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Art et Bible - Page 13

  • LES MAGES

     

     

     

    Le texte de référence est celui de l'Evangile selon Matthieu au ch. 2

    Les images sont moyennes cliquez dessus pour les voir en grand


    Les mages sont traditionnellement représentés selon un cycle

            

    st alaban etoile.JPGst alban adoration.JPGst alban herode.JPG

    St Alban reve.JPGStAlban retour.JPG

    Psautier de St Alban XII , abbaye de St Alban en Angleterre

    Cycle des rois mages au MA : les mages et l’étoile, les mages chez Hérode, l’adoration du messie, le rêve, le retour

     

    Quels sont les éléments et la  composition de la scène d’adoration

             5 mages mosaique.jpg

             1 Des mages perses : des païens à mauvaise réputation,

                       Costume perse : tunique courte, pantalons collants, manteau et bonnet phrygien comme les prêtres de Mithra

            



    Egbertcouleur.jpg2 Des mages devenus des rois : dès le IIIe s. chez Tertullien, à cause des cadeaux qui sont royaux,  mais c'est surtout  a dimension politique qui est recherchée. Le pouvoir est sacré s’il est chrétien, le roi céleste est adoré par les rois terrestres dont les mages sont les devanciers.

    Au XIIe s. l’empereur du St Empire découvre les "trois corps saints"à Milan, (on dit qu'ils sont venus de Constantinople où Hélène les avait placés) il les met à Cologne, dont l’archevêque sera désormais celui qui donne couronne impériale

     3 Les éléments messianiques : Une étoile

          Le texte dit "astre" mais tous comprennet "étoile" Laquelle ? Sur la miniature ci dessus :     8 branches = 7 + 1 perfection + 1 = vie nouvelle  , comme les baptistères octogonaux

            Giotto etoile.jpgLa comète de Haley de 1301 est utilis"e par Giotto en  1304

     

    Les Rois Mages suivant l´étoile à sept branches. Le chrisme au-dessus a pour centre cette étoile.jpg




    Mais dans l'Antiquité, le chrisme domine l'étoile à 7 branches , c'est le signe divin qui compte plus que l'étoile . Le chrisme au-dessus a pour centre cette étoile  detailRogier_van_der_Weyden._Retable_de_Middelburg._Les_trois_Mages._Detail._c.1445-1448._Huile_sur_bois._Gemaldegalerie_Berlin_Allemagne._jpeg.jpg

     Les flamands renouent avec tradition du chrisme : enfant étoile de van der Weyden 


     



    4 Les éléments messianiques : Bethléem

           

    manteg18 detail.jpg  bosch copy.jpgbethlem eglise.jpg

    Mantegna, Bosch et mosaïque vénitienne

    La ville n’est pas très visible mais on a plusieurs lieux : soit la grotte, soit l’étable mais aussi l’église et le palais en ruines du paganisme, alors que le texte dit simplement "maison"

     

    Combien de mages ?

          bartolo 4 mages.jpg  

    On trouve 12 mages en Arménie, parfois 2 ,  3 l'emporte vite (selon le nombre des cadeaux) mais encore 4 sur cette image de Taddeo di Bartolo







    Les 3 âges :

    fra angelico.jpg                 Fernandes, Vasco (c. 1480-c. 1543) 2.jpg

     

     

     Fra Angelico et Vasco Fernandez

    Tous le même âge ou les 3 âges de la vie: vieillard, l’homme mûr et jeune imberbe

       D’où viennent les noms ? : Gaspard Melchior et Balthazar chez moine mérovingien VI s. 

    Gaspard  peut être roi indo-parthe

    Melchior  nom assyrien, « mon roi est ma lumière »

    Balthazar « O Bel garde le roi » babylonien

         

    Les 3 continents : selon les 3 fils de Noé,

               Durer5  Mages Durer.jpg

             Japhet Melchior = Europe

             Sem Balthazar = Asie

             Cham Gaspard = Afrique le noir est le plus jeune car Afrique nouveau continent, son apparition dépend des lieux, tardif en Italie,

            


     

    Le roi noir est lié aux autres noirs qui apparaissent dans l'iconographie, précocement en Allemagne , tardivement en Italiegrien detail.jpg

     peinture d’Hans Baldung  Rois et st Maurice (martyr du Valais, soldat de la légion thébaine en  Afrique = noir)

            


    Fernandez indien viseu.jpg

    Avec la découverte Amérique , le chef indien peut devenir un 4e mage, mais cela ne durera pas


      cathédrale de Viseu Portugal

     



     

     Les 3 offrandes

     

    Adoration of the Magi. 5th CE. Early Christian. Cypress wood  detail.jpg    marbre detail.jpgrubens24 det.jpg

     sarcophage, marbre italien, Rubens

    Les cadeaux sont  indifférenciés, puis différenciés au point de devenir des objets de collection

    Quelle signification ? Or, encens et Myrrhe

    dès Irénée IIe s. myrrhe condition mortelle, encens pour Dieu, or pour le roi 

    Puis sens moral Maurice de Sully XIIe : la foi resplendit comme or, l’espérance est la bonne prière qui monte comme l’encens et la myrrhe est la charité dont les bonnes œuvres protègent de la corruption du péché ;

    Chez Luther : or est la miséricorde, l’encens la prière, et la myrrhe la pureté, donc les 3 vertus du bon chrétien

     

    Pour un vrai roi : Quelle adoration ?

     

     

     

    fouquet_01.jpg   Early Byzantine, early 6th century. A BM London.jpg   

      ivoire byzantin,   Fouquet

    D’abord cortège rapide, portent offrandes avec mains voilées, parfois  proskynèse pour le 1er

    Occident : hommage féodal, genou en terre ;

     puis fin XIII le vieux roi baise les pieds de Jésus,  il dépose sa couronne  ensuite 2 à genoux baisant pied et main

        

            

    Le contexte

           Celui du peintre Pierre Breughel : la Hollande du 16ème pieter-bruegel-l-adoration-des-rois-mages.jpg


                  

     L'adoration représentée dans les trés riches heures du Duc de Berry.jpg L’orientalisme imaginé : frères Limbourg, Heures duc de Berry

                     

     




                  

         

    Utilisation historique : Bottiboticelli.jpgcelli toute la famille Médicis : Cosme, ses fils Pierre et Jean, ses petits fils Laurent le Magnifique et Julien, des artistes dont le peintre à gauche dans manteau

                      





    1915 mages_entier_web.gif


     Utilisation politique : propagande Noël 1915 , peinture anonyme française présente au Musée de la Grande Guerre de Péronne, les rois sont Guillaume II , François Joseph et sultan Mehmet V, à droite Reims brûle, à gauche Jeanne d’Arc

     


    Quelques  œuvres

              Jérôme Bosch

    bosch copy.jpgPartie centrale du tryptique de Madrid, vers 1510

    Des arrières plans à la fois réalistes et imaginaires : ville, tours, armées qui se rencontrent

    Une vierge  en majesté, et 3 rois « classiques »

    Références à AT sur objets des rois : sacrifice Abraham en bas à droite, reine de Saba sur vêtement central, hommage d’Abner à David sur boule du roi noir

    Ce qui cloche : les bergers ont peur, ils regardent par effraction

                       3 personnages sortent de l’étable : un « fou »nu cape rouge, plaie à la jambe, derrière lui une trogne et un noir ? et si c’était les rois  « inversés », les forces sataniques déclenchées par la venue du messie  

              

         Arcabas triptyque, église de la Tour du Pin 2001arcaba10.jpg

    Simplicité du groupe Marie Joseph, une jeune Allemande aux pieds nus, un paysan en jean

    Structure classique des 3 rois avec diadèmes, mais l’un fait carnaval, et pourquoi importance du garçon de gauche, avec auréole, la seule

    Référence à l’avenir, l’agneau et les croix imbriquées dans la mangeoire …


    Rubens

    Des hommes regardent , masse anonyme, sombre descendante, tous renfermés. En opposition de jeunes enfnats rayonnants. rubens24.jpg

    3 rois qui se tournent peu à peu, ils sont lumineux mais vont vers une lumière encore plus grande

    Une mère et un enfant bien réels, une tendresse qui est partagée avec le vieillard. Lui adore un enfant qui joue , on est dans un renversement des attitudes et des comportements, intimité et solemnité.

    Dieu se manifeste, épiphanie, par l'enfant, les enfant, comme un Dieu de tendresse

  • LE SERPENT D'AIRAIN

     

    Le serpent d’airain est un texte du Livre des Nombres, cet épisode est réactualisé dans l’évangile de Jean

    Livre des Nombres ch.21 04 Au cours de sa marche à travers le désert, le peuple d'Israël, à bout de courage, récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d'Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n'y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! » Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d'Israël. Le peuple vint vers Moïse et lui dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu'il éloigne de nous les serpents. » Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent, et dresse-le au sommet d'un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu'ils le regardent, et ils vivront ! » Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet d'un mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu'il regardait vers le serpent de bronze, il conservait la vie !

    Jean ch.3   Si vous ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes?   Personne n'est monté au ciel, si ce n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel.  Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé,   afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle.   Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle.  Dieu, en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu'il juge le monde, mais pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle

    1 Le serpent qui sauve ou Une idole à détruire ?

     

    Enluminures du Moyen Age

        IRHT_149868-p_Tours_1500.jpg    

     Pourquoi un dragon ? Le mot hébreu pour serpent est traduit = serpent ou dragon par la Septante, d’où les images de dragons

    Moïse avec cornes ressemble à Dieu Christ, peut être parce que  dans le désert le peuple proteste contre Dieu et Moïse,  ils sont ensemble. Par contre pas de serpents mortels visibles. On voit l’adoration mais pas de malades ni de guérison

     

     

    mmw_10b23_184r_min destruction serpent.jpgmmw_10b21_035r_min.jpg Adoration par les Judéens puis destruction de l’idole par le roi Ezéchias  au 7ème s.

     

     2d Livre des  Rois 18, 4 Il fit disparaître les hauts lieux, brisa les statues, abattit les idoles, et mit en pièces le serpent d'airain que Moïse avait fait, car les enfants d'Israël avaient jusqu'alors brûlé des parfums devant lui: on l'appelait Nehuschtan.

     

    Donc ces images exprime la logique de l’Ancien Testament réformateur, la destruction des images idolâtriques

     

    Mais permanence d’une image 

    poitiers_hotel_ville_musee_10_goule.jpgImage1.jpg

     






    La vénération d’un dragon ailé a persisté, ici c’est la  grande goule du Poitou, il était porté aux rogations et la prière devait le vaincre. Dans l’église St Ambroise de Milan, il existe un serpent d’airain donné par l’empereur Byzantin vers l’an 1000

     

    2 De la mort à la vie  Moise et le serpent ou Christ sous la forme du serpent crucifié

     Du plus anecdotique au plus théologique :   

     Guillaume Perrier.jpg

     

    Guillaume Perrier vers 1640

             La mort frappe, la femme invoque et prie mais c’est inutile, le salut est lointain, tout au fond

     

      

     

    rubens.jpg

    Rubens  colère de Dieu, les hommes sont des serpents

              Tau avec serpent d’or, Moïse et Aaron sont à égalité, calmes alors que la foule est agitée, morts et vivants. On voit des Hébreux d’hier nus, les Flamands d’aujourd’hui habillés

    Mouvement des humains est ondulant comme celui des serpents

             Ciel lumière/nuée noire d’où sortent les serpents = Dieu en colère

     

     

             michel ange.jpg

    Michel Ange à la Sixtine   : séparation entre lutte et foi, perte et salut, les 2 serpents sont mis au centre. C’est une image du Jugement dernier

     

     van dyck.jpg

            

     

    Van Dyck    (vers 1620)   les hommes prient

             Serpent semble comme les autres, placé sur bois mort : opposition Vie/mort

             Mouvement de foi des hommes: signe d’adoration, prière par les mains, invocation… ces gestes sont des gestes de foi qui dépassent le signe du serpent, ils sont tournés vers Dieu invisible mais dont la lumière vient de la gauche

     
    Bronzino 09eleono.jpg


    Bronzino , fresque de la chapelle d’Eleonore di Toledo, Florence

    Symétrie générale

     le serpent = la croix sur le calvaire,  le Golgotha, serpent enroulé  

    Opposition bas-haut : la mort , la vie

             Espace courbe : plongée puis remontée, vers le salut

    Gauche-droite : au centre, 2 hommes au prise avec le serpent, l’un combat l’autre fuit

             En haut : personnages de la Renaissance à gauche contre Hébreux à droite = salut hier et aujourd’hui

    Au pied du Tau : Moïse prie et Adam attend

    La lumière vient de derrière, serpent à contre jour

     

    3 Une théologie appuyée

     

    ST denis.JPG

     

     

    vitrail de St Denis

    monstre sur colonne, à droite les Hébreux l’adorent ? mais  il est tombé au sol

    à gauche le Christ  avec la bible ouverte explique et derrière le serpent se profile la croix

    ce qui est étrange c’est le sens de la lecture

     

    holbein_testamenten.jpg


    Holbein 1536, théologie luthérienne

    Cette fois bon sens de lecture

    Le parallélisme entre l’AT et le NT : le serpent d’airain est donc remis à son niveau de mort, il ne fait qu’annoncer la croix salvatrice

     
     

    4 Un symbole universel 

     

     

    hazor 2.JPGCulte du serpent à Canaan   Tell Hazor Galilée du Nord 14-13 ème s av.JC

    Le culte des serpents est antérieur aux Hébreux 

     

     

     


    sumer.jpgLe plus ancien caducée découvert en Mésopotamie date du IIIème millénaire (musée du Louvre). Il est représenté sur un gobelet dit de Gudéa.

           Les deux serpents se croisent en six points, le septième étant au niveau des têtes. Ces sept points correspondent aux sept chakras indiens,  « centres spirituels » ou « points de jonction de canaux d'énergie

     


     -buto-cobra-deesse-5426.gif Pharaon, le souverain d’Égypte, portait l’uræus sur sa tiare. Ce petit serpent était considéré comme symbole de la royauté. Il est le cobra femelle qui a pour fonction de protéger le pharaon contre ses ennemis.
     

     

     

    asclepios.jpg

    Le caducée sert à guérir les morsures de serpents et c'est pourquoi il y a des serpents dessus. ?

    L'emblème d'Asclépios est un bâton court le long duquel s'enroule un serpent. À l'origine, dans la mythologie grecque, il est l'attribut du

    Apollon  offre un bâton à son fils Asclépios. Un jour, Asclépios, voyant un serpent se diriger vers lui, il tendit son bâton dans sa direction. L'animal s'y enroula. Asclépios frappa le sol et tua la bête. Un second serpent apparut soudain, tenant dans sa bouche, une herbe mystérieuse avec laquelle il rappela à la vie l'autre reptile. Asclépios eut alors la révélation de la vertu médicinale des herbes.

     

     benjamin West 1810 The_Brazen_Serpent.jpg

    Benjamin West en 1810 offre une image synthétique de la bible et des autres cultures, il utilise l’image du Laocoon,  statue hellénistique, mais il renverse le groupe

     600px-Laocoön_and_His_Sons.jpg

  • L'ARCHE DE NOE

    Le mythe du Déluge et celui de Noé ont donné une masse de commentaires et d’images  dont nous retenons quelques unes pour leur sens théologique. Mieux vaut d’abord lire le texte, qui est long, répétitif et pas toujours explicite mais indispensable     Genèse ch. 6 à 9

     

    1  Les beatus, une image du salut

    beatus-gerona-ms7-arche-noe_975.jpg


    On appelle Beatus les manuscrits espagnols des Xe siècle et XIe siècle,   où le moine Beatus de Liébana a commenté l'Apocalypse et le texte du déluge.

    Le Beatus de Gerone

    L’image est coupée en 2 : le monde de la mort et celui de la vie.
    En bas la mort où les cadavres flottent ou chutent comme lors d’un  Jugement dernier. Mais l’image se lit de gauche à droite, du corbeau qui mange un cadavre, à l’olivier qui sort de l’eau et permet à la colombe d’apporter son message d’espoir. L’opposition entre corbeau et colombe est donc renforcée et propre à la Bible, car dans l’épopée babylonienne de Gilgamesh qui a fortement servie de modèle au récit biblique, c’est le corbeau qui apporte le bon message.
    En haut , l’arche sorte de boite maison avec ses étages et ses cases. Couleurs et lignes opposent les 2 parties, sur la mort flotte l’arche de vie, celle du salut

    Comparaisons entre les arches des beatus de Gerone et d’Urgell

    beatus-gerona-ms7-arche-noe_975 - Copie.jpg

    beatus-valladolid-valcavado-ms433-f74v.jpg


     Les humains , il devraient être 8 (Noé ses 3 fils et leurs femmes) mais Gerone n’en montre que 7, car c’est le nombre de la perfection , nombre répété de nombreuses fois dans le texte biblique. Quand les 8 sont représentés comme à Urgell, Noé  se dresse comme un Christ ressuscité, car il est le 8ème, sorti du tombeau le 8ème jour (lendemain du sabbat). Plus prosaïquement on voit les femmes voilées, séparées des hommes.

     

     Les étages  devraient être au nombre de 3 mais ils sont ici toujours plus nombreux, les animaux choisis renvoient à un bestiaire en partie symbolique qui provient d’un texte égyptien du 2d siècle, le Physiologos.

             En bas les gros animaux terrestres : le dromadaire est partout présent, l’éléphant souvent, il est vu comme un symbole de chasteté et de fidélité. Mais Gérone met sur le même niveau, un taureau

     Le second étage rassemble des animaux sauvages redoutables à l’homme, ce qui ne veut pas dire négatifs, ainsi le lion, et surtout la panthère, animal christique (après la chasse, elle reste 3 jours dans sa tanière, puis sort exhalant une bonne odeur), l’ours porte un collier… donc des animaux dangereux mais que l’homme peut dominer.

    Le 3ème étage de Gérone porte un couple de singes, des antilopes, tandis qu’Urgell montre des animaux de basse cour, que Gérone met à part

     

    Une nouvelle création mais aussi un nouvel ordre animal car désormais l’homme sera carnivore

     

    2 De la boite au bateau

     

     

    Saint-Savin sur Gartempe, Abbaye St-Savin et St-Cyprien, Peinture de la voute, L'arche de Noe.jpg

     

    A St Savin sur Gartempe, l’arche de Noé  se trouve au milieu des fresques du XI ème s. qui occupent toute la voute romane.

     caedmon.jpg

     On retrouve l’image du salut , qui flotte au dessus des eaux du déluge, l’arche avec les animaux et les hommes, cette fois bien séparés en couples, l’étage intermédiaire, peu visible,  est celui des oiseaux.

     

    Mais que font ces 2 hommes accrochés au flan de l’arche ? Ce sont peut être des géants, des « fils de dieux » ceux dont le texte parle en 6, 1-4. Ce sont peut être des héros de légendes postérieures, les ancêtres de Pantagruel selon Rabelais, des rois qui veulent échapper au déluge et deviennent les serviteurs de Noé selon un texte du Midrash (commentaire juif du Pentateuque).

    Certains y ont vu des anges, mais ceux représentés sur cette enluminure anglaise sont bien différents, ils protègent l’arche, alors que les personnages de St Savin s’y agrippent. A noter sur cette image, la présence de Dieu, sous les trits du Christ, qui ferme la porte comme le dit le texte en 6, 16

     

              

    La principale nouveauté est le bateau ?

      Le mot hebreu est «  tebah » boite, qui vient de « teb » coffre sarcophage, mais désigne aussi la corbeille de Moïse ,

    En grec la traduction de la Septante utilise  « kibotos »  caisse, coffre à linge  

    En latin la Vulgate de Jérôme prend « arca » coffre de la racine « arcere » contenir, idée de protéger, elle utilise le même mot pour l’arche Noé, l’Arche d’alliance et le tombeau du Christ, toujours un écrin de la vie.

    noest Marcellin et pierre.jpg7.JPG

     Mais dans le livre de la Sagesse écrit en grec au 1er s. l’histoire de Noé qui est à nouveau racontée, utilise un autre mot « Xedia »  radeau, et ceci est peut être à mettre en relation avec le fait que ce soit en Egypte au Vème s. qu’apparaisse la première image d’une arche de Noé qui soit un bateau. Cependant les représentations sous forme de boite continuent des catacombes, à St Marc de Venise en passant on l’a vu par les Beatus espagnols.

                   bateau egyptien.JPG              

    croix irlandaise.JPG

    A l’autre bout du monde on trouve des croix irlandaises du Xème s. avec un bateau et à St Savin, c’est bien d’un drakkar qu’il s’agit avec son montage à clin et sa proue monstrueuse (gentille ici puisqu’elle fait de l’œil à l’oiseau). Les artistes romans savent que le drakkar est le meilleur bateau du monde.

    Désormais l’arche sera toujours vue comme un bateau, plus ou moins ventru et plus ou moins surmonté d’une maison .

     

    MEMBERGER.jpg

     Memberger, Kaspar the Elder 1588, Oil on canvas, 124 x 163 cm Residenzgalerie, Salzburg

    hicks2.jpg


     Hicks, Edward ,  1846, oil on canvas, Philadelphia Museum of Art.  

      

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    György LEHOCZKY 1901-1979 peintre hongrois réfugié en Allemagne

     

    Les 2 premiers représentent l’embarquement, en insistant sur la paix entre les animaux qui devraient se manger entre eux, image paradisiaque , qui ne correspond pas du tout à ce que sera l’après Déluge puisque Dieu y admet la violence de l’homme sur les animaux et entre les animaux. Ch. 9.

    Le peintre allemand représente une joyeuse cohue, alors que Hicks, quaker américain, met beaucoup d’ordre et de solennité dans ce défilé dont les hommes sont quasi absents (juste une silhouette à gauche) . Lehoczky reprend l’image du vaisseau porteur du salut, mais casse les couples , par contre il retrouve les anges présents sur l’image anglaise !

      

    3 Les peintres modernes préfèrent le déluge à l’arche, goût de la violence ? mais violence de qui ?  

     

    Deluge_Hans_Baldung_Grien_1516.jpg

     

    Hans Baldung (1484-1545) peintre élève de Dürer, iI passera la majeure partie de sa vie à Strasbourg.

    Le Déluge est peint vers 1516, ses dimensions sont de 81 x 64 cm, il s'agit d'une peinture à l'huile sur bois qui se trouve actuellement à l'Historisch Museum des Stadt, Neue Residenz Bamberg en Allemagne

     

    LA VIOLENCE est partout   

    Dans le ciel , masse nuageuse,  compacte, sombre, répulsive...

    Dans l’eau où les personnages, hommes, femmes, enfants… bien que dans des situations dramatiques, provoquent plus le dégoût que la pitié ou la sympathie , ils s’agitent , se battent,  les couleurs dans des tonalités fades et froides…  l'impression de grouillement  l’emporte sur toute compassion. Chacun des personnages est seul, nu, et réduit à l'impuissance, usant de moyens de salut dérisoires et personnels.

     

    L’arche est au centre, solide malgré les vagues,  rouge sur l’ensemble froid. On retrouve le coffre, la boîte précieuse bien cadenassée, mais ce pourrait être une maison (et dans ce cas les hommes du bas renvoient aux géants évoqués dans le texte). On ne voit rien de l’intérieur, ni Noé, ni les animaux, ils sont mis à part, ils sont devenus un «trésor » (coffre cadenassé) dont Dieu aurait la clé, et la lumière divine éclair, choisit ce petit reste choisi,  hommes et animaux de demain.

    L’abandon de l’arche-bateau permet de renouer avec les différents sens du mot arche : celle de Noé, celle de Moïse, celle de l’Alliance qui était dans le Temple de Jérusalem… ce signe de l’alliance éternelle entre Dieu et les hommes qu’il sauve des tempêtes, du mal, et qui sera dévoilée à l’Apocalypse.  Comme la peinture date de 1516, on comprend mieux la peinture par le contexte : attente de la fin des temps, scandales et crises de l’Eglise avec les débuts de la Réforme dont le peintre est partie prenante

     

     La violence est humaine et Dieu sauve par l’Alliance hier et aujourd’hui

     

     Changement complet avec ce tableau de Nicolas Poussin (1594-1665).  

    L'Hiver ou  Le Déluge est l’une de ses dernières œuvres, huile sur toile 1,60 m x 1,18 m,   collection du Louvre

      

    poussin deluge.jpg

    IMPRESSION DE CALME PLUS QUE DE VIOLENCE

    Le tableau se lit par de larges plans successifs :  un plan d’eau encadré de rochers, ce premier plan est celui où les personnages évoluent, c’est l’espace narratif.  Ensuite un espace marin, avec dans la brume un gros bateau, trapu, sans mat ni voile, l’arche. L’horizon est occupé par une montagne qui ressemble à un volcan  Le ciel est chargé de lourds nuages sombres et déchiré par un éclair .

     La composition du paysage est structurée par les horizontales. Ces horizontales donnent de la stabilité et créent un sentiment de calme. Quelques obliques ouvrent le paysage en profondeur comme pour un décor de théâtre. Mais deux verticales, soulignent deux équilibres temporaires, celui de la barque centrale redressée par le courant, et celui de la chaîne de vie de la famille à droite.

    Les masses colorées chaudes dominent nettement et  donnent  un caractère positif à un paysage qui par ailleurs est désolé.

    Cette analyse nous oriente vers une vision calme et positive de la scène. Le spectateur voit une  situation  grave mais pleine d’espoir. Une barque se dresse et va se renverser, mais un homme qui est tombé nage déjà fermement pour se sauver et le rivage n’est pas loin. Un homme échappe au flot grâce à son cheval qui nage, et une femme s’appuie sur une planche qui flotte. La barque de droite est solide et est un havre pour l’homme qui y grimpe. Cette barque permet à une famille de rejoindre la terre ferme, l’homme attrape son enfant que la mère lui tend. Ainsi tous semblent trouver un moyen de se sauver. De l’inondation.

    Mais ce que le spectateur voit,  contredit ce qu’il sait par ailleurs.  Le titre renvoie au Déluge, l'eau engloutira le monde,  et se terminera par la mort de tous les hommes et de tous les animaux sauf ceux qui sont sauvés par l’arche de Noé. Or justement, c’est cette arche que l’on voit s’éloigner à gauche, elle est déjà en route, donc tous ceux qui seront sauvés sont à son bord, et tous ceux que nous voyons sont voués à une mort certaine.

     C’est donc une mise en scène subjective, qui permet de susciter une émotion particulière chez le spectateur, la compassion pour les victimes, ce qui est bien contraire à l’esprit du texte, pour qui le déluge s’explique parce que « la terre était pleine de violence  …  tous s’étaient pervertis sur la terre » Gn 6, 11-12

     La vision de l’homme présentée par ce tableau est positive, aucune violence aucune perversion n’apparaît. Les hommes se sauvent sans faire tort à leurs semblables, ils s’entraident et quand la situation semble grave, l’homme de la barque qui avance sous la chute, prie et demande secours à Dieu.

     La violence vient de Dieu, le maître de la création,  est présent  dans la nature, c’est lui fait pleuvoir, c’est lui qui foudroie. On peut en effet supposer que l’éclair qui se dirige vers le fond, foudroie une ville, et que les personnages visibles sont un petit reste, les derniers survivants, pour quelques jours seulement.

     La colère de Dieu envers les hommes semble donc injuste et le choix de sauver Noé et les siens, purement gratuite.

     Mais Poussin représente sur le rocher gauche, un grand serpent qui monte pour fuir les eaux, lui aussi. Le serpent de Gn 3  le  mal et le péché, sont donc bien présents, ils sont cachés mais le cœur de l’homme est perverti et ses bonnes actions ne peuvent le sauver.

     

    Le serpent, l’idée du péché originel viennent-ils donner l’explication, la justification ?
    La prière est elle la seule voie ? Est ce pour cela que l’homme qui implore est placé au centre, qu’il reçoit pleinement la lumière ?  

    La partie gauche est orientée de façon descendante par l’oblique du rocher qui aboutit à la barque qui chavire. C’est la chute au sens propre, et au sens religieux avec le serpent. Mais cette chute se transforme soudainement en ascension, la barque se redresse permettant à l’homme de se dresser vers Dieu, de l’implorer et de se sauver spirituellement.

     Ainsi les deux verticales expriment bien le rapport des hommes à Dieu. Celle de l’homme tendu vers Dieu pour l’implorer et que son compagnon soutient, et celle de la mère tendant son enfant à son époux pour le sauver. Deux visions de la vie humaine face au malheur ? Deux voies de salut ?

    Ou simplement double mouvement qui correspond aux deux moments, aux deux situations des hommes et des barques, quand la barque vogue, il faut vivre et s’entraider, quand la barque chavire, il faut implorer. Succession plutôt qu’opposition.

     Et l’arc en ciel ? l’arc de l’alliance ? il est peu représenté mais Marc Chagall lui donne toute son importance à travers toute l’histoire du Peuple de Dieu

     

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  • LA FEMME DE L'APOCALYPSE

     

    Le texte biblique est le ch. 12 de l’Apocalypse de Jean

    Après la 7ème trompette

    12 1 Un signe grandiose apparut au ciel : une femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ;  2 elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement.

     3 Puis un second signe apparut au ciel : un énorme dragon rouge-feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d'un diadème.  4 Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. En arrêt devant la femme en travail, le dragon s'apprête à dévorer son enfant aussitôt né.

     5 Or la femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer ;

     6 et son enfant fut enlevé jusqu'auprès de Dieu et de son trône, tandis que la femme s'enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu'elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours.  

    Alors, il y eut une bataille dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le dragon. Et le dragon riposta, avec ses anges,  8 mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel.  

    On le jeta donc, l'énorme dragon, l'antique serpent, le diable ou le Satan, comme on l'appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses anges furent jetés avec lui.  

    10 Et j'entendis une voix clamer dans le ciel : "Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu'on a jeté bas l'accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu.  11 Mais eux l'ont vaincu par le sang de l'Agneau et par la parole dont ils ont témoigné, car ils ont méprisé leur vie jusqu'à mourir.  12 Soyez donc dans la joie, vous, les cieux et leurs habitants. Malheur à vous, la terre et la mer, car le diable est descendu chez vous, frémissant de colère et sachant que ses jours sont comptés."


     13 Se voyant rejeté sur la terre, le dragon se lança à la poursuite de la Femme, la mère de l'Enfant mâle.  14 Mais elle reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert jusqu'au refuge où, loin du serpent, elle doit être nourrie un temps et des temps et la moitié d'un temps.  15 Le serpent vomit alors de sa gueule comme un fleuve d'eau derrière la Femme pour l'entraîner dans ses flots.  16 Mais la terre vint au secours de la femme : ouvrant la bouche, elle engloutit le fleuve vomi par la gueule du dragon.  17 Alors, furieux contre la femme, le dragon s'en alla guerroyer contre le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus.  18 Et je me tins sur la grève de la mer.

     

     

    1 Les Beatus

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    11 Beatus peint par Facundus  en 1047

    On appelle Beatus les manuscrits espagnols des Xe siècle et XIe siècle, plus ou moins abondamment illustrés, où sont copiés l'Apocalypse de Jean et les Commentaires du moine  Beatus de Liebana mort en 798

     Ce sont des parchemins écrits et peints. La présentation des scènes sur un fond de larges bandes peintes, horizontales, ne correspondent à aucune réalité extérieure. Chaque élément est en relation directe avec le spectateur, mais n'entretient pas de relation structurale avec les autres éléments.

     
     Le dragon domine la scène, comme serpent écaillé, comme l’hydre de Lerne. La Femme Vierge Eglise représentée en orante sans enfant , elle est désarmée et vulnérable dans sa beauté céleste, couronnée d'étoile, la lune sous ses pieds et le ventre solaire, elle est figure de la Nouvelle Eve, mais aussi de l'Eglise ayant pour mission de « mettre au monde » le Christ . En haut à droite, l’enfant déjà grand est auprès de Dieu.

     En bas à droite : L'ange a enroulé une corde autour du cou de Satan,  le diable est déjà prisonnier puisqu'il  a perdu le combat, mais la queue du serpent continue à balayer des hommes pour les pousser vers ce lieu. 

     

     12  Les Beatus Osma  1086 et   de San Miguel de Escalada 960. mettent en scène des dragons d’un autre type (naga de l’indouisme)  mais la Femme reste avec son ventre solaire

     

     

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    2 AUTRES SCENES MEDIEVALES SURPRENANTES

     

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    Dragon attaque et mange enfant Musée Louvre bas relief de Senlis 1150

     

     

          

      



    Dragon-diable est chassé par Marie qui protège anonyme_italie_XV.jpg

    ainsi la femme et son enfant, cette fois la Femme est devenue Marie, anonyme Italie XV

     

     

     

     

     

     

     

     

    3 L’APOCALYPSE D’ANGERS

     

    C’est une tenture de 50 m², 140 m de long, 4 m de haut avec 84 scènes en  2 registres, chaque scène mesure 1,5 x 2,5 m. Commandée par  de Louis 1er d’Anjou, 1339-1384,  fils de Jean le Bon ,  le carton est de Hennequin de Bruges, le tissage est de Paris , entre 1373 et 1383

     

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             Scène 35 La Femme attaquée

                       St Jean est toujours observateur, à gauche, plus ou moins expressif.

                       Femme assise, couronnée, c’est une Vierge à l’enfant, le soleil est sur sa tête

    Enfant est né, nimbé, sauvé par ange, emporté vers l’autel de Dieu

                                  2 mondes : la terre toujours verte, fleurs , avec en continu le ciel au dessus de la terre,ici en rouge mais c’est une alternance,  une fois rouge, une fois bleu. Et le Ciel de Dieu entouré de petits nuages donc discontinuité

                       le dragon est un naga, mais il n’est pas au ciel

     

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             36 Michel contre dragon

                        Toujours les 2 mondes, le ciel bleu foncé est géométrisé

                       Dragon divisé en 2   

                       Anges avec St Michel qui tient la croix, superbe composition

                       Un ange explique à Jean, et lui tend le texte.

     

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             37 Femme s’envolant au désert

                       Toujours le dragon malgré le combat. Les anges donnent des ailes à la femme

                        

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             38 Dragon essaie de noyer la femme

    On voit l’eau , plus fertilisante que dangereuse, la femme vole , le dragon aussi

            

    35   Jean Lurçat, église du plateau d’Assy 1950

     

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    LURCAT 1892 1966. En 1938 il découvre la tenture de l'Apocalypse d'Angers qui est, pour lui, une révélation esthétique (ampleur et poésie) et technique (gros tissage, palette réduite, dessin simplifié). Dans cette chapelle où le Père Couturier a voulu réunir de nombreux artistes « contemporains », croyants ou non, Lurçat reprend une iconographie assez traditionnelle ;

     

    4 DURER

     

    En 1498, Dürer réalise quinze xylographies d'après l'Apocalypse de saint Jean l'Evangéliste. L'oeuvre de Dürer n'est pas un travail d'illustration commandé par un éditeur, l'artiste est le maître d'oeuvre. L'Apocalypse de Dürer est le premier livre conçu et publié par un artiste. . Il s’agit de la première Apocalypse imprimée dont l’image - en pleine page - supplante le texte, lequel n’est pas placé en regard, mais au verso du feuillet gravé. L’image acquiert ainsi une autonomie nouvelle, s’émancipe du texte écrit qu’elle est censée illustrer.

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    41 La Femme vêtue de soleil et le Dragon à sept têtes
    Dürer synthétise tous les éléments, et les temps du texte :
    la femme étoilée enceinte, glorieuse, mais elle a déjà les ailes pour fuir au désert,

     l'enfant est né et sauvé par les anges,

     le monstre menaçant l’enfant la femme, il balaie bien le ciel avec sa queue, mais il est déjà cracheur d'un flot furieux pour noyer la femme. On retrouve comme à Angers, le Ciel de Dieu et celui de la création

     

    42 Saint Michel terrassant le dragonb2-durer-st-michel.jpg

    Dürer attribue aux deux tiers de l'illustration le combat des anges qui se déroule dans l'entrelacs des nuées. La violence et l'obscurité du registre céleste sont redoublées par le contraste avec la clarté et le calme du paysage entre terre et mer.

    Saint Michel et trois anges combattent le dragon, qui s'est démultiplié en cinq bêtes très différentes les unes des autres.  La masse des anges prend la moitié de la représentation, et assomme de son poids, et par la figure éminente de Michel, les figures fantastiques reptiliennes et armées de griffes.

       Dürer dit  l’angoisse sociale et les aspirations mystiques d’une époque marquée par différents fléaux et violences, une foi exaltée est encore accentuée par le fait que l’an 1500 est proche, et que certains croient en l’imminence de la fin du monde.

     

    5 VIERGE MARIE, LA FEMME APOCALYPSE

    A l'époque des Beatus, la Femme de l'Apocalypse était le symbole de l'Eglise, mais très vite elle est devenue, l'image de la Vierge Marie

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    51  Rubens 1623 - 1624 huile sur toile col. Paul Getty  

     

    St Michel a le foudre divin et un bouclier, la Vierge à l’enfant , c’est elle qui protège, mais surtout elle est la Nouvelle Eve écrasant le serpent

     

    C’est plutôt une sorte de chute des anges combattus par Michel et Marie. Le combat est au ciel, la terre est absente

     

     54 Françoise BURTZ 

     née  à Issenheim en 1942, artiste et théologienne, vit près de la Trappe du Mont des Cats dans le Nord de la France.

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    Vierge à l’enfant + différents symboles :

    en haut : main de Dieu, agneau vainqueur,  

    en bas : dragon avec scènes chrétiennes : croix Pierre, André

     



    55 Marie étant  assimilée à cette image de l’Apocalypse, devient la Vierge Mère Reine du Ciel et on peut alors simplement ajouter soleil, étoiles et lune à une traditionnelle Vierge Marie à l’enfant Jésus.

     La lune est toujours réduite à un croissant, comme celle de Diane,  et à partir du XVI ème s. elle n’est pas sans évoquer le croissant turc dominé par la Chrétienté.

     363px-Madonna_with_Child_Clothed_in_Sunlight_1450_Pologne.jpgcucugnan.JPG

    Vierge enceinte de Cucugnan

             elle est le soleil, elle marche sur lune et serpent

     

    Virege à l'enfant mais avec lune et soleil 

     

     

    6 AVANT ET APRES

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    61 LETO ET LE DRAGON

    Le mythe : Python, le grand dragon, fils de la terre, sera vaincu et mis à mort par le fils de Léto ; enceinte par les œuvres de Zeus. Menacée par Python Léto s’enfuit    

    Le mythe grec se ressemble à Ap. 12, mais il s’en sépare à propos des points importants.  

    62 UNION EUROPEENNE

     

    Le drapeau europeurope.jpgéen : les douze étoiles d’or de la couronne de la Vierge, sur fond de bleu marial…    dessin  retenu à l'unanimité, le 8 Décembre 1955, jour de la fête de "l'Immaculée Conception" chez les Catholiques.

     

     

  • JUDITH LA VIOLENCE D’UNE FEMME

     Le livre de Judith n’existe qu’en grec, dans la version de la Bile dite de « la septante », c’est pourquoi il ne fait pas parti du canon de la Bible juive ni des bibles protestantes. Pour une introduction et un résumé voir

    http://introbible.free.fr/p2jdt.html

    Pour une lecture complète  voir http://bible.catholique.org/livre-de-judith/4147-chapitre-1

     La représentation de Judith tuant Holopherne est toujours violente, parfois difficilement soutenable.

     

    1 LA JUDIH DU CARAVAGE  1571-1610

     

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    Tableau  de 1598-1599, huile sur toile, de 145x195 cm,  Galerie d’Art Antique à Rome.

    Le naturalisme du Caravage éclate dans cette scène.

    La scène se passe dans la tente d'Holopherne, le général qui dormait est tiré par les cheveux et a la gorge tranchée par l'épée que tient Judith, à droite une vieille servante tient un sac pour recueillir la tête coupée.

    Les couleurs sont peu nombreuses. Le décor est quasiment invisible, sauf un rideau rouge, suspendu et qui par sa forme et sa couleur, ressemble à un rideau de théâtre.

     

    La principale opposition concerne l'ombre et la lumière.  

    Le clair obscur est  violent. Cela est très sensible pour le corps d'Holopherne qui est ainsi véritablement coupé en plusieurs morceaux par la lumière avant de l'être réellement par le glaive.

    La lumière est signe de la présence ou de l'action divine, elle vient de gauche et de très haut éclairant presque verticalement l'épaule de l'homme et le buste de la femme. Judith est éclairée par Dieu, ses bras guidés par Lui, elle tranche la gorge d'Holopherne qui est plongé dans l'obscurité, mais pas totalement car tout homme a une part divine. Judith n'est d'ailleurs pas totalement lumineuse non plus, son buste sort de l'ombre,  c'est son geste qui est lumineux, son visage aussi car sa détermination est fondée sur sa foi.

    Quatre éléments semblent former un vrai instantané, mais ne sont qu'une reconstruction du peintre : le visage  d'Holopherne hurlant de douleur, les yeux révulsés, essaie de voir ce qui se passe, ses mains prennent appui pour se relever, sa tête déjà à moitié coupée, vacille..

    Le visage de Judith est tendu, une ride au milieu du front pour marquer un certain dégoût, qui est sensible aussi par la distance qu'elle garde par rapport à Holopherne. Quant à la servante son visage exprime la stupéfaction par les yeux et le dégoût par la moue, ses mains semblent prêtes à se saisir de la tête, ou plutôt à recevoir  cette tête que Judith va lui tendre.
     
    Le peintre traduit particulièrement bien deux expressions de la prière de Judith, « jette un regard sur l'oeuvre de mes mains » et « fortifie moi »au v. 7.  .  

    En conclusion on peut dire que ce tableau oppose la fragilité de la pure et pieuse jeune veuve à la force bestiale et lubrique d'Holopherne. Dans la bible, la veuve est toujours une femme faible qu'il faut protéger, mais ici, elle va se révéler être plus déterminée et forte que tous les hommes de Béthulie. Forte, mais de la force de Dieu, qui agit à travers l'action de Judith, il intervient en lui donnant la force, le courage, la détermination, Il intervient en rendant temporairement impuissant le général aviné (mais cela n'est pas sensible dans l’œuvre), et l'impossible se réalise, la femme frêle tue l'homme brutal avec sa propre arme, elle vainc par ruse et détermination et elle sauve son peuple. Par là elle rejoint David tuant Goliath et comme lui elle peut rentrer chez elle avec la tête de l'ennemi du peuple. Victoire de la piété et de la foi d'une seule, qui permet de libérer tout le peuple

     

     

    2 JUDITH VUE PAR DES FEMMES

     

    Les Judith d’Artemisia Gentileschi (1593-1654)
    Judith et Holopherne, vers 1612-1614 Huile sur toile - 159 x 126 cm Naples, Capodimonte, Cette version est la seconde, un peu assagie par rapport à l’ouvre de Florence.

     

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    Artemisia  a souvent représenté Judith, au moment de la décapitation mais aussi dans d’autres moments, avec sa servante. On a souvent mis en relation cela avec la vie personnelle de l’artiste, qui fut violée par son maître puis dut subir un procès honteux et pénible. Mais d’autres femmes peintres ont aussi traité ce sujet, le fait de choisir une femmes forte, indépendante voire violente, manifestant  une sorte de revanche féminine face à l’exclusion sociale auxquelles on voulait condamner les femmes peintres.

    Judith tuant Holopherne a été représenté deux fois. La première version, celle de Florence est particulièrement violente, celle de Naples, un peu moins.

    Artemisia s’est inspiré du Caravage, mais en changeant de format, elle densifie l’action. Les forces sont descendantes, les femmes se mettent à deux,  la tête d’Holopherne est toujours au centre (à Florence) mais elle est tout en bas, le corps renversé. La force conjointe et la détermination des 2 femmes renforcent le caractère féministe de ce tableau. Le décentrage de la version de Naples et les riches vêtements de Judith,  atténuent un peu la violence.

     

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     Judith et sa servante Abra avec la tête d’Holopherne, vers 1640-1645 Huile sur toile - 235 x 172 cm Cannes, Musée de la Castre
     

    Judith et sa servante Abra avecla tête d’Holopherne, 1617-1618 Florence, Palazzo Pitti,  Galleria Palatina


     Voici 2 œuvres celle da gauche date de 1625, elle est à Detroit, la seconde date de 1618, elle est à Florence-Pitti. La décapitation terminée, les 2 femmes quittent la tente, en éteignant la bougie, puis en écoutant les bruits. Cela donne une idée de la volonté narrative d’Artémisia. Deux choses me frappent : le port maladroit de l’épée, Judith ne sait pas quoi en faire. Et aussi le regard : Dans celui de gauche, Judith, cache la lumière pour mieux regarder le casque d’Holopherne, il est coupé sur la reproduction mais bien visible sur l’original, le signe de sa puissance, devient un objet de dérision, un signe de la victoire de Judith. A droite les 2 femmes regardent l’obscurité, elles se retournent pour entendre et voir, quoi ?  un signe de Dieu ? Dans les 2 cas la solidarité est grande entre maîtresse et servante, ce qui est assez original.

     

     Judith de GIULIA LAMA 1681 1747 Venise

    Femme peintre  très active à Venise. Une adepte du clair obscur

     Cette fois, le corps d’Holopherne est exposé, celui d’un mort ? celui d’une victime sacrifiée ? La lumière créé un drame, elle a déjà mis la tête dans l’ombre, comme si elle était coupée.  

    Judith est en prière, la prière avant l’exécution mais l’absence de l’épée rend la scène douce, on pourrait croire à une veillée funèbre.  Judith regarde le ciel et  ses mains se joignent, celles qui prient vont devenir celles qui tuent. Que demande  Judith ? la force ? ou que la décision s’éloigne ?

     

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    3 JUDITH LA JUSTICIERE

     

    Lucas CRANACH l’Ancien  1472 – 1553  a peint toute une série de Judith, toujours dans la même position, seul le vêtement et le visage changent.

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    Fière  de son acte la Judith de Cranach n’a aucun remords. L’épée fièrement dressée dans sa main droite, la main gauche crispée pour tenir la tête tranchée de celui qu’elle vient de tuer, elle apparaît comme la "justicière" qui n’a fait que son devoir. .  

    Dans le contexte des années 1530 Cranach le peintre du duc de Saxe, représente Judith comme une riche  patricienne saxonne, Cranach le luthérien fait de Judith un symbole de la résistance contre l’empereur catholique. Une résistance qui sera victorieuse.

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    Valentin de Boulogne (1591-1632) 1626

           La justicière a air farouche, le visage défait par son action, mais elle marche vers l’avenir et en appelle au Ciel, pour nous montrer qu’elle a fait justice.

             Trois verticales et une diagonale, négative  c’est la punition du Ciel, qui s’est abattu sur Holopherne

          

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             Opposition entre la beauté de Judith et la laideur de la tête d’Holopherne. Le geste est terrible, il ne montre aucun respect envers le mort, Bien que douce par le regard,  elle écrase l’hydre, elle est une sorte de St Michel.

     

      

     

    4 JUDITH LA SENTIMENTALE

     

    VERONESE

    Judith et Holopherne 1581 Huile sur toile, 231,5 x 273,5  Kunsthistorischesmuseum, Vienne

     

    1580 Paolo Veronese (1528 - 1588) Judith with the Head of Holofernes c.1580.jpg

     

    Judith a relevé la tête pour faire face à sa servante, mais son regard se perd dans le vague. Dans le triangle qui relie les trois visages de cette œuvre s’inscrit toute son intensité dramatique.  

    La tendresse dans la façon dont ses paumes caressent la tête qu’elles tiennent et semblent attirer contre la poitrine de la meurtrière. L’arrondi sensuel de ses bras confirme ce sentiment ; nulle raideur, nulle crispation dans l’attitude de Judith ; la criminelle a les mêmes gestes que l’amante. Par ce choix de composition, Véronèse nous entraîne dans une méditation sur l’ambiguïté de la nature humaine.

      Comment ne pas être profondément touché par ce regard perdu, mouillé de larmes, aux paupières légèrement baisées ?  

     

     Bernardo CAVALLINO  1616 1656  Musée National, Stockholm

    Tableau de 1640 1640 Cavallino, Bernardo (1616 - 1656), Judith avec la tête d'Holohern​e,.jpg

    Judith a perdu de sa superbe, c’est une femme simple sans bijoux, elle nous regarde, elle nous prend à témoin, elle exprime la douleur , elle tient son épée basse, elle exprime un sentiment de détresse, de compassion ?

    Le clair obscur la partage, met en lumière Holopherne