tableau de Lastman

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    L'ânesse vit l'ange du Seigneur posté sur le chemin, l'épée nue à la main ; quittant le chemin, elle prit par les champs. Balaam qui ne voyait rien, battit l'ânesse pour la ramener sur le chemin. Légende , cette ânesse était la descendante de celle de Balaam, et elle quitta Jérusalem pour l’Italie… Calvin dit avoir vu sa queue comme relique à Gênes !

     


    L’ENTREE COMME AVENEMENT  


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     A Rome après une victoire, la ville entière, pleine de guirlandes et d'encens, était invitée à se presser pour acclamer le vainqueur de retour, lui tendre des feuilles de laurier, s'agenouiller devant lui. Les images transmettent ainsi ces cérémonies où l'on voit le prince à cheval, en costume militaire, le bras droit levé pour recevoir l'acclamation des foules. 

     

    ici Marc Aurèle



    Cette image est présente pour celle de Jésus, elle est à la fois un modèle et un contre modèle pour mettre en valeur la Pais et l’humilité de Jésus, ou son retour à la fin des temps

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    Weigel  au XVIII e s. les rameaux d’oliviers sont très présents pour un vrai triomphe  politique mais aussi celui de la fin des temps

     

     


    Tissot parmi plusieurs représentations reprend une  image politique que je me permets de mettre en relation avec la photo de Guillaume II entrant solennellement  à Tanger en 1905

     

    Tissot.PNG          guillaume Tanger.jpg

     

     

    Et Luther dénonce cette assimilation en voyant dans l’entrée du pape Léon X, celle de l’antéchrist

     Gravure Luther.PNG

     

    LES ENTREES CONTEMPORAINES

            

    Tradition du Palmesel en Alsace, on suit un chariot qui porte un Christ sur son âne. Une  procession traditionnelle en  Allemagne mais les protestants luttent contre, celui de Zurich détruit en 1521, et en Autriche interdiction par Joseph II

     

    sortie-du-palmesel Ammerschwihr  Alsace.jpg

     

     

            

    James Ensor 1860-1949  huile de  2,58 x 4,30  m Entrée de Jésus à Bruxelles 1899 Musée Getty, Los Angeles

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    Son inspiration et renvoient au carnaval, ce « monde à l'envers », anarchique où les rapports sociaux sont démontrés par l'absurde. Une atmosphère de kermesse mêlée de défilé du 1er mai, accueilli par les slogans « Vive la sociale ! » et « Vive Jésus, roi de Bruxelles ! », le Christ auréolé s'avance au fond du tableau. 

            

    Danila Vassilieff   (1897–1958) peintre russe, qui fuit l’URSS  et s’installe en Australie. Entrée de Jésus à Jérusalem  en 1947

     

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             Dinah Roe Kendall née 1923 peintre anglaise surtout après 1970,   acrylique sur toile.

     

    Dinah Kendall triumphal entry 325802_full_1024x834.jpg

    Peinture biblique dans contexte contemporain surtout du point de vue social     

     

     

     

     

  • TOBIE

     

     Le livre de Tobie un livre dont on ne connaît que la version grecque, donc non retenu dans les canons juif et protestant. C’est sans doute l'oeuvre d'un Juif de la diaspora, qui essaye de réfléchir à la manière de vivre sa foi en milieu païen. Il est construit comme un roman d’initiation, celle du jeune Tobie, fils de Tobit, qui découvre le monde, épouse Sara… guidé par l’ange Raphaël (Dieu guérit) qu’il prend pour un simple compagnon.

     

    1  Tobie et le poisson,  image du salut 

    sap01_mh0089821_p Aire sur adour.jpg Détail sarcophage antique Aire / Adour

     

    La scène biblique de Tobie péchant le poisson, pour en extraire le fiel qui doit purifier Sara, a d'abord été, dans l'Occident paléochrétien, un exemple du salut octroyé par Dieu aux siens par-delà la mort.

     Saint Augustin évoque le Livre de Tobie : « Ce poisson, qui remontait le fleuve et se livrait à Tobie, c'est le Christ qui par sa passion amère, a mis en fuite Satan et guéri le monde aveugle »

     

    Le symbolisme du poisson péché par Tobie n'est pas resté toujours et partout aussi flou. Il était appelé à connaître un développement original en relation avec la double assimilation du Christ au poisson et de l'Eucharistie à un repas au poisson.

    G 5 pain_poisson.jpg  

     

    Ce n'est cependant pas un  repas,  mais  la pêche sur les bords du Tigre, qui est évoquée comme emblème du salut dans les représentations pariétales romaines des IIIe et IVe siècles

     

     

    2 Tobie, Raphaël le poisson et le chien

    « L'enfant descendit au fleuve se laver les pieds, quand un gros poisson sauta de l'eau, et faillit lui avaler le pied. Le garçon cria, - et l'ange lui dit : "Attrape le poisson, et ne lâche pas!" Le garçon vint à bout du poisson, et le tira sur la rive. –

             La capture du poisson

    * Un poisson dangereux, il attaque le pied de Tobie

     Enluminures-Bible-Tobie-lange-et-le-poisson.jpg

     

    *  il est gros et lourd voire monstrueux, mais l'ange l'aide

     pieter-pietersz-lastman-the-angel-and-tobias-with-the-fish.jpg      Pieter Lastman

     

     *La préparation du poisson

    « L'ange lui dit : « Ouvre-le, enlève le fiel, le cœur et le foie ; mets-les à part, et jette les entrailles, parce que le fiel, le cœur et le foie font des remèdes utiles. » - Le jeune homme ouvrit le poisson, préleva le fiel, le cœur et le foie. Il fit frire un peu de poisson pour son repas, et il en garda pour le saler. » 

    Matthias Stomer

    stomer matthias.jpg

     Le Livre de Tobie ne se déroule pas en Israël mais sur le chemin de la Médie.  Le foie du poisson est relié par l'Ange Raphaël à la médecine : il ne s'agit pas de divination; parallèlement aux coutumes chaldéennes dont les hébreux se différencient ici, le foie semble avoir un rôle central comme le cœur, mais, selon les propos de l'ange Raphaël en tant que remède, pour guérir les aveugles ou faire fuir les démons, ce qui sera la tâche du Christ (art de la médecine, expulsion des démons).


    En Islam on connaît Djibraïl ( Gabriel ), le messager divin, ici sur cette miniature moghole du 16e, l’ange porte le poisson de Tobie.

     

    L’ange gardien, et le chien

    tobit dog.jpg

    "Ils approchaient de Kasérîn, en face de Ninive. Ils marchaient tous deux ensemble (...)? La et le chien les suivait. Dit simplement le grec Tobie, 11, 4-9

    Mais le texte de la Vulgate, s’appuyant sur un autre manuscrit dit : et le chien qui les avait accompagnés en route courut devant eux et, survenant comme un messager, montrait sa joie en agitant la queue (...).  

     

    Bède le Vénérable  voit dans le chien une image du docteur évangélique qui enseigne le chemin du salut et défend " le troupeau du Créateur contre les bêtes sauvages que sont les esprits impurs et les hommes hérétiques ; Au Moyen Âge, un chanoine de Reims, Pierre de Riga, récapitule dans la figure du chien de Tobie toutes les vertus chrétiennes de l’animal.  

    Durant la Renaissance et le Baroque, le chien n’est jamais oublié ,  l’histoire de Tobie figure l’étroite communion de l’homme avec les créatures célestes et les créatures sans raison

     

    L’ange

     3Erzengel-Botticini.jpgBotticini

    *  les 3 archanges

    Au livre de Tobie, Raphaël dit de lui-même: "Je suis l'un des sept anges qui se tiennent toujours prêts à pénétrer auprès de la Gloire du Seigneur". La vision de Zacharie complète le livre de Tobie en parlant de "sept-là qui sont les yeux de Yahvé et qui vont par toute la terre". ( Les yeux sont alors symboles de l'omniscience et de la vigilance divines.)

     

    * Le concept de l’ange gardien pour chaque humain, protecteur, personnel et attitré, attaché, en particulier, à la personne de chaque chrétien s’est développé au 17ème siècle à partir du Livre de Tobit la croyance est encouragée et étendue à toute l’Eglise catholique par Paul V (1608). gitolamo  1540 (2).jpg
     Cette croyance connaît actuellement un sérieux développement y compris chez les agnostiques.


      Gitolamo

     


    3 Rembrandt et Tobie

     Rembrandt est obsédé par la cécité spirituelle qui touche les bons voyants, il oppose la clarté qui vient à nous de l’extérieur, à la clarté intérieure qui émane de la vérité de l’Ecriture, et qui éclaire vraiment les choses

     Tobit réapparaît 20 fois dans son œuvre alors que le livre n’est pas reconnu. Ce qui lui donne peut être plus de liberté.

    Pour Rembrandt, Huygens (travaux sur lumière) et les réformés : l’intérêt pour le monde visible doit être tempéré par le fait que sa vérité est inférieure à ce que révèle le monde intérieur. Le peintre a prétention de peindre la réalité des choses, de singer la création divine.

    La vraie lumière dit St Augustin est celle que vit Tobit quand ses yeux devinrent aveugles, et qu’il enseigna à son fils le chemin qu’il devait suivre.

     

     

    1629 Tobit, Anne et le chevreau  ME0000072338_3.jpg

     Anna est accusée par son mari d’avoir volé un chevreau, au lieu de représenter le moment où elle se défend, il montre celui où Tobit est accablé par sa faute, il demande à Dieu de le délivrer d’une vie devenue à charge.

     

    Au lieu de voir comme ses contemporains une relation entre cécité physique et aveuglement moral, R  met en avant l’idée que les troubles oculaires permettent une vision intérieure , c’est pourquoi Tobit connaît douloureusement la vérité plutôt que son égarement

     

    Est001135-37940.JPG1651 eau forte de Tobit seul qui trébuche et va vers le mur, il a vu intérieurement  que son fils est derrière la porte, mail il ne voit pas assez extérieurement pour y aller sans embûche.

     

     




    Guérison de Tobit aveugle, - Quant au fiel, il sert d'onguent pour les yeux, quand on a des taches blanches sur l'œil : il n'y a plus qu'à souffler sur les taches pour les guérir.  »

     d_rembrandt_tobias.jpg









    Cela montre les connaissances de R sur l’opération de la cataracte, opération ancienne sans progrès décisifs avant 18 eme

    Tobie est un véritable chirurgien. R créé une scène de famille, le père doit faire aveuglément confiance à son fils,  Sara est présente alors que pour le texte elle est à Ninive, Anna devient une infirmière et Raphaël tout blanc est immatériel.

    Tobit guéri, ne retrouve pas immédiatement la vue, il est affecté d’une perte passagère de la vue dans l’éblouissement qui accompagne la vision angélique.

     

    ME0000058769_3.JPG               Est001136-37941.JPG

     


    Tableau 1637, eau forte 1641 Révélation qu’Azarias est un ange : les jeunes regardent étonnés mais en face l’envol de l’ange, tandis que les vieux se cachent les yeux , Tobit se mettant en prière.

    Avec l’eau forte, le visage de Raphaël disparaît et remplacé par la lumière, l’ Ange  est plutôt une qualité de la Lumière qu’un état de la matière.

      

    3 Les noces de Tobie et Sarah

     
     

    La Nuit de noces , nuit de tous les dangers, Sara avait déjà eu 7 maris qui tous étaient morts avant de consommer le mariage. Ici la prière va jouer mais aussi la médecine, pour libérer le démon qui est en Sara

    2 peintres protestants du 17 e s. montrent cette nuit de lutte.

     

    pieter Lastman tobias_Small.jpg        Nicolaus_Knupfer_-_Tobias_en_Sarah_1654.jpg

    Pieter Lastman                                                       Nicolas Knupfer

     

     
     

    Après le danger la béatitude

     

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    Schnorr von Carolsfeld  1794 – 1872

             1 Avant :    Le démon fuit, la mort que craint le serviteur ne l’emportera pas

    Victoire sur la mort

             2 Après :  la joie passe du couple aux serviteurs et  aux parents  la vie l’emporte



     et pour finir ART33838 ALLEMAGNE 16.jpg

     Vitrail du 16e s. quiétude des époux et fidélité du chien

  • SAMSON

     Le récit de Samson est tiré du Livre des Juges qui sont des chefs Hébreux avant les rois. Samson ou Shimshon signifie en hébreu « petit soleil ».

     Son histoire est célèbre surtout à cause de Dalila, mais ce héros a été compris par les Pères de l’Eglise comme une image du Christ, alors qu’aujourd’hui nombre de théologiens le voient plutôt comme un héros négatif.

     

    1 SAMSON ET DALILA

    Il est légitime d’en faire une histoire d’amour   : « Samson aima cette femme ». Avant Samson voyait, désirait et prenait des femmes dont on ne connaissait pas le nom, maintenant il aime une femme, qui s'appelle Dalila. Samson révèle son secret à Dalila et lui donne son âme et son cœur, et se livre ainsi à elle,  d’où la mise en scène de la trahison.

     

    Samson et Dalila : les amants et la trahison

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             Rubens  1609  huile de 185x205; National Gallery Londres 

     

    La tendresse amoureuse et la trahison brutale semblent ici inséparables

    Samson est un héros antique, nu et athlétique.

    Dalila est une courtisane aux charmes éclatants : peau, cheveux, poitrine, parure.

    L’espace est clos, richement décoré, tapis, tenture,  allusion à l’amour avec statue de Vénus, mais aussi espace vénal avec la matrone qui surveille

    La pose des 2 amants est sensuelle et suggestive, le tissu rouge est encore plus sensuel que la nudité des jambes d’abord dessinée.

    Moment dramatique, l’homme coupe les cheveux, vraie scène de chirurgie, de castration

    et les soldats entrent, mise en scène théâtrale avec violence des lumières et rideau de scène.

     Van Dyck en 1630,  148x237, Dulwich Picture Gallery

    Dyck-van-Antoon-Samson-and-Dalila-Sun.jpg

    Il s’inspire beaucoup de Rubens mais en inversant la composition. La mise en scène est moins érotique car le lieu n’est plus clos et Dalila tout à fait consciente et distante. La lumière rend aussi l’arrestation moins dramatique mais le géant qui se précipite sur Samson en fait une victime

     

    Rubens a peint la même année une arrestation de Samson qui évoque cette violence de l’arrestation, et van Dyck a aussi repris la scène mais en donnant une signification beaucoup plus sentimentale aux deux amants

    Peter-Paul-Rubens-xx-The Capture of Samson 1609-10-xx-The Art.jpg       SamsonAndDeliah_Anthonis_van_Dyck.jpg

                   

     REMBRANDT huile de 1628, 45x61cm, Coll. privée

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    Le Samson de Rubens était nu, Rembrandt  l’habille richement, lui donne cette splendeur qu’il est sur le point de perdre. Ce vêtement est d’or, il est enveloppé par celui de Dalila, qui est bleu nuit et étoilé, la nuit va englober la lumière du soleil.

     L’espace est assez vague et le décor comme les pieds nus des héros, s’opposent à la beauté des vêtements.

    La pose de Samson est autant celle d’un amant que celle d’un enfant qui se laisse aller contre le sein maternel, mais il reste un héros viril par son sabre bien éclairé

    Au lieu de la troupe, R ne montre qu’une tête de soldat mais fortement armé. Moment décisif : le chef des Philistins  descend la dernière marche de l’escalier de bois, et si elle craquait ? Le soldat manifeste son anxiété : petite lueur de son œil, geste involontaire de précaution

    La lumière met en relief les 2 hommes armés, l’un au repos, l’autre en action, on est loin des cheveux, de la lutte est ouverte, et c’est la figure éclairée de Dalila qui fait le lien, qui permet l’agression.

     

    Mais Dalila peut aussi être rapprochée de Judith ? La coupe des cheveux par l’héroïne devient une  décollation simulée

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    Le Caravage  Samson et Dalila  1615 80x53  fait penser à sa  Judith et Holopherne 1598

             Le parallélisme est frappant, mais le moment de Dalila précède celui de Judith. L’anecdote l’emporte sur le drame, la dimension érotique est faible 

     

     La Bible des Septante traduit l’hébreu par « il rase », ce sera donc la version surtout catholique, sauf ici, mais les Protestants traduisaient plutôt « Dalila rase »

    Honhorst.jpg     Stom 2.jpg

     

    Gerrit vanHonhorst, (1592 – 1656);    1615 Huile sur toile ; 1,29 x 0,94 cm, The Cleveland Museum of Art           

    MatthiasStomer, (Stom) (c.1600-p.1650); Palazzo Barberini, Rome,  

     Dalila et sa servante mettent beaucoup de soin à couper les cheveux.

    Ces assimilations accentuent la trahison de Dalila en faisant disparaître tout rapport amoureux.

     

     Une autre approche plus tragique est celle de Rembrandt dans son :

    L’aveuglement de Samson  1636, 236x302 ;  Musée de Francfort

     

    rembrandt the blinding2.jpg


     Samson qui a été surpris dans les ténèbres de son sommeil (vin et sexe), est aveuglé et ne verra plus jamais rien. Férocité générale

    La scène est dans une chambre (vase de gauche, draps) mais vue comme grotte, il est tiré vers lumière au moment où il devient aveugle. La lumière vive domine, intense, elle montre le bras de Dalila à travers sa manche. Les cheveux font le lien entre les 2 personnages.

    Le mouvement des soldats est désordonné, Dalila s’enfuit vers la gauche alors que le corps de Samson tombe à droite

     Triple anéantissement de Samson : sexuel, oculaire et musculaire

             Oculaire : il est aveuglé par le poignard, il « regarde » Dalila qui lui jette un dernier regard

    Musculaire : il est écrasé par la force, comme un cerf entouré par meute de chiens, mais la raison en  est la touffe de cheveux que porte Dalila.   

             Sexuel : lui l’amant est trahi par la femme, castration symbolique  par la pertuisane du soldat et les ciseaux de Dalila

      On a quitté le récit, l’anecdote pour peindre la souffrance (torsion de ses pieds, rictus de la bouche…) et l’aveuglement

     

    Près de 300 aART179505 CORINTH 1912.jpgns plus tard Lovis Corinth 1858-1925  a peint ce Samson aveugle, 1912, Berlin 

    Plein de lumière au début, Samson finit les yeux crevés, dans les ténèbres d'une prison.

    Cette sorte d’icône de la douleur prend une dimension christique (le peintre a aussi fait un Ecce homo célèbre)

    D’une façon formelle la scène de l’arrivée des Philistins par la trahison de Dalila,  peut évoquer la trahison de Judas et l’arrestation de Jésus au Jardin des Oliviers, certains rapprochent même le baiser de Judas à celui de Dalila

     

    2 Les représentations traditionnelles  tendent à faire de Samson une image christique

     Annonciation,  naissance, circoncision… 

    Nicolas de Verdun, en 1181, a réalisé 51 plaques en champs levés sur cuivre, pour un autel de 460 cm, église des  Augustiniens de  Klosterneuburg, en Autriche (cliquer sur les vignettes)

     

    annonciation samson.jpg   circoncision Samson.jpg   birth Samson.jpg

    annonciation Marie.jpg  circoncision jesus.jpg  nativité.jpg

    Il met en parallèle Samson et Jésus (et aussi Isaac, lui aussi image de Jésus) Justement car le récit de l’annonciation de la naissance de Jean Baptiste à Zacharie de Luc s’inspire beaucoup de celle de Samson

    La circoncision n’est pas indiquée pour Samson mais les Philistins sont des « incirconcis »


    Combat avec le lion  Juges ch. 14  

    Un lion s'étant précipité sur Samson, celui-ci le tua comme un chevreau

     

    rubens lion.jpg   lion de nemee25.jpg

     

     

    Samson tue le lion (Rubens) comme  Hercule (vase grec antique) et comme David     Samson figure solaire comme le héros grec Héraclès dont on peut noter les ressemblances multiples. D'ailleurs des commentateurs n'hésitent pas à voir dans le cycle de Samson une histoire née du côté des Philistins, indo européens, pour avoir été ensuite importée par la tribu israélite de Dan voisine des philistins, celle précisément de Samson.

    Pour les Pères de l’Eglise, Samson signifie le Christ qui tue le lion, c'est à dire le diable et qui libère les hommes de son pouvoir

    La force prodigieuse de Samson utilisée pour combattre l'ennemi peut trouver un parallèle dans le pouvoir de Jésus de chasser les démons.
     La lutte contre le lion gardien du territoire des ténèbres (14.5-9) peut illustrer le combat de Jésus contre Satan.

    04 CATACOMBES ROME SAMSON COMBATTANT LES LION.jpg 

    En repassant devant le cadavre du  lion, Samson découvre un essaim d’abeilles et du miel, d’où l’énigme qu’il pose aux invités de son mariage « De celui qui mange est issu ce qui se mange, et du fort est issu le doux. »

    Le miel et l’abeille, renvoi à la miséricorde du Christ en raison de la douceur du miel et à la résurrection car elle hiberne et Jésus disparaît pdt 3 jours avant de ressusciter.

     

    La peinture des Catacombes montre les 2 aspects du lion : le combat victorieux contre le mal et la victoire de la miséricorde du Christ

      

    La mâchoire d’âne qui lui permet de « rosser » les Philistins  Jg 14, 16 à 19

     m013703_0006127_p coffret email 16.jpg

    Le combat est souvent représenté, ici sur un émail de la Renaissance, la mâchoire d’âne a tendance à envahir d’autres récits, ici chez Cranach, mais on la trouve aussi chez Caïn tuant Abel

     

     samson triomphe par Reni.jpg

     Le tableau de  Reni n’est compréhensible que par la traduction de la Vulgate (bible en latin de St Jérôme) le texte dit « Dieu fendit la cavité qui est à Lethi, il en sortit de l’eau »

    Il s’agit d’une cavité dans le rocher mais la Vulgate la voit comme une alvéole dentaire de la mâchoire ...

     

     

    Samson se libérant en enlevant les Portes de Gaza =   Jg 16, 3  la scène est vue comme la résurrection du Christ    

     

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    Miniature musée Condé

     

     Samson détruisant le temple de Dagon

    Samson temple bible allemande.gif         14499_samson Chagall.jpg

     

     

    Gravures d’une bible allemande du XIX et de Chagall, les cheveux ont repoussés, Samson est fort et plein de haine dans la bible allemande, Chagall lui fait lever la tête vers le Ciel

    On retrouve ici toute l’ambiguïté du texte et du personnage

    "Seigneur , souvenez-vous de moi, je vous prie, et donnez-moi de la force cette fois seulement, ô Dieu. afin que d'un seul coup je me venge des Philistins pour mes deux yeux." Jg 16, 28

     

     

  • LES MAGES

     

     

     

    Le texte de référence est celui de l'Evangile selon Matthieu au ch. 2

    Les images sont moyennes cliquez dessus pour les voir en grand


    Les mages sont traditionnellement représentés selon un cycle

            

    st alaban etoile.JPGst alban adoration.JPGst alban herode.JPG

    St Alban reve.JPGStAlban retour.JPG

    Psautier de St Alban XII , abbaye de St Alban en Angleterre

    Cycle des rois mages au MA : les mages et l’étoile, les mages chez Hérode, l’adoration du messie, le rêve, le retour

     

    Quels sont les éléments et la  composition de la scène d’adoration

             5 mages mosaique.jpg

             1 Des mages perses : des païens à mauvaise réputation,

                       Costume perse : tunique courte, pantalons collants, manteau et bonnet phrygien comme les prêtres de Mithra

            



    Egbertcouleur.jpg2 Des mages devenus des rois : dès le IIIe s. chez Tertullien, à cause des cadeaux qui sont royaux,  mais c'est surtout  a dimension politique qui est recherchée. Le pouvoir est sacré s’il est chrétien, le roi céleste est adoré par les rois terrestres dont les mages sont les devanciers.

    Au XIIe s. l’empereur du St Empire découvre les "trois corps saints"à Milan, (on dit qu'ils sont venus de Constantinople où Hélène les avait placés) il les met à Cologne, dont l’archevêque sera désormais celui qui donne couronne impériale

     3 Les éléments messianiques : Une étoile

          Le texte dit "astre" mais tous comprennet "étoile" Laquelle ? Sur la miniature ci dessus :     8 branches = 7 + 1 perfection + 1 = vie nouvelle  , comme les baptistères octogonaux

            Giotto etoile.jpgLa comète de Haley de 1301 est utilis"e par Giotto en  1304

     

    Les Rois Mages suivant l´étoile à sept branches. Le chrisme au-dessus a pour centre cette étoile.jpg




    Mais dans l'Antiquité, le chrisme domine l'étoile à 7 branches , c'est le signe divin qui compte plus que l'étoile . Le chrisme au-dessus a pour centre cette étoile  detailRogier_van_der_Weyden._Retable_de_Middelburg._Les_trois_Mages._Detail._c.1445-1448._Huile_sur_bois._Gemaldegalerie_Berlin_Allemagne._jpeg.jpg

     Les flamands renouent avec tradition du chrisme : enfant étoile de van der Weyden 


     



    4 Les éléments messianiques : Bethléem

           

    manteg18 detail.jpg  bosch copy.jpgbethlem eglise.jpg

    Mantegna, Bosch et mosaïque vénitienne

    La ville n’est pas très visible mais on a plusieurs lieux : soit la grotte, soit l’étable mais aussi l’église et le palais en ruines du paganisme, alors que le texte dit simplement "maison"

     

    Combien de mages ?

          bartolo 4 mages.jpg  

    On trouve 12 mages en Arménie, parfois 2 ,  3 l'emporte vite (selon le nombre des cadeaux) mais encore 4 sur cette image de Taddeo di Bartolo







    Les 3 âges :

    fra angelico.jpg                 Fernandes, Vasco (c. 1480-c. 1543) 2.jpg

     

     

     Fra Angelico et Vasco Fernandez

    Tous le même âge ou les 3 âges de la vie: vieillard, l’homme mûr et jeune imberbe

       D’où viennent les noms ? : Gaspard Melchior et Balthazar chez moine mérovingien VI s. 

    Gaspard  peut être roi indo-parthe

    Melchior  nom assyrien, « mon roi est ma lumière »

    Balthazar « O Bel garde le roi » babylonien

         

    Les 3 continents : selon les 3 fils de Noé,

               Durer5  Mages Durer.jpg

             Japhet Melchior = Europe

             Sem Balthazar = Asie

             Cham Gaspard = Afrique le noir est le plus jeune car Afrique nouveau continent, son apparition dépend des lieux, tardif en Italie,

            


     

    Le roi noir est lié aux autres noirs qui apparaissent dans l'iconographie, précocement en Allemagne , tardivement en Italiegrien detail.jpg

     peinture d’Hans Baldung  Rois et st Maurice (martyr du Valais, soldat de la légion thébaine en  Afrique = noir)

            


    Fernandez indien viseu.jpg

    Avec la découverte Amérique , le chef indien peut devenir un 4e mage, mais cela ne durera pas


      cathédrale de Viseu Portugal

     



     

     Les 3 offrandes

     

    Adoration of the Magi. 5th CE. Early Christian. Cypress wood  detail.jpg    marbre detail.jpgrubens24 det.jpg

     sarcophage, marbre italien, Rubens

    Les cadeaux sont  indifférenciés, puis différenciés au point de devenir des objets de collection

    Quelle signification ? Or, encens et Myrrhe

    dès Irénée IIe s. myrrhe condition mortelle, encens pour Dieu, or pour le roi 

    Puis sens moral Maurice de Sully XIIe : la foi resplendit comme or, l’espérance est la bonne prière qui monte comme l’encens et la myrrhe est la charité dont les bonnes œuvres protègent de la corruption du péché ;

    Chez Luther : or est la miséricorde, l’encens la prière, et la myrrhe la pureté, donc les 3 vertus du bon chrétien

     

    Pour un vrai roi : Quelle adoration ?

     

     

     

    fouquet_01.jpg   Early Byzantine, early 6th century. A BM London.jpg   

      ivoire byzantin,   Fouquet

    D’abord cortège rapide, portent offrandes avec mains voilées, parfois  proskynèse pour le 1er

    Occident : hommage féodal, genou en terre ;

     puis fin XIII le vieux roi baise les pieds de Jésus,  il dépose sa couronne  ensuite 2 à genoux baisant pied et main

        

            

    Le contexte

           Celui du peintre Pierre Breughel : la Hollande du 16ème pieter-bruegel-l-adoration-des-rois-mages.jpg


                  

     L'adoration représentée dans les trés riches heures du Duc de Berry.jpg L’orientalisme imaginé : frères Limbourg, Heures duc de Berry

                     

     




                  

         

    Utilisation historique : Bottiboticelli.jpgcelli toute la famille Médicis : Cosme, ses fils Pierre et Jean, ses petits fils Laurent le Magnifique et Julien, des artistes dont le peintre à gauche dans manteau

                      





    1915 mages_entier_web.gif


     Utilisation politique : propagande Noël 1915 , peinture anonyme française présente au Musée de la Grande Guerre de Péronne, les rois sont Guillaume II , François Joseph et sultan Mehmet V, à droite Reims brûle, à gauche Jeanne d’Arc

     


    Quelques  œuvres

              Jérôme Bosch

    bosch copy.jpgPartie centrale du tryptique de Madrid, vers 1510

    Des arrières plans à la fois réalistes et imaginaires : ville, tours, armées qui se rencontrent

    Une vierge  en majesté, et 3 rois « classiques »

    Références à AT sur objets des rois : sacrifice Abraham en bas à droite, reine de Saba sur vêtement central, hommage d’Abner à David sur boule du roi noir

    Ce qui cloche : les bergers ont peur, ils regardent par effraction

                       3 personnages sortent de l’étable : un « fou »nu cape rouge, plaie à la jambe, derrière lui une trogne et un noir ? et si c’était les rois  « inversés », les forces sataniques déclenchées par la venue du messie  

              

         Arcabas triptyque, église de la Tour du Pin 2001arcaba10.jpg

    Simplicité du groupe Marie Joseph, une jeune Allemande aux pieds nus, un paysan en jean

    Structure classique des 3 rois avec diadèmes, mais l’un fait carnaval, et pourquoi importance du garçon de gauche, avec auréole, la seule

    Référence à l’avenir, l’agneau et les croix imbriquées dans la mangeoire …


    Rubens

    Des hommes regardent , masse anonyme, sombre descendante, tous renfermés. En opposition de jeunes enfnats rayonnants. rubens24.jpg

    3 rois qui se tournent peu à peu, ils sont lumineux mais vont vers une lumière encore plus grande

    Une mère et un enfant bien réels, une tendresse qui est partagée avec le vieillard. Lui adore un enfant qui joue , on est dans un renversement des attitudes et des comportements, intimité et solemnité.

    Dieu se manifeste, épiphanie, par l'enfant, les enfant, comme un Dieu de tendresse

  • LE SERPENT D'AIRAIN

     

    Le serpent d’airain est un texte du Livre des Nombres, cet épisode est réactualisé dans l’évangile de Jean

    Livre des Nombres ch.21 04 Au cours de sa marche à travers le désert, le peuple d'Israël, à bout de courage, récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d'Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n'y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! » Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d'Israël. Le peuple vint vers Moïse et lui dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu'il éloigne de nous les serpents. » Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent, et dresse-le au sommet d'un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu'ils le regardent, et ils vivront ! » Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet d'un mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu'il regardait vers le serpent de bronze, il conservait la vie !

    Jean ch.3   Si vous ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes?   Personne n'est monté au ciel, si ce n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel.  Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé,   afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle.   Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle.  Dieu, en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu'il juge le monde, mais pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle

    1 Le serpent qui sauve ou Une idole à détruire ?

     

    Enluminures du Moyen Age

        IRHT_149868-p_Tours_1500.jpg    

     Pourquoi un dragon ? Le mot hébreu pour serpent est traduit = serpent ou dragon par la Septante, d’où les images de dragons

    Moïse avec cornes ressemble à Dieu Christ, peut être parce que  dans le désert le peuple proteste contre Dieu et Moïse,  ils sont ensemble. Par contre pas de serpents mortels visibles. On voit l’adoration mais pas de malades ni de guérison

     

     

    mmw_10b23_184r_min destruction serpent.jpgmmw_10b21_035r_min.jpg Adoration par les Judéens puis destruction de l’idole par le roi Ezéchias  au 7ème s.

     

     2d Livre des  Rois 18, 4 Il fit disparaître les hauts lieux, brisa les statues, abattit les idoles, et mit en pièces le serpent d'airain que Moïse avait fait, car les enfants d'Israël avaient jusqu'alors brûlé des parfums devant lui: on l'appelait Nehuschtan.

     

    Donc ces images exprime la logique de l’Ancien Testament réformateur, la destruction des images idolâtriques

     

    Mais permanence d’une image 

    poitiers_hotel_ville_musee_10_goule.jpgImage1.jpg

     






    La vénération d’un dragon ailé a persisté, ici c’est la  grande goule du Poitou, il était porté aux rogations et la prière devait le vaincre. Dans l’église St Ambroise de Milan, il existe un serpent d’airain donné par l’empereur Byzantin vers l’an 1000

     

    2 De la mort à la vie  Moise et le serpent ou Christ sous la forme du serpent crucifié

     Du plus anecdotique au plus théologique :   

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    Guillaume Perrier vers 1640

             La mort frappe, la femme invoque et prie mais c’est inutile, le salut est lointain, tout au fond

     

      

     

    rubens.jpg

    Rubens  colère de Dieu, les hommes sont des serpents

              Tau avec serpent d’or, Moïse et Aaron sont à égalité, calmes alors que la foule est agitée, morts et vivants. On voit des Hébreux d’hier nus, les Flamands d’aujourd’hui habillés

    Mouvement des humains est ondulant comme celui des serpents

             Ciel lumière/nuée noire d’où sortent les serpents = Dieu en colère

     

     

             michel ange.jpg

    Michel Ange à la Sixtine   : séparation entre lutte et foi, perte et salut, les 2 serpents sont mis au centre. C’est une image du Jugement dernier

     

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    Van Dyck    (vers 1620)   les hommes prient

             Serpent semble comme les autres, placé sur bois mort : opposition Vie/mort

             Mouvement de foi des hommes: signe d’adoration, prière par les mains, invocation… ces gestes sont des gestes de foi qui dépassent le signe du serpent, ils sont tournés vers Dieu invisible mais dont la lumière vient de la gauche

     
    Bronzino 09eleono.jpg


    Bronzino , fresque de la chapelle d’Eleonore di Toledo, Florence

    Symétrie générale

     le serpent = la croix sur le calvaire,  le Golgotha, serpent enroulé  

    Opposition bas-haut : la mort , la vie

             Espace courbe : plongée puis remontée, vers le salut

    Gauche-droite : au centre, 2 hommes au prise avec le serpent, l’un combat l’autre fuit

             En haut : personnages de la Renaissance à gauche contre Hébreux à droite = salut hier et aujourd’hui

    Au pied du Tau : Moïse prie et Adam attend

    La lumière vient de derrière, serpent à contre jour

     

    3 Une théologie appuyée

     

    ST denis.JPG

     

     

    vitrail de St Denis

    monstre sur colonne, à droite les Hébreux l’adorent ? mais  il est tombé au sol

    à gauche le Christ  avec la bible ouverte explique et derrière le serpent se profile la croix

    ce qui est étrange c’est le sens de la lecture

     

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    Holbein 1536, théologie luthérienne

    Cette fois bon sens de lecture

    Le parallélisme entre l’AT et le NT : le serpent d’airain est donc remis à son niveau de mort, il ne fait qu’annoncer la croix salvatrice

     
     

    4 Un symbole universel 

     

     

    hazor 2.JPGCulte du serpent à Canaan   Tell Hazor Galilée du Nord 14-13 ème s av.JC

    Le culte des serpents est antérieur aux Hébreux 

     

     

     


    sumer.jpgLe plus ancien caducée découvert en Mésopotamie date du IIIème millénaire (musée du Louvre). Il est représenté sur un gobelet dit de Gudéa.

           Les deux serpents se croisent en six points, le septième étant au niveau des têtes. Ces sept points correspondent aux sept chakras indiens,  « centres spirituels » ou « points de jonction de canaux d'énergie

     


     -buto-cobra-deesse-5426.gif Pharaon, le souverain d’Égypte, portait l’uræus sur sa tiare. Ce petit serpent était considéré comme symbole de la royauté. Il est le cobra femelle qui a pour fonction de protéger le pharaon contre ses ennemis.
     

     

     

    asclepios.jpg

    Le caducée sert à guérir les morsures de serpents et c'est pourquoi il y a des serpents dessus. ?

    L'emblème d'Asclépios est un bâton court le long duquel s'enroule un serpent. À l'origine, dans la mythologie grecque, il est l'attribut du

    Apollon  offre un bâton à son fils Asclépios. Un jour, Asclépios, voyant un serpent se diriger vers lui, il tendit son bâton dans sa direction. L'animal s'y enroula. Asclépios frappa le sol et tua la bête. Un second serpent apparut soudain, tenant dans sa bouche, une herbe mystérieuse avec laquelle il rappela à la vie l'autre reptile. Asclépios eut alors la révélation de la vertu médicinale des herbes.

     

     benjamin West 1810 The_Brazen_Serpent.jpg

    Benjamin West en 1810 offre une image synthétique de la bible et des autres cultures, il utilise l’image du Laocoon,  statue hellénistique, mais il renverse le groupe

     600px-Laocoön_and_His_Sons.jpg

  • L'ARCHE DE NOE

    Le mythe du Déluge et celui de Noé ont donné une masse de commentaires et d’images  dont nous retenons quelques unes pour leur sens théologique. Mieux vaut d’abord lire le texte, qui est long, répétitif et pas toujours explicite mais indispensable     Genèse ch. 6 à 9

     

    1  Les beatus, une image du salut

    beatus-gerona-ms7-arche-noe_975.jpg


    On appelle Beatus les manuscrits espagnols des Xe siècle et XIe siècle,   où le moine Beatus de Liébana a commenté l'Apocalypse et le texte du déluge.

    Le Beatus de Gerone

    L’image est coupée en 2 : le monde de la mort et celui de la vie.
    En bas la mort où les cadavres flottent ou chutent comme lors d’un  Jugement dernier. Mais l’image se lit de gauche à droite, du corbeau qui mange un cadavre, à l’olivier qui sort de l’eau et permet à la colombe d’apporter son message d’espoir. L’opposition entre corbeau et colombe est donc renforcée et propre à la Bible, car dans l’épopée babylonienne de Gilgamesh qui a fortement servie de modèle au récit biblique, c’est le corbeau qui apporte le bon message.
    En haut , l’arche sorte de boite maison avec ses étages et ses cases. Couleurs et lignes opposent les 2 parties, sur la mort flotte l’arche de vie, celle du salut

    Comparaisons entre les arches des beatus de Gerone et d’Urgell

    beatus-gerona-ms7-arche-noe_975 - Copie.jpg

    beatus-valladolid-valcavado-ms433-f74v.jpg


     Les humains , il devraient être 8 (Noé ses 3 fils et leurs femmes) mais Gerone n’en montre que 7, car c’est le nombre de la perfection , nombre répété de nombreuses fois dans le texte biblique. Quand les 8 sont représentés comme à Urgell, Noé  se dresse comme un Christ ressuscité, car il est le 8ème, sorti du tombeau le 8ème jour (lendemain du sabbat). Plus prosaïquement on voit les femmes voilées, séparées des hommes.

     

     Les étages  devraient être au nombre de 3 mais ils sont ici toujours plus nombreux, les animaux choisis renvoient à un bestiaire en partie symbolique qui provient d’un texte égyptien du 2d siècle, le Physiologos.

             En bas les gros animaux terrestres : le dromadaire est partout présent, l’éléphant souvent, il est vu comme un symbole de chasteté et de fidélité. Mais Gérone met sur le même niveau, un taureau

     Le second étage rassemble des animaux sauvages redoutables à l’homme, ce qui ne veut pas dire négatifs, ainsi le lion, et surtout la panthère, animal christique (après la chasse, elle reste 3 jours dans sa tanière, puis sort exhalant une bonne odeur), l’ours porte un collier… donc des animaux dangereux mais que l’homme peut dominer.

    Le 3ème étage de Gérone porte un couple de singes, des antilopes, tandis qu’Urgell montre des animaux de basse cour, que Gérone met à part

     

    Une nouvelle création mais aussi un nouvel ordre animal car désormais l’homme sera carnivore

     

    2 De la boite au bateau

     

     

    Saint-Savin sur Gartempe, Abbaye St-Savin et St-Cyprien, Peinture de la voute, L'arche de Noe.jpg

     

    A St Savin sur Gartempe, l’arche de Noé  se trouve au milieu des fresques du XI ème s. qui occupent toute la voute romane.

     caedmon.jpg

     On retrouve l’image du salut , qui flotte au dessus des eaux du déluge, l’arche avec les animaux et les hommes, cette fois bien séparés en couples, l’étage intermédiaire, peu visible,  est celui des oiseaux.

     

    Mais que font ces 2 hommes accrochés au flan de l’arche ? Ce sont peut être des géants, des « fils de dieux » ceux dont le texte parle en 6, 1-4. Ce sont peut être des héros de légendes postérieures, les ancêtres de Pantagruel selon Rabelais, des rois qui veulent échapper au déluge et deviennent les serviteurs de Noé selon un texte du Midrash (commentaire juif du Pentateuque).

    Certains y ont vu des anges, mais ceux représentés sur cette enluminure anglaise sont bien différents, ils protègent l’arche, alors que les personnages de St Savin s’y agrippent. A noter sur cette image, la présence de Dieu, sous les trits du Christ, qui ferme la porte comme le dit le texte en 6, 16

     

              

    La principale nouveauté est le bateau ?

      Le mot hebreu est «  tebah » boite, qui vient de « teb » coffre sarcophage, mais désigne aussi la corbeille de Moïse ,

    En grec la traduction de la Septante utilise  « kibotos »  caisse, coffre à linge  

    En latin la Vulgate de Jérôme prend « arca » coffre de la racine « arcere » contenir, idée de protéger, elle utilise le même mot pour l’arche Noé, l’Arche d’alliance et le tombeau du Christ, toujours un écrin de la vie.

    noest Marcellin et pierre.jpg7.JPG

     Mais dans le livre de la Sagesse écrit en grec au 1er s. l’histoire de Noé qui est à nouveau racontée, utilise un autre mot « Xedia »  radeau, et ceci est peut être à mettre en relation avec le fait que ce soit en Egypte au Vème s. qu’apparaisse la première image d’une arche de Noé qui soit un bateau. Cependant les représentations sous forme de boite continuent des catacombes, à St Marc de Venise en passant on l’a vu par les Beatus espagnols.

                   bateau egyptien.JPG              

    croix irlandaise.JPG

    A l’autre bout du monde on trouve des croix irlandaises du Xème s. avec un bateau et à St Savin, c’est bien d’un drakkar qu’il s’agit avec son montage à clin et sa proue monstrueuse (gentille ici puisqu’elle fait de l’œil à l’oiseau). Les artistes romans savent que le drakkar est le meilleur bateau du monde.

    Désormais l’arche sera toujours vue comme un bateau, plus ou moins ventru et plus ou moins surmonté d’une maison .

     

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     Memberger, Kaspar the Elder 1588, Oil on canvas, 124 x 163 cm Residenzgalerie, Salzburg

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     Hicks, Edward ,  1846, oil on canvas, Philadelphia Museum of Art.  

      

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    György LEHOCZKY 1901-1979 peintre hongrois réfugié en Allemagne

     

    Les 2 premiers représentent l’embarquement, en insistant sur la paix entre les animaux qui devraient se manger entre eux, image paradisiaque , qui ne correspond pas du tout à ce que sera l’après Déluge puisque Dieu y admet la violence de l’homme sur les animaux et entre les animaux. Ch. 9.

    Le peintre allemand représente une joyeuse cohue, alors que Hicks, quaker américain, met beaucoup d’ordre et de solennité dans ce défilé dont les hommes sont quasi absents (juste une silhouette à gauche) . Lehoczky reprend l’image du vaisseau porteur du salut, mais casse les couples , par contre il retrouve les anges présents sur l’image anglaise !

      

    3 Les peintres modernes préfèrent le déluge à l’arche, goût de la violence ? mais violence de qui ?  

     

    Deluge_Hans_Baldung_Grien_1516.jpg

     

    Hans Baldung (1484-1545) peintre élève de Dürer, iI passera la majeure partie de sa vie à Strasbourg.

    Le Déluge est peint vers 1516, ses dimensions sont de 81 x 64 cm, il s'agit d'une peinture à l'huile sur bois qui se trouve actuellement à l'Historisch Museum des Stadt, Neue Residenz Bamberg en Allemagne

     

    LA VIOLENCE est partout   

    Dans le ciel , masse nuageuse,  compacte, sombre, répulsive...

    Dans l’eau où les personnages, hommes, femmes, enfants… bien que dans des situations dramatiques, provoquent plus le dégoût que la pitié ou la sympathie , ils s’agitent , se battent,  les couleurs dans des tonalités fades et froides…  l'impression de grouillement  l’emporte sur toute compassion. Chacun des personnages est seul, nu, et réduit à l'impuissance, usant de moyens de salut dérisoires et personnels.

     

    L’arche est au centre, solide malgré les vagues,  rouge sur l’ensemble froid. On retrouve le coffre, la boîte précieuse bien cadenassée, mais ce pourrait être une maison (et dans ce cas les hommes du bas renvoient aux géants évoqués dans le texte). On ne voit rien de l’intérieur, ni Noé, ni les animaux, ils sont mis à part, ils sont devenus un «trésor » (coffre cadenassé) dont Dieu aurait la clé, et la lumière divine éclair, choisit ce petit reste choisi,  hommes et animaux de demain.

    L’abandon de l’arche-bateau permet de renouer avec les différents sens du mot arche : celle de Noé, celle de Moïse, celle de l’Alliance qui était dans le Temple de Jérusalem… ce signe de l’alliance éternelle entre Dieu et les hommes qu’il sauve des tempêtes, du mal, et qui sera dévoilée à l’Apocalypse.  Comme la peinture date de 1516, on comprend mieux la peinture par le contexte : attente de la fin des temps, scandales et crises de l’Eglise avec les débuts de la Réforme dont le peintre est partie prenante

     

     La violence est humaine et Dieu sauve par l’Alliance hier et aujourd’hui

     

     Changement complet avec ce tableau de Nicolas Poussin (1594-1665).  

    L'Hiver ou  Le Déluge est l’une de ses dernières œuvres, huile sur toile 1,60 m x 1,18 m,   collection du Louvre

      

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    IMPRESSION DE CALME PLUS QUE DE VIOLENCE

    Le tableau se lit par de larges plans successifs :  un plan d’eau encadré de rochers, ce premier plan est celui où les personnages évoluent, c’est l’espace narratif.  Ensuite un espace marin, avec dans la brume un gros bateau, trapu, sans mat ni voile, l’arche. L’horizon est occupé par une montagne qui ressemble à un volcan  Le ciel est chargé de lourds nuages sombres et déchiré par un éclair .

     La composition du paysage est structurée par les horizontales. Ces horizontales donnent de la stabilité et créent un sentiment de calme. Quelques obliques ouvrent le paysage en profondeur comme pour un décor de théâtre. Mais deux verticales, soulignent deux équilibres temporaires, celui de la barque centrale redressée par le courant, et celui de la chaîne de vie de la famille à droite.

    Les masses colorées chaudes dominent nettement et  donnent  un caractère positif à un paysage qui par ailleurs est désolé.

    Cette analyse nous oriente vers une vision calme et positive de la scène. Le spectateur voit une  situation  grave mais pleine d’espoir. Une barque se dresse et va se renverser, mais un homme qui est tombé nage déjà fermement pour se sauver et le rivage n’est pas loin. Un homme échappe au flot grâce à son cheval qui nage, et une femme s’appuie sur une planche qui flotte. La barque de droite est solide et est un havre pour l’homme qui y grimpe. Cette barque permet à une famille de rejoindre la terre ferme, l’homme attrape son enfant que la mère lui tend. Ainsi tous semblent trouver un moyen de se sauver. De l’inondation.

    Mais ce que le spectateur voit,  contredit ce qu’il sait par ailleurs.  Le titre renvoie au Déluge, l'eau engloutira le monde,  et se terminera par la mort de tous les hommes et de tous les animaux sauf ceux qui sont sauvés par l’arche de Noé. Or justement, c’est cette arche que l’on voit s’éloigner à gauche, elle est déjà en route, donc tous ceux qui seront sauvés sont à son bord, et tous ceux que nous voyons sont voués à une mort certaine.

     C’est donc une mise en scène subjective, qui permet de susciter une émotion particulière chez le spectateur, la compassion pour les victimes, ce qui est bien contraire à l’esprit du texte, pour qui le déluge s’explique parce que « la terre était pleine de violence  …  tous s’étaient pervertis sur la terre » Gn 6, 11-12

     La vision de l’homme présentée par ce tableau est positive, aucune violence aucune perversion n’apparaît. Les hommes se sauvent sans faire tort à leurs semblables, ils s’entraident et quand la situation semble grave, l’homme de la barque qui avance sous la chute, prie et demande secours à Dieu.

     La violence vient de Dieu, le maître de la création,  est présent  dans la nature, c’est lui fait pleuvoir, c’est lui qui foudroie. On peut en effet supposer que l’éclair qui se dirige vers le fond, foudroie une ville, et que les personnages visibles sont un petit reste, les derniers survivants, pour quelques jours seulement.

     La colère de Dieu envers les hommes semble donc injuste et le choix de sauver Noé et les siens, purement gratuite.

     Mais Poussin représente sur le rocher gauche, un grand serpent qui monte pour fuir les eaux, lui aussi. Le serpent de Gn 3  le  mal et le péché, sont donc bien présents, ils sont cachés mais le cœur de l’homme est perverti et ses bonnes actions ne peuvent le sauver.

     

    Le serpent, l’idée du péché originel viennent-ils donner l’explication, la justification ?
    La prière est elle la seule voie ? Est ce pour cela que l’homme qui implore est placé au centre, qu’il reçoit pleinement la lumière ?  

    La partie gauche est orientée de façon descendante par l’oblique du rocher qui aboutit à la barque qui chavire. C’est la chute au sens propre, et au sens religieux avec le serpent. Mais cette chute se transforme soudainement en ascension, la barque se redresse permettant à l’homme de se dresser vers Dieu, de l’implorer et de se sauver spirituellement.

     Ainsi les deux verticales expriment bien le rapport des hommes à Dieu. Celle de l’homme tendu vers Dieu pour l’implorer et que son compagnon soutient, et celle de la mère tendant son enfant à son époux pour le sauver. Deux visions de la vie humaine face au malheur ? Deux voies de salut ?

    Ou simplement double mouvement qui correspond aux deux moments, aux deux situations des hommes et des barques, quand la barque vogue, il faut vivre et s’entraider, quand la barque chavire, il faut implorer. Succession plutôt qu’opposition.

     Et l’arc en ciel ? l’arc de l’alliance ? il est peu représenté mais Marc Chagall lui donne toute son importance à travers toute l’histoire du Peuple de Dieu

     

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  • LA FEMME DE L'APOCALYPSE

     

    Le texte biblique est le ch. 12 de l’Apocalypse de Jean

    Après la 7ème trompette

    12 1 Un signe grandiose apparut au ciel : une femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ;  2 elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement.

     3 Puis un second signe apparut au ciel : un énorme dragon rouge-feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d'un diadème.  4 Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. En arrêt devant la femme en travail, le dragon s'apprête à dévorer son enfant aussitôt né.

     5 Or la femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer ;

     6 et son enfant fut enlevé jusqu'auprès de Dieu et de son trône, tandis que la femme s'enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu'elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours.  

    Alors, il y eut une bataille dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le dragon. Et le dragon riposta, avec ses anges,  8 mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel.  

    On le jeta donc, l'énorme dragon, l'antique serpent, le diable ou le Satan, comme on l'appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses anges furent jetés avec lui.  

    10 Et j'entendis une voix clamer dans le ciel : "Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu'on a jeté bas l'accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu.  11 Mais eux l'ont vaincu par le sang de l'Agneau et par la parole dont ils ont témoigné, car ils ont méprisé leur vie jusqu'à mourir.  12 Soyez donc dans la joie, vous, les cieux et leurs habitants. Malheur à vous, la terre et la mer, car le diable est descendu chez vous, frémissant de colère et sachant que ses jours sont comptés."


     13 Se voyant rejeté sur la terre, le dragon se lança à la poursuite de la Femme, la mère de l'Enfant mâle.  14 Mais elle reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert jusqu'au refuge où, loin du serpent, elle doit être nourrie un temps et des temps et la moitié d'un temps.  15 Le serpent vomit alors de sa gueule comme un fleuve d'eau derrière la Femme pour l'entraîner dans ses flots.  16 Mais la terre vint au secours de la femme : ouvrant la bouche, elle engloutit le fleuve vomi par la gueule du dragon.  17 Alors, furieux contre la femme, le dragon s'en alla guerroyer contre le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus.  18 Et je me tins sur la grève de la mer.

     

     

    1 Les Beatus

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    11 Beatus peint par Facundus  en 1047

    On appelle Beatus les manuscrits espagnols des Xe siècle et XIe siècle, plus ou moins abondamment illustrés, où sont copiés l'Apocalypse de Jean et les Commentaires du moine  Beatus de Liebana mort en 798

     Ce sont des parchemins écrits et peints. La présentation des scènes sur un fond de larges bandes peintes, horizontales, ne correspondent à aucune réalité extérieure. Chaque élément est en relation directe avec le spectateur, mais n'entretient pas de relation structurale avec les autres éléments.

     
     Le dragon domine la scène, comme serpent écaillé, comme l’hydre de Lerne. La Femme Vierge Eglise représentée en orante sans enfant , elle est désarmée et vulnérable dans sa beauté céleste, couronnée d'étoile, la lune sous ses pieds et le ventre solaire, elle est figure de la Nouvelle Eve, mais aussi de l'Eglise ayant pour mission de « mettre au monde » le Christ . En haut à droite, l’enfant déjà grand est auprès de Dieu.

     En bas à droite : L'ange a enroulé une corde autour du cou de Satan,  le diable est déjà prisonnier puisqu'il  a perdu le combat, mais la queue du serpent continue à balayer des hommes pour les pousser vers ce lieu. 

     

     12  Les Beatus Osma  1086 et   de San Miguel de Escalada 960. mettent en scène des dragons d’un autre type (naga de l’indouisme)  mais la Femme reste avec son ventre solaire

     

     

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    2 AUTRES SCENES MEDIEVALES SURPRENANTES

     

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    Dragon attaque et mange enfant Musée Louvre bas relief de Senlis 1150

     

     

          

      



    Dragon-diable est chassé par Marie qui protège anonyme_italie_XV.jpg

    ainsi la femme et son enfant, cette fois la Femme est devenue Marie, anonyme Italie XV

     

     

     

     

     

     

     

     

    3 L’APOCALYPSE D’ANGERS

     

    C’est une tenture de 50 m², 140 m de long, 4 m de haut avec 84 scènes en  2 registres, chaque scène mesure 1,5 x 2,5 m. Commandée par  de Louis 1er d’Anjou, 1339-1384,  fils de Jean le Bon ,  le carton est de Hennequin de Bruges, le tissage est de Paris , entre 1373 et 1383

     

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             Scène 35 La Femme attaquée

                       St Jean est toujours observateur, à gauche, plus ou moins expressif.

                       Femme assise, couronnée, c’est une Vierge à l’enfant, le soleil est sur sa tête

    Enfant est né, nimbé, sauvé par ange, emporté vers l’autel de Dieu

                                  2 mondes : la terre toujours verte, fleurs , avec en continu le ciel au dessus de la terre,ici en rouge mais c’est une alternance,  une fois rouge, une fois bleu. Et le Ciel de Dieu entouré de petits nuages donc discontinuité

                       le dragon est un naga, mais il n’est pas au ciel

     

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             36 Michel contre dragon

                        Toujours les 2 mondes, le ciel bleu foncé est géométrisé

                       Dragon divisé en 2   

                       Anges avec St Michel qui tient la croix, superbe composition

                       Un ange explique à Jean, et lui tend le texte.

     

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             37 Femme s’envolant au désert

                       Toujours le dragon malgré le combat. Les anges donnent des ailes à la femme

                        

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             38 Dragon essaie de noyer la femme

    On voit l’eau , plus fertilisante que dangereuse, la femme vole , le dragon aussi

            

    35   Jean Lurçat, église du plateau d’Assy 1950

     

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    LURCAT 1892 1966. En 1938 il découvre la tenture de l'Apocalypse d'Angers qui est, pour lui, une révélation esthétique (ampleur et poésie) et technique (gros tissage, palette réduite, dessin simplifié). Dans cette chapelle où le Père Couturier a voulu réunir de nombreux artistes « contemporains », croyants ou non, Lurçat reprend une iconographie assez traditionnelle ;

     

    4 DURER

     

    En 1498, Dürer réalise quinze xylographies d'après l'Apocalypse de saint Jean l'Evangéliste. L'oeuvre de Dürer n'est pas un travail d'illustration commandé par un éditeur, l'artiste est le maître d'oeuvre. L'Apocalypse de Dürer est le premier livre conçu et publié par un artiste. . Il s’agit de la première Apocalypse imprimée dont l’image - en pleine page - supplante le texte, lequel n’est pas placé en regard, mais au verso du feuillet gravé. L’image acquiert ainsi une autonomie nouvelle, s’émancipe du texte écrit qu’elle est censée illustrer.

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    41 La Femme vêtue de soleil et le Dragon à sept têtes
    Dürer synthétise tous les éléments, et les temps du texte :
    la femme étoilée enceinte, glorieuse, mais elle a déjà les ailes pour fuir au désert,

     l'enfant est né et sauvé par les anges,

     le monstre menaçant l’enfant la femme, il balaie bien le ciel avec sa queue, mais il est déjà cracheur d'un flot furieux pour noyer la femme. On retrouve comme à Angers, le Ciel de Dieu et celui de la création

     

    42 Saint Michel terrassant le dragonb2-durer-st-michel.jpg

    Dürer attribue aux deux tiers de l'illustration le combat des anges qui se déroule dans l'entrelacs des nuées. La violence et l'obscurité du registre céleste sont redoublées par le contraste avec la clarté et le calme du paysage entre terre et mer.

    Saint Michel et trois anges combattent le dragon, qui s'est démultiplié en cinq bêtes très différentes les unes des autres.  La masse des anges prend la moitié de la représentation, et assomme de son poids, et par la figure éminente de Michel, les figures fantastiques reptiliennes et armées de griffes.

       Dürer dit  l’angoisse sociale et les aspirations mystiques d’une époque marquée par différents fléaux et violences, une foi exaltée est encore accentuée par le fait que l’an 1500 est proche, et que certains croient en l’imminence de la fin du monde.

     

    5 VIERGE MARIE, LA FEMME APOCALYPSE

    A l'époque des Beatus, la Femme de l'Apocalypse était le symbole de l'Eglise, mais très vite elle est devenue, l'image de la Vierge Marie

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    51  Rubens 1623 - 1624 huile sur toile col. Paul Getty  

     

    St Michel a le foudre divin et un bouclier, la Vierge à l’enfant , c’est elle qui protège, mais surtout elle est la Nouvelle Eve écrasant le serpent

     

    C’est plutôt une sorte de chute des anges combattus par Michel et Marie. Le combat est au ciel, la terre est absente

     

     54 Françoise BURTZ 

     née  à Issenheim en 1942, artiste et théologienne, vit près de la Trappe du Mont des Cats dans le Nord de la France.

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    Vierge à l’enfant + différents symboles :

    en haut : main de Dieu, agneau vainqueur,  

    en bas : dragon avec scènes chrétiennes : croix Pierre, André

     



    55 Marie étant  assimilée à cette image de l’Apocalypse, devient la Vierge Mère Reine du Ciel et on peut alors simplement ajouter soleil, étoiles et lune à une traditionnelle Vierge Marie à l’enfant Jésus.

     La lune est toujours réduite à un croissant, comme celle de Diane,  et à partir du XVI ème s. elle n’est pas sans évoquer le croissant turc dominé par la Chrétienté.

     363px-Madonna_with_Child_Clothed_in_Sunlight_1450_Pologne.jpgcucugnan.JPG

    Vierge enceinte de Cucugnan

             elle est le soleil, elle marche sur lune et serpent

     

    Virege à l'enfant mais avec lune et soleil 

     

     

    6 AVANT ET APRES

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    61 LETO ET LE DRAGON

    Le mythe : Python, le grand dragon, fils de la terre, sera vaincu et mis à mort par le fils de Léto ; enceinte par les œuvres de Zeus. Menacée par Python Léto s’enfuit    

    Le mythe grec se ressemble à Ap. 12, mais il s’en sépare à propos des points importants.  

    62 UNION EUROPEENNE

     

    Le drapeau europeurope.jpgéen : les douze étoiles d’or de la couronne de la Vierge, sur fond de bleu marial…    dessin  retenu à l'unanimité, le 8 Décembre 1955, jour de la fête de "l'Immaculée Conception" chez les Catholiques.

     

     

  • JUDITH LA VIOLENCE D’UNE FEMME

     Le livre de Judith n’existe qu’en grec, dans la version de la Bile dite de « la septante », c’est pourquoi il ne fait pas parti du canon de la Bible juive ni des bibles protestantes. Pour une introduction et un résumé voir

    http://introbible.free.fr/p2jdt.html

    Pour une lecture complète  voir http://bible.catholique.org/livre-de-judith/4147-chapitre-1

     La représentation de Judith tuant Holopherne est toujours violente, parfois difficilement soutenable.

     

    1 LA JUDIH DU CARAVAGE  1571-1610

     

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    Tableau  de 1598-1599, huile sur toile, de 145x195 cm,  Galerie d’Art Antique à Rome.

    Le naturalisme du Caravage éclate dans cette scène.

    La scène se passe dans la tente d'Holopherne, le général qui dormait est tiré par les cheveux et a la gorge tranchée par l'épée que tient Judith, à droite une vieille servante tient un sac pour recueillir la tête coupée.

    Les couleurs sont peu nombreuses. Le décor est quasiment invisible, sauf un rideau rouge, suspendu et qui par sa forme et sa couleur, ressemble à un rideau de théâtre.

     

    La principale opposition concerne l'ombre et la lumière.  

    Le clair obscur est  violent. Cela est très sensible pour le corps d'Holopherne qui est ainsi véritablement coupé en plusieurs morceaux par la lumière avant de l'être réellement par le glaive.

    La lumière est signe de la présence ou de l'action divine, elle vient de gauche et de très haut éclairant presque verticalement l'épaule de l'homme et le buste de la femme. Judith est éclairée par Dieu, ses bras guidés par Lui, elle tranche la gorge d'Holopherne qui est plongé dans l'obscurité, mais pas totalement car tout homme a une part divine. Judith n'est d'ailleurs pas totalement lumineuse non plus, son buste sort de l'ombre,  c'est son geste qui est lumineux, son visage aussi car sa détermination est fondée sur sa foi.

    Quatre éléments semblent former un vrai instantané, mais ne sont qu'une reconstruction du peintre : le visage  d'Holopherne hurlant de douleur, les yeux révulsés, essaie de voir ce qui se passe, ses mains prennent appui pour se relever, sa tête déjà à moitié coupée, vacille..

    Le visage de Judith est tendu, une ride au milieu du front pour marquer un certain dégoût, qui est sensible aussi par la distance qu'elle garde par rapport à Holopherne. Quant à la servante son visage exprime la stupéfaction par les yeux et le dégoût par la moue, ses mains semblent prêtes à se saisir de la tête, ou plutôt à recevoir  cette tête que Judith va lui tendre.
     
    Le peintre traduit particulièrement bien deux expressions de la prière de Judith, « jette un regard sur l'oeuvre de mes mains » et « fortifie moi »au v. 7.  .  

    En conclusion on peut dire que ce tableau oppose la fragilité de la pure et pieuse jeune veuve à la force bestiale et lubrique d'Holopherne. Dans la bible, la veuve est toujours une femme faible qu'il faut protéger, mais ici, elle va se révéler être plus déterminée et forte que tous les hommes de Béthulie. Forte, mais de la force de Dieu, qui agit à travers l'action de Judith, il intervient en lui donnant la force, le courage, la détermination, Il intervient en rendant temporairement impuissant le général aviné (mais cela n'est pas sensible dans l’œuvre), et l'impossible se réalise, la femme frêle tue l'homme brutal avec sa propre arme, elle vainc par ruse et détermination et elle sauve son peuple. Par là elle rejoint David tuant Goliath et comme lui elle peut rentrer chez elle avec la tête de l'ennemi du peuple. Victoire de la piété et de la foi d'une seule, qui permet de libérer tout le peuple

     

     

    2 JUDITH VUE PAR DES FEMMES

     

    Les Judith d’Artemisia Gentileschi (1593-1654)
    Judith et Holopherne, vers 1612-1614 Huile sur toile - 159 x 126 cm Naples, Capodimonte, Cette version est la seconde, un peu assagie par rapport à l’ouvre de Florence.

     

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    Artemisia  a souvent représenté Judith, au moment de la décapitation mais aussi dans d’autres moments, avec sa servante. On a souvent mis en relation cela avec la vie personnelle de l’artiste, qui fut violée par son maître puis dut subir un procès honteux et pénible. Mais d’autres femmes peintres ont aussi traité ce sujet, le fait de choisir une femmes forte, indépendante voire violente, manifestant  une sorte de revanche féminine face à l’exclusion sociale auxquelles on voulait condamner les femmes peintres.

    Judith tuant Holopherne a été représenté deux fois. La première version, celle de Florence est particulièrement violente, celle de Naples, un peu moins.

    Artemisia s’est inspiré du Caravage, mais en changeant de format, elle densifie l’action. Les forces sont descendantes, les femmes se mettent à deux,  la tête d’Holopherne est toujours au centre (à Florence) mais elle est tout en bas, le corps renversé. La force conjointe et la détermination des 2 femmes renforcent le caractère féministe de ce tableau. Le décentrage de la version de Naples et les riches vêtements de Judith,  atténuent un peu la violence.

     

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     Judith et sa servante Abra avec la tête d’Holopherne, vers 1640-1645 Huile sur toile - 235 x 172 cm Cannes, Musée de la Castre
     

    Judith et sa servante Abra avecla tête d’Holopherne, 1617-1618 Florence, Palazzo Pitti,  Galleria Palatina


     Voici 2 œuvres celle da gauche date de 1625, elle est à Detroit, la seconde date de 1618, elle est à Florence-Pitti. La décapitation terminée, les 2 femmes quittent la tente, en éteignant la bougie, puis en écoutant les bruits. Cela donne une idée de la volonté narrative d’Artémisia. Deux choses me frappent : le port maladroit de l’épée, Judith ne sait pas quoi en faire. Et aussi le regard : Dans celui de gauche, Judith, cache la lumière pour mieux regarder le casque d’Holopherne, il est coupé sur la reproduction mais bien visible sur l’original, le signe de sa puissance, devient un objet de dérision, un signe de la victoire de Judith. A droite les 2 femmes regardent l’obscurité, elles se retournent pour entendre et voir, quoi ?  un signe de Dieu ? Dans les 2 cas la solidarité est grande entre maîtresse et servante, ce qui est assez original.

     

     Judith de GIULIA LAMA 1681 1747 Venise

    Femme peintre  très active à Venise. Une adepte du clair obscur

     Cette fois, le corps d’Holopherne est exposé, celui d’un mort ? celui d’une victime sacrifiée ? La lumière créé un drame, elle a déjà mis la tête dans l’ombre, comme si elle était coupée.  

    Judith est en prière, la prière avant l’exécution mais l’absence de l’épée rend la scène douce, on pourrait croire à une veillée funèbre.  Judith regarde le ciel et  ses mains se joignent, celles qui prient vont devenir celles qui tuent. Que demande  Judith ? la force ? ou que la décision s’éloigne ?

     

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    3 JUDITH LA JUSTICIERE

     

    Lucas CRANACH l’Ancien  1472 – 1553  a peint toute une série de Judith, toujours dans la même position, seul le vêtement et le visage changent.

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    Fière  de son acte la Judith de Cranach n’a aucun remords. L’épée fièrement dressée dans sa main droite, la main gauche crispée pour tenir la tête tranchée de celui qu’elle vient de tuer, elle apparaît comme la "justicière" qui n’a fait que son devoir. .  

    Dans le contexte des années 1530 Cranach le peintre du duc de Saxe, représente Judith comme une riche  patricienne saxonne, Cranach le luthérien fait de Judith un symbole de la résistance contre l’empereur catholique. Une résistance qui sera victorieuse.

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    Valentin de Boulogne (1591-1632) 1626

           La justicière a air farouche, le visage défait par son action, mais elle marche vers l’avenir et en appelle au Ciel, pour nous montrer qu’elle a fait justice.

             Trois verticales et une diagonale, négative  c’est la punition du Ciel, qui s’est abattu sur Holopherne

          

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             Opposition entre la beauté de Judith et la laideur de la tête d’Holopherne. Le geste est terrible, il ne montre aucun respect envers le mort, Bien que douce par le regard,  elle écrase l’hydre, elle est une sorte de St Michel.

     

      

     

    4 JUDITH LA SENTIMENTALE

     

    VERONESE

    Judith et Holopherne 1581 Huile sur toile, 231,5 x 273,5  Kunsthistorischesmuseum, Vienne

     

    1580 Paolo Veronese (1528 - 1588) Judith with the Head of Holofernes c.1580.jpg

     

    Judith a relevé la tête pour faire face à sa servante, mais son regard se perd dans le vague. Dans le triangle qui relie les trois visages de cette œuvre s’inscrit toute son intensité dramatique.  

    La tendresse dans la façon dont ses paumes caressent la tête qu’elles tiennent et semblent attirer contre la poitrine de la meurtrière. L’arrondi sensuel de ses bras confirme ce sentiment ; nulle raideur, nulle crispation dans l’attitude de Judith ; la criminelle a les mêmes gestes que l’amante. Par ce choix de composition, Véronèse nous entraîne dans une méditation sur l’ambiguïté de la nature humaine.

      Comment ne pas être profondément touché par ce regard perdu, mouillé de larmes, aux paupières légèrement baisées ?  

     

     Bernardo CAVALLINO  1616 1656  Musée National, Stockholm

    Tableau de 1640 1640 Cavallino, Bernardo (1616 - 1656), Judith avec la tête d'Holohern​e,.jpg

    Judith a perdu de sa superbe, c’est une femme simple sans bijoux, elle nous regarde, elle nous prend à témoin, elle exprime la douleur , elle tient son épée basse, elle exprime un sentiment de détresse, de compassion ?

    Le clair obscur la partage, met en lumière Holopherne

     

     

      

     

     

     

     

  • JESUS ET LA SAMARITAINE

     

    Fatigué du chemin, Jésus était assis tout simplement à même au puits. C'était environ la sixième heure.  Arrive une femme de Samarie pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : ''Donne-moi à boire.''  Ses disciples, en effet, étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger.   Mais cette femme, cette Samaritaine, lui dit : ''Comment ? Toi, un Juif, tu me demandes à boire à moi, une femme samaritaine !''   Jean 4, 6 à 9  mais il faut lire toute la scène Jean 4, 1 à 43

     

    La rencontre entre un homme et une femme autour d’un puits, la bible connaît d’autres rencontres au puits.  

     2 Jacob_rachel_424780168_273076_sebastiano-conca.jpg

    Jacob et Rachel    Livre de la Genèse chapitre 29 Dès que Jacob eut vu Rachel, la fille de son oncle Laban, et le troupeau de son oncle Laban, il s'approcha, roula la pierre de sur la bouche du puits et abreuva le bétail de son oncle Laban.  Jacob donna un baiser à Rachel

      

    Sebastiano Conca 1680-1764

     

     

    3 moses_Ricci.jpgMoise et la fille de Jethro    in Exode 16  Le prêtre de Madian avait sept filles. Elles vinrent puiser et remplir les auges pour abreuver le troupeau de leur père. Les bergers vinrent les chasser. Alors Moïse se leva pour les secourir et il abreuva leur troupeau

     

     Sebastiano Ricci 1659-1734

     

     

     

    1 Murillo Eliezer et Rebeccarebecca.jpgEliezer et Rebecca                   Genèse 24   Rebecca sortit, sa cruche sur l'épaule … Elle descendit à la source, remplit sa cruche, et remonta.  Le serviteur [Eliezer] courut au-devant d'elle, et dit: Laisse-moi boire, je te prie, un peu d'eau de ta cruche.  Elle répondit: Bois, mon seigneur. Et elle s'empressa d'abaisser sa cruche sur sa main, et de lui donner à boire

      

    Murillo 1618-1682  

     

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    Poussin 1594-1665

    Eliezer et Rebecca de chaque côté du puits évoquent bien Jésus et la samaritaine





    L’homme (en tant que masculin) étranger passe presque par hasard, mais ce hasard est comme la trace de la main invisible de Dieu qui semble diriger les événements pour faire advenir un mariage. Le lieu   « puits » est  chargé de symboles ; l’eau du puits est porteuse de vie et de fécondité pour les troupeaux et pour les humains : le serviteur d’Abraham y rencontre Rébecca qui deviendra la femme d’Isaac, Jacob tombe amoureux fou de Rachel qu’il épousera  ; Moïse recevra comme femme Siphora, une des sept  qu’il a défendues contre des bergers

    La main de Dieu met sur la route de l’étranger une bergère pour qu’elle devienne porteuse de la vie. Dans le texte de Jean, Jésus et la Samaritaine, lui aussi passe aussi par hasard, et comme Eliezer il demande à boire, mais la situation s’inverse et c’est Jésus qui donnera l’eau vive à la femme.

     

     

    LE CHRIST ET LA SAMARITAINE

     

                Cette scène est présente dans les premières représentations chrétiennes, dans l’église de Doura Europos  et dans les Catacombes romaines avec autres scènes de salut.

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    Très vite en Orient,  se structure un modèle : le Christ est assis, la femme debout, de chaque côté de l’eau ou du puits. Dans la fresque géorgienne, le puits est remplacé par la cruche donnée par la femme à Jésus, mais placée de telle façon que l’on peut aussi comprendre que c’est lui qui donne à boire. Magnifique échange.

      2 Jesus_and_the_Samaritan_woman_(Jruchi_Gospels_II_MSS,_Georgia,_12th_cent.).jpg            Christ_anв_Samaritan_woman_(Monreale).jpg

             

     

                             

              






      En occident les artistes reprennent la tradition orientale du puits central avec Jésus et la Samaritaine de part et d’autre, mais la scène se contextualise par le paysage : la ville de Sychar et le mont Garizim où les Samaritains adorent Dieu, et d’autres éléments du récit sont introduits.  Dans ce tableau de Francesco Botticini (1446 - 1497) les apôtres qui arrivent de la ville sont bien représentés, on dirait qu’ils dansent, du moins le groupe du fond. Devant Pierre tient les pains. L’œuvre prend donc une valeur sacramentelle : l’eau du baptême et le pain de l’eucharistie, tout cela dans une ambiance festive, celle du Royaume. Au fond la foule accoure vers cette vie nouvelle, et elle est menée par la Samaritaine qui est devenue une disciple. Le temps d’adorer sur la montagne est fini, il faut venir adorer en vérité grâce aux deux sacrements.

                       

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           Francesco Botticini (1446 - 1497)

                           

     Voici quelques œuvres que l’on peut interroger avec quelques les questions suivantes :

                Le paysage et  la ville

                Le puits et l’eau

    La position du Christ et de la femme

                La rencontre et le dialogue

                Les disciples qui arrivent : attitude, nourriture

     

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    Juan de Flandes vers 1460- 1510

    Le mont Garizim est bien visible,  mais pas de ville. Jésus arrive, la femme ne l’a pas vu, il n’est pas reconnaissable pour elle, ni pour nous, la scène commence.
    L’eau  est bien visible, elle coule. Le puits est surmonté d’une sorte de potence. Allusion au supplice de Jésus, à la passion tandis que l’eau qui coule renvoie au baptême. On peut y voir une image de  Jean.19, 34 « un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l'eau. »

     

     

     

     

     

     

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    Jacques Stella 1596-1657  

    L’eau coule de la même façon mais cette fois le contexte antique est souligné par l’architecture et le dialogue s’engage, Jésus assis ouvre un avenir à la femme (diagonale vers le haut et la droite). Certains y voient comme un scène de séduction.

     

                 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Philippe de Champaigne,1602 -1674  pour les carmélites jansénistes du couvent St Jacques

    La ville et le puits existent mais les personnages occupent presque toute la surface, le bleu obtenu avec du lapis lazul perce le tableau.  Nous sommes au ciel. 

     
    Le peintre  semble insister, par les attitudes, sur ce qui sépare les deux personnages. Le Christ développe son discours sans égard particulier pour la jeune femme, qui  sur le point de repartir (main et pieds). Cela permet de placer plusieurs moments du dialogue dans cet échange.

     

     

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    Rembrandt 1606-1669

     

    Le contexte est très visible mais peu samaritain, le peintre actualise. La femme est au centre, immobile, les bras croisés, elle écoute elle médite. A gauche Jésus est incliné comme s’il la saluait, la main sur la poitrine, il demande, propose. Le puits devient une cuve baptismale, et à droite les apôtres  commentent.

     

     Siemiradzki-Chrystus_i_Samarytanka.jpg

     

     

       








    Henryk Siemiradzki 1843-1902 est un peintre polonais vivant en Ukraine, il cherche un certain réalisme oriental : paysage, fontaine-puits, oliviers. La aussi Jésus estMarthe marie Henryk_Hector_Siemiradzki_SIH012.jpg en position de demande alors que la femme est assez distante. Mais au centre le puits et donc le baptême. On peut comparer cette image avec celle de Jésus chez  Marthe et Marie, le peintre prend le même contexte, les mêmes modèles mais Jésus est au centre et il enseigne, domine Marie.

     

                     

         

    redon_francfort.jpgRedon 1840-1916

     

    Cette représentation est un face à face, sans lieu ni date,  le contexte a disparu. La samaritaine découvre le Christ. On peut le voir comme le ressuscité lumineux mais aussi ne voir que sa tête au dessus du puits, resplendissant de la lumière de la grâce, quant à la cruche rouge , elle devient une sorte de matrice, signe de fécondité donnée par l’eau et par la rencontre.

     

     

     







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    Daniel Bonnell est un peintre américain contemporain en 1955.

    Là aussi, nous sommes dans un face à face mais avec des références orientales. La femme médite, prie, se regarde dans l’eau de la cruche. L’eau est donnée à Jésus et aussi reçue par la femme. Un Jésus en prière qui comme chez Rembrandt est discret, demandeur. Une méditation priante sur le baptême.

     

  • BETHSABEE

     

    Le récit concernant Bethsabée et David se trouve au 2d livre de Samuel ch. 11 et 12, vous pouvez y accéder

    http://www.info-bible.org/lsg/10.2Samuel.html#11

     

    Que représenter ? une histoire biblique ou une situation  morale, celle du désir ?  

    Je suis ici l’exposé "Désir du danger" ou "danger du désir"? par Alain COMBES  http://www.flte.fr/pdf/pdf245.pdf?PHPSESSID=a62d5a5cc3c9cdf3d24c324f17e1e747

    Dans le récit biblique, quelle est la part de responsabilité de Bethsabée dans le désir de David ? Derrière cette question anecdotique, il y a la question récurrente, encore actuelle, de la séduction, de la culpabilité de l'objet du désir.

    Le "désir du danger", c'est quand on provoque le désir de l'autre, tout en sachant les conséquences de cette attitude. Le "danger du désir" c'est quand on laisse le désir grandir en soi et ainsi, on prend le risque de succomber.

    Le XVIe siècle a débattu ce sujet. En voici un témoignage dans trois illustrations bibliques du monde luthérien. 

     

    Hans_Luft_1534.jpg

    La première image publiée dans la Bible éditée par Hans Lufft en 1534, a été dessinée dans l'atelier de Cranach selon les indications de Luther

    Une Jérusalem de légende, Bethsabée, de dos, est occupée à sa toilette avec deux servantes. On ne voit rien de sa nudité, à peine l'ombre de son mollet. Aucun des trois personnages ne s'aperçoit que le roi se trouve sur la terrasse et la regarde.

    Bethsabée est ici, totalement innocente du désir de David.

      la présence des cygnes sur l'eau. Deux d'entre eux, en vis à vis, disent peut être la suite de l'histoire : le face à face intime entre Bethsabée et le roi.  

     

    Dans cette image, Bethsabée semble donc victime de la séduction royale.

     

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    La deuxième image

     Elle a été dessinée par Virgil Solis et apparaît quelques années après la première dans l'illustration de « Figures de la Bible »

    Bethsabée est peut-être encore ici une femme "pure". Pourtant nous pouvons observer quelques variantes :   

    La jambe de Bethsabée est nettement plus haut levée et une servante regarde le roi installé sur le balcon. On est donc conscient de la présence d'un témoin.

    Sur le côté, une table est dressée avec une collation. Le bain n'est plus rituel mais s'inscrit dans un moment de détente champêtre.

    Sur la table on peut voir un double signe représentant un "9" et un "6". Il   rappelle les commandements : le 9e la défense de la convoitise, le 6e la défense de l'adultère.

     la prude Bethsabée ne semble pas vraiment séductrice, on trouve néanmoins, sur "sa" berge, dans son univers, la marque des deux commandements qui vont être transgressés.

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    La troisième image

    La troisième image est l'œuvre du dessinateur zurichois Jost Amman et apparaît en 1564     

    Bethsabée ne semble vraiment pas accomplir un rite religieux en prenant un bain rituel. Les jambes, découvertes et haut levées ne doivent pas cacher grand chose de son intimité au regard de David, tout là-haut sur la terrasse. L'eau coule dans le bassin par la gueule d'une fontaine en forme de dragon.

    Bethsabée se regarde dans un miroir en se caressant le visage, de toute évidence, elle se préoccupe de sa beauté et sa posture est plus celle d'une courtisane que de la chaste épouse de l'officier Urie.

     Le réformateur Konrad Sam, en 1534 dira : «les femmes sont toujours Eve, elles séduisent les hommes et tiennent toujours la pomme dans la main.»  Effectivement, on voit bien ici le rôle que l'on prête à cette femme : celle de "la femme", tentatrice depuis le jardin d'Eden.  

    On est donc passé d'une simple illustration de l'épisode biblique centrée sur l'abus de pouvoir d'un roi, à la leçon de morale qui dédouane un peu l'homme de sa convoitise, fragile comme il est devant la séduction active de la femme.

    Mais ces éclairages ne rendent pas compte de l'autre aspect de l'histoire : le crime abominable de David qui fait tuer le mari de Bethsabée. Ce point n'est pas mineur !

    Finalement, placer l'éclairage sur le péché de meurtre ou celui d'adultère, n'est pas innocent au XVIe siècle. Les regards sont orientés soit sur la politique et les abus de pouvoir qui caractérisent cette période, soit sur la vie quotidienne des fidèles et le souci pastoral de morale sexuelle.

     

     

    Deux peintures de RUBENS et REMBRANDT

     

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    RUBENS, Pieter Pauwel, Bathsheba at the Fountain,c. 1635, Oil on oak panel, 175 x 126 cm, Gemäldegalerie, Dresden

    REMBRANDT Harmenszoon van Rijn, Bathsheba at Her Bath,1654
    Oil on canvas, 142 x 142 cm
    Musée du Louvre, Paris

     

     

    La lettre envoyée et reçue n’est pas dans le texte, « David envoya des émissaires et la fit chercher » (II Samuel, 11, 4), la lettre est une invention de la renaissance

     

    Comparons les 2 œuvres

               

     

    Rubens

    Rembrandt

    Composition

    Horizon 1/3 supérieur

    Construction sur diagonale

    Lignes ascendantes vers droite

     

    Espace ouvert

      

    Horizon 1/3 supérieur

    Construction sur diagonale

    Lignes ascendantes ou descendantes  vers gauche

    Espace clos

     

    Couleurs

    Gamme chaude  + rouge passion

    bleu du messager

    Gamme chaude mais rien de vif

    Lumière et regard

    Lumière de droite

    Elle regarde vers gauche  = passé mais son corps est tourné vers droite= avenir, ce qui suit la construction en diagonale

    Lumière de gauche

    Elle regarde vers gauche et le bas = passé, ce qui inverse la construction en diagonale

    Détails

    Toilette sans référence rituelle, préparation par le haut, exaltation plaisir

    Bijoux

     

    David présent

    Servante jeune enjouée

    Toilette préparation par le bas= purification

     

    Bracelet = équivalence alliance , rappel mariage à Urie

    David absent

    Servante vieille sérieuse

    Décor

    Baroque et maniériste : chien signe fidélité et intimité, messager exotique

    Il remplit l’espace, dispersion

    Peu visible, grand tissu précieux

     

     

     

    L’espace semble vide, concentration

     

    Rubens nous montre une Bethsabée insouciante et sensuelle, presque déjà frivole, en train de recevoir l'invitation du roi David pour le soir même au palais. Alors que Rembrandt montre une femme marquée par

     

    Le Contexte explique aussi le contraste entre ces 2 œuvres

     

    En 1635 lorsque Rubens réalise sa toile Bethsabée au bain il a 58 ans.

     Après le décès de Isabelle Brandt, en 1626, il épouse en avril 1630, la jeune Hélène Fourment, alors âgée de 17 ans. Sa vie familiale est heureuse, femme et enfants se portent bien. 

     

    Rembrandt connaît le Rubens,

    En 1654 lorsqu'il réalise Bethsabée Rembrandt est âgé 48 ans. Il a perdu trois enfants, sa femme Saskia  décède de la peste en 1642, laissant Rembrandt seul avec son cadet, Titus. En 1654 la situation financière   est très chancelante. Il vit avec Hendrickje Stoffels, sa servante et sa compagne  qui lui sert de modèle

     

     

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    « BETHSABEE TENANT LA LETTRE DU ROI DAVID » 1654
    huile sur toile, 142 x 142 cm Musée du Louvre, Paris

     

    Décor :   la toile a goudronné, faisant ainsi pratiquement disparaître le second plan, dans un ocre-brun très sombre virant au noir,

     l’on ne distingue presque plus l’étagère du fond , le volume somptueux de l’étoffe,  or de la toilette entassée qui revêtait, quelques instants auparavant, Bethsabée.

     Corps nu :

    Ce corps nu doré a d’une lumière qui semble émaner de lui, Rembrandt  est parvenu  à peindre le corps d’une femme aimée dont la beauté transcende les imperfections.

    Les volumes  et  la lumière soulignent  le ventre et la poitrine. C’est la beauté d’une femme, dont la chair était illuminée   par la promesse d’une grossesse future

     

    Psychologie : désarroi pathétique dans lequel la plonge l’amour que lui porte le roi David

    le regard de Bethsabée : le recueillement et la gravité   : celui de l’adultère meurtrier, et donc de sa faute, dans lequel l’entraîne inexorablement l’amour que lui porte David ;  la nostalgie d’une pureté perdue, qui s’abandonne à un destin qui la dépasse (elle est l’ancêtre du Christ)

     Lettre : le roi lui fait-il l’aveu de son amour ou lui apprend-il la mort d’Urie, 

     Servante et lavement pieds :  est-ce une  allusion au lavement des pieds des apôtres par Jésus, de la descendance de Bethsabée ?

     

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     Paul VÉRONÈSE  1528 -  1588   Bethsabée au bain 

    Musée de Lyon vers 1575 Huile sur toile H. 2,32 ; L. 2,42

     

    Une intrusion masculine dans l’espace intime d’une femme. Véronèse a partagé la scène en deux parties contrastées, tout en reliant les espaces par un jeu subtil d'accords colorés et un puissant clair-obscur. Deux scènes bien distinctes: d’un côté, c’est l’harmonie architecturale, de l’autre, la relation entre deux figures.

     

    A droite : palais et jardin clos bien ordonnés, un groupe de personnes avec le double du vieillard, mais ciel noir menaçant

    A gauche : un coin dans l’ombre, isolé, abris des regards mais sur lequel tombe aussi la lumière,

    Bethsabée, se prépare au bain, mais n’a pas les cheveux défaits,

    elle est surprise, cf. son pied crispé, sa main droite , voire son oreille rouge

    elle remet son manteau mais pourquoi le geste sur son sein, on croirait qu’elle va allaiter ?

    Elle est en bleu, couleur de la chasteté, de la fidélité

    David debout, menaçant ? essaie de la convaincre ou plutôt lui donne des ordres

    Il  porte la cape d'or à gros boutons caractéristique des doges de Venise. opposition au bleu discret de Bethsabée.

     

    Il est bien question d’érotisme entre eux. Car si les corps sont recouverts, la statue qui surplombe l’action, rappellent ce qui reste caché. Et l’oreille rouge, le pied crispé et la main jouant avec le filet d’eau parlent pour la jeune femme.

    Regards : elle vers le haut et la droite : positif, tourné vers avenir

    Lui tourné vers la gauche et le bas : négatif, passé. Il casse le regard de Bethsabée ,  il inverse son avenir

     

     

    Mise en scène : Il semblerait que David, suivi de sa cour, se trouve dans la partie droite du tableau. Or, l'émissaire porte le même manteau qu'un personnage sous les colonnades : les deux scènes sont-elles simultanées, ou liées dans une logique narrative ?

    Le jardin représente la demeure du roi, ou celle de Bethsabée ?

     

    Décor : Fruit orange, rappel du péché originel, s’oppose à la statue pour laquelle le péché est inconnu ?

    aiguière et  coffret : Les armoiries représentées  la célébration d’un mariage ou d'une alliance entre deux puissantes familles

     

    Statue  concentre l’ambiguïté de la scène: son cadrage met en évidence l’érotisme d’un corps pas si minéral que cela, et la tête de Bethsabée est singulièrement placée sous ce témoin si provocant, qu’à la Cour de Louis XIV, où le tableau est vite parvenu, on lui a ajouté une tête et des bras afin d’éloigner le moindre doute ; car prêter la vie à cette effigie, ce serait mettre en doute la vertu de BethsabPaolo_Veronese_001.jpgée.

     

    En 1991 a été fait le choix de retrouver le format initial, tout en gardant l'agrandissement derrière le cadre actuel. Mais l’agrandissement n’est pas innocent, il donne tête et bras à la statue

     

    Le titre a changé au cours des siècles. Tantôt c'est Bethsabée et David et tantôt Suzanne et les vieillards.   Voici deux histoires dont l'une aboutit à un adultère et l'autre au contraire, à une accusation non fondée d'adultère

    Pour Joséphine Le Foll, le tableau de Véronèse est à la fois Suzanne et Bethsabée.
    Le thème de Suzanne est présent à travers la fontaine et la présence d'un vieillard ;  alors qu'ils sont d'habitude plusieurs. Si on prend le couple Bethsabée et David, ce dernier n'est pas représenté vieux et il ne vient pas à Bethsabée mais lui envoie un jeune messager.
    Il y a peu de chance pour que Véronèse n'ait pas compris la différence entre les deux personnages, c'est le commanditaire qui a du déterminer l'iconographie du tableau. Il a été commandé à l'occasion d'un mariage et le thème en était l'adultère. Le thème commun qui rassemble Bethsabée et Suzanne est celui de l'adultère et de la justice.

     

     

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    CHAGALL David et Bethsabée

     

    Lithographie  papier : 35x26 cm - image : 35x26 cm
    Année : 1956  Dimensions 50 x 70 cm

     

    Description :

                Visages : fusion ou confusion du couple

    Ils sont dans la lumière, le blanc du mystère divin ?

    Les anges : médiateur ? Cupidon selon Théodore de Bèze, cela concerne l’adultère et  le meurtre, mouvement vers le passé ? couleur rouge de la passion ?

    Nathan  en haut est  en bleu, couleur du ciel, il tient la Loi, les commandements, il arrête l’ange

                La main ? celle de Dieu qui ouvre un avenir ? couleurs ?

     le visage de Bethsabée est aussi tourné vers l’avenir, alors que David semble prendre à témoin le spectateur

               

     

    On peut rapprocher cette image d’une lecture de Gn 2, 24 « ils seront une seule chair» par la Kabbale : le texte renvoie à l’union physique et à l’union à Dieu. Le mariage et l’union charnelle sont la reconstitution de l’unité, de l’image de Dieu avec ses 2 aspects, féminin et masculin, et de l’unité de l’humain avant sa séparation en 2 parties séparées.

    Les bons mariages sont la rencontre des 2 parties androgynales de l’âme, mais il y a de mauvais mariages où les âmes sont unies à d’autres que celles qui leur étaient prédestinées, Bethsabée était destinée de toute éternité à David,  c’est un « mariage retardé ».