dimanche, 19 juillet 2009
VIERGES ENCEINTES suite
J'ai publié une note sur la représentation de la Vierge Marie enceinte de Jésus en décembre 2006. Un historien québécois de Champlain, René BEAUDOIN, a récemment ajouté un long commentaire à ce que j'avais écrit, je l'en remercie vivement et je publie donc la liste des vierges enceintes qu'il a établie avec l'image correspondante si elle est disponible (voir l'album)
Auparavant je voudrais préciser l'histoire de cette représentation, à partir d'un article de Marie-France Morel, Paris CNRS, Embryons glorieux et embryons immatures : iconographies contrastées des grossesses sacrées et du limbe des enfants (XIIIe-XVIe siècles)
L'originalité du christianisme tient en grande partie dans l'Incarnation, Dieu qui se fait Homme en naissant d'une femme, en étant "le fruit de ses entrailles".
D'où la volonté médiévale de représenter conception, grossesse et nouveau né.
C'est à travers la scène de la Visitation, la rencontre de Marie et d'Elisabeth, toutes deux enceintes, que la grossesse de Marie est le plus souvent représentée. Pour signifier la grossesse des deux femmes, les artistes ont recours à plusieurs procédés : le simple gonflement des robes ; parfois Marie et Élisabeth se tâtent le ventre ou les seins ; ou bien on montre en transparence les deux "embryons". Ces représentations de la Visitation avec les deux embryons visibles ont été très populaires à la fin du Moyen Age, avant d'être censurées par les théologiens.
fresque de Pélendri, Chypre, Eglise Sainte-Croix (XIVe siècle) http://www.unifr.ch/scant/news/activites/colloque_embryon_prog.htm
Outre les représentations des grossesses dans la Visitation, l'art chrétien a beaucoup représenté la Vierge enceinte, seule, comme objet de dévotion pour les fidèles. 
L'Orient byzantin et russe ne représente pas la Vierge enceinte, mais parfois elle porte l'Enfant devant sa poitrine à la fois embryon et nouveau né. Ainsi cette Vierve de Novgorod du 12ème s http://notredamedesneiges.over-blog.com/article-14078014.html
En Occident, le plus souvent, la grossesse est seulement suggérée par le ventre rond ou le gonflement de la robe, mais il faut faire mention des sculptures dites Vierges de l'Espérance. La sculpture la plus célèbre est celle de la petite église jurassienne de Chissey-sur-Loue qui date des environs de 1550. Mais on en trouve de nombreuses répliques dans toute la France, aussi bien dans la France du nord.
En 1545-1563, le concile de Trente a réitéré les condamnations antérieures au nom de la théologie, mais aussi au nom de la décence, ce qui est la marque d'une nouvelle sensibilité. Il devient désormais "indécent" de représenter des conceptions, des grossesses et même des naissances sacrées. Les représentations de Vierges enceintes avec embryons ont disparu au cours du XVIIe siècle au fur et à mesure que progressait la Contre Réforme.
Restent cependant des Vierges enceintes reconnaissables par leurs ventres qu'elles montrent avec plus ou moins d'ostentiation. Les créations plus récentes sont à mettre en relation avec la nouvelle fierté des femmes enceintes, plus qu'à une théologie de l'incarnation.
Voici les lieux donnés par René Beaudoin.
À l’église Saint-Julien et Sainte-Basilisse (1861) de Cucugnan (Aude), la chapelle sud abrite une statue de la Vierge enceinte du XVIIe siècle. Une exposition sur «Les Vierges enceintes en France» est présentée à l'intérieur de cette église. Cette exposition présente la dizaine de «Vierges Enceintes» trouvées en France :
Cathédrale de Reims (Marne) cf. ci-dessous
Brioude (Haute-Loire)
Plomeur (Finistère) voir album
Laroque-des-Albères,
Prades et Perpignan (Pyrénées-Orientales)
Chissey-sur-Loué (Jura)
Oulchy-le-Château (Aisne)
Arcachon (Gironde) voir album
Belpech et Cucugnan (Aude) voir album
René Beaudoin rajoute qu'il en a trouvé d'autres en France :
1) Musée d'art sacré de Le Val (Provence), situé dans la Chapelle de Notre-Dame-de-l'Annonciade , dite Chapelle des pénitents; voir album voir album
2) Église Notre-Dame-de-Grâce à Eyguières (Provence) voir album
3) Abbaye des Allois, à Geneytouse (Haute-Vienne), dont il ne reste que la statue de la Vierge enceinte du XVIIIe siècle voir album
4) Il y a une statue d'une femme enceinte, décapitée à la Révolution, à la chapelle Sainte-Élisabeth à Grignoncourt (Vosges). Les responsables croient qu'il pourrait s'agir de Marie, à moins que ce ne soit Élisabeth. voir album
5) L'Escarène (Alpes-Maritimes), une belle Vierge enceinte et assise. voir album
et ailleurs dans le monde :
1) À Cuba, dans l'église de Santa-Maria de Cayo voir album
2) Au Québec, Jacques Bourgault en a sculpté une pour l'église de Saint-Jean-Port-Joli (Chaudière-Appalaches) voir album
3) Au Québec, dans l'église de Matane (Bas-Saint-Laurent) voir album
4) Au Portugal, dans la chapelle du château de Montemort O veihlo au sud de Porto voir album
mais aussi à Evora (NdR) voir album
5) En Argentine, dans une église de Salta , voir album
et semble-t-il au Brésil à Rio de Janeiro NdR voir album
René BEAUDOIN vient de publier un article dans Wikipedia, complet et mis à jour
http://fr.wikipedia.org/wiki/Vierges_enceintes
Toutes ces Vierges sont en attente de la naissance de Jésus, sauf celle de Reims qui est en majesté, couronnée par Jésus. On peut discuter du fait que cette Femme soit enceinte, mais si c'est les cas, cela correspond au texte de l'Apocalypse 12, 1-2 "Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement" Il s'agit donc d'une toute autre représentation.


Fin ou à suivre ?
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vendredi, 06 mars 2009
ZURBARAN A GRENOBLE
Je suis passé récemment à Grenoble et suis allé au Musée. Je crois que Grenoble est la première ville de province à avoir construit un grand musée moderne pour abriter ses collections, c'était en 1994. Le bâtiment est très fonctionnel et les collections superbes.

Je savais que le musée possédait quatre tableaux de l'Enfance du Christ de Zurbarán: l'Annonciation, l'Adoration des mages, l'Adoration des bergers, et la Circoncision. Peints entre 1637 et 1639 pour la Chartreuse de Jerez de la Frontera (Andalousie) ils forment aujourd'hui un des ensembles les plus remarquables de peinture espagnole en France. C'est une donation du général de Beylié, qui les avait achetés en 1901.
Francisco de Zurbarán est né en 1598, il est de la même génération que Velasquez et Cano. Peintre sévillan il devient vite célèbre pour ses peintures religieuses. Porté d'abord vers une peinture sombre aux contrastes violents, il évolue vers plus de couleur après son voyage à Madrid de 1634, où il rencontre Velasquez mais aussi Guido Reni.
Peintre du Roi en pleine gloire , Zurbarán peint onze tableaux pour le retable du maître autel de la Cartuja Nuestra Señora de la Defensión de Jerez de la Frontera. Commandés en 1636, ils sont achevés en 1639-1640, et parmi eux l'on trouve les quatre oeuvres de Grenoble. (Voir l'album ci contre Toutes les images proviennent de la base Joconde)

Je trouve ces oeuvres d'une richesse exceptionnelle car on peut trouver en dehors du sujet qui est traité de façon assez traditionnelle des portraits, des natures mortes, des étoffes, des architectures... Je trouve cependant que si l'Annonciation, est vraiment traditionnelle, (mais quelle douceur mais aussi quelle distance dans le visage de Marie, fière espagnole, acceptant la Parole divine), la Circoncision est traitée comme telle, sans mélange avec la Présentation au Temple et que Marie en est absente comme il convient à ce rite masculin.

C'est l'Adoration des Mages que je préfère, les manteaux sont à la fois des masses colorées et des volumes géométriques qui structurent l'espace. Quant à l'échange entre le vieux mage et l'enfant Jésus, rien n'est plus beau ni profond.

20:01 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : zurbaran, nativité, mages, circoncision, annonciation
mercredi, 19 novembre 2008
LE CHRIST DE NOLDE
Je viens de voir l’exposition Emil NOLDE (1867 – 1956) au Grand Palais de Paris.
C’est une belle rétrospective d’un grand peintre trop peu connu. Je vous donne à voir des reproductions de son œuvre religieuse qui est importante.
Vivant sur la frontière dano-allemande Nolde était chrétien luthérien, il a connu une expérience mystique en 1909 et a peint « dans un état de transe » une importante série d'oeuvres religieuses : Le Christ aux outrages, la Pentecôt, La Cène ci-dessous
Mais sa plus grande œuvre est le triptyque La Vie du Christ en 1911, immense huile sur toile de plus de 2 mètres sur près de 6 mètres. (Neukirchen, Allemagne, © Nolde Stiftung-Seebüll)
Nolde a conçu cet immense tableau sur le modèle des retables à volets du Moyen Âge, mais les dimensions empêchent de fermer les volets et le verso n’est pas peint. D’ailleurs Nolde ne voulait pas utiliser le mot de retable, il voulait que ce soit une oeuvre non pas destinée à un bâtiment religieux mais simplement au service de l’art.
Le détail des différentes scènes est dans l'album
Les réactions du public et des autorités religieuses de l’époque furent d’ailleurs négatives, il faut dire que la tradition luthérienne ne laisse pas beaucoup de place aux représentations religieuses picturales et que le peintre se soucie d’une peinture personnelle, subjective : « J’avais besoin d’être libre artistiquement, de ne pas avoir Dieu devant moi comme un souverain assyrien aussi dur que l’acier, mais d’avoir Dieu en moi, chaud et sacré comme l’amour du Christ » écrivait-il en 1909.
Ci dessus La femme adultère.
Cela n’empêche pas Nolde de chercher un certain réalisme, il souhaite représenter les personnages bibliques le plus fidèlement possible par rapport à son idée de la vie en Palestine à l’époque de Jésus. S’il semble abandonner toutes les conventions stylistiques et chercher une expression forte et populaire, cela ne l’empêche pas d’être marqué par la peinture du passé. Son retable s’inspire de celui d’Isenheim par Mathias Grünewald (1475-1528) qu’il ne connaissait que par la gravure et qu’il ne découvrira à Colmar qu’en 1927.
L' œuvre d'Emil Nolde n’est pas facile à évaluer car elle a servi aux nazis comme modèle de l’art dégénéré, d’où sa réhabilitation en 1945.
Je trouve qu’elle a comme expression religieuse une puissance que l’on trouve rarement dans les œuvres du premier XXème siècle. Par contre du point de vue iconographique, elle est assez traditionnelle, notamment pour Les femmes au tombeau, Le doute de Thomas... par contre pour la Nativité la mise en scène est très nouvelle et particulièrement expressive.
18:58 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nolde, christ, art moderne
jeudi, 11 septembre 2008
LES CROIX DE LA PASSION
J'ai visité récemment Collonges la Rouge, en Corrèze, c'est une très belle ville avec une église superbe à plusieurs titres mais ce qui m'a frappé ce sont les croix, et notamment les croix dela Passion.
Il existe une tradition qui consiste à représenter la croix du Christ avec les instruments qui ont servi à sa Passion ou les objets qui ont un rapport avec elle. Généralement Jésus n'est pas sur la croix et seuls les instruments et objets sont figurés et disposés harmonieusement.
Voir la liste des objets en fin de page.
J'ignore l'origine de cette tradition que l'on trouve dans diverses régions, mais à Collonges la Rouge on trouve trois croix de la Passion.
Une croix dans la chapelle des pénitents noirs (image de la base Palissy http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr)
Une croix de la passion sur le retable de l'autel de gauche
(image de Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Passion_du_Christ)
Et une croix extérieure entre la chapelle des pénitents et l'église, dont on ne trouve de photo nulle part et dont mon cliché est très médiocre car la végétation et l'orientation me génaient.
A première vue cette croix n'a rien d'extraordinaire, on y retrouve certains "instruments" comme sur d'autres mais si on regarde le côté droit (gauche ici car la croix est prise de derière) on peut voir une sorte de barette composée de petits ronds de métal (image de face et image agrandie)
On reconnaît des pièces de monnaie et on peut on compter 30. Ce sont les 30 pièces d'argent données à Judas pour le prix de sa trahison
Alors, l'un des Douze, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres
et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui proposèrent trente pièces d'argent.
Dès lors, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.
Evangile selon Matthieu ch 26 versets 14 à 16
La présence de ces 30 pièces sur une croix de la passion n'est pas unique mais elle est assez rare, car on touve plus souvent la bourse de Judas que les pièces sans dout pour une raison pratique.
Mais à Collonges les pièces sont représentées aussi sur le retable de l'église. Ce retable est très original, il comporte à gauche une croix de la passion (voir image plus haut) et sur la partie droite une colonne de la passion entouré de plusieurs instruments dont les 30 pièces, alignées sur un seul rang.
(image de Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Passion_du_Christ)Je donne la liste des objets ou les instruments qui entourent la passion :
- Marteaux, clous, tenailles,
- L' échelle pour descendre le corps de la croix ,
- Les deux croix des larrons,
- La lance du centurion,
- L'éponge imbibée de vinaigre au bout d'une branche d'hysope,
- La couronne d'épines,
- Le sceptre,
- Le coq de saint-Pierre,
- La colonne,
- La bourse de Judas ou les trente pièces d'argent,
- La lanterne des gardes, les torches,
- Le glaive de Saint-Pierre,
- Le roseau de la moquerie,
- Le fouet de la flagellation,
- La tunique sans couture,
- les dés pour tirer au sort les vêtements,
- Le calice de l'agonie,
- La main du grand-prêtre qui gifla le Christ...
J'aimerais bien connaître d'autres représentations de ces pièces et aussi l'origine de ces croix de la passion
11:01 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : croix, passion, judas, pieces
dimanche, 06 avril 2008
LA TOUR DE BABEL
J’en profite pour exploiter quelques pistes d’un mythe biblique que je n’ai pas traité dans mon site sur les Images de la Bible.
NAISSANCE DU MYTHE
Livre de la Genèse ch.11 1 Tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots. 2 Comme les hommes se déplaçaient à l'orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s'y établirent. 3 Ils se dirent l'un à l'autre : Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu ! La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. 4 Ils dirent : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre !5 Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. 6 Et Yahvé dit : Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. 7 Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres. 8 Yahvé les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. 9 Aussi la nomma-t-on Babel, car c'est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre et c'est de là qu'il les dispersa sur toute la face de la terre
« Babel » vient d’un mot akkadien qui signifie « porte de dieu ». Le mot est aussi proche du mot hébreu bâlal qui signifie « confondre, embrouiller ». Le nom de Babel traduirait donc ce brouillage de langues. Mais le terme Babel signifie aussi Babylone en hébreu, et il est employé souvent dans la Bible avec cette acception.
La tour de Babel biblique semble s'apparenter à une "ziggurat", probablement celle qui fut mise à jour en 1913 dans les ruines de Babylone mais on en trouve ailleurs dans de nombreuses anciennes villes mésopotamiennes.
Les ziggurats sont des tours carrées à étages, qui dominaient chaque grande ville en Mésopotamie. Composées d’un massif de briques plein, et de plusieurs terrasses superposées, en retrait les unes par rapport aux autres elles comportaient un sanctuaire, elles manifestaient de loin le pouvoir de la ville et de son dieu.
À Babylone la première mention de la tour à étages remonte à Hammourabi. Plusieurs fois ruinée, elle fut reconstruite sous Nabuchodonosor II au VII e siècle av. J.-C. sur les vestiges de l’ancienne construction. Lorsque les habitants de Jérusalem furent déportés à Babylone au VIème siècle av. J.-C., ils purent certainement contempler la ziggurat restaurée par leurs vainqueurs. La tour sera définitivement démolie par Alexandre le Grand en 331 av. J.-C..

"Au milieu se dresse une tour massive, longue et large d'un stade, surmontée d'une autre tour qui en supporte une troisième, et ainsi de suite, jusqu'à huit tours. Une rampe extérieure monte en spirale jusqu'à la dernière tour ; à mi-hauteur environ il y a un palier et des sièges, pour qu'on puisse s'asseoir et se reposer au cours de l'ascension. La dernière tour contient une grande chapelle, et dans la chapelle on voit un lit richement dressé, et près de lui une table d'or. Mais il n'y a point de statue, et nul mortel n'y passe a nuit, sauf une seule personne, une femme du pays, celle que le dieu a choisie entre toutes, disent les Chaldéens qui sont les prêtres de cette divinité."
LA TOUR BIBLIQUE AU MOYEN-AGE ET A LA RENAISSANCE
Comme le texte biblique, qui est très bref, ne fournit aucune indication sur la forme ni sur les dimensions de la tour, l’interprétation iconographique a été libre durant tout le Moyen Age.
Ces œuvres des XIVème et XVème s .(les références des œuvres seront données dans l’album) représentent le chantier de la construction de la tour de Babel, les ouvriers et les maçons s’affairent à tailler les pierres, et à dresser les murs. Les instruments utilisés sont simples mais le système de levage est plus recherché.
À la différence de ce qui est dit dans le texte de la Genèse, la construction s’effectue en pierres et non en briques. Au premier plan, un personnage coiffé d’un turban et tenant un sceptre représente Nemrod, roi légendaire considéré comme le bâtisseur de la tour. Il est vêtu comme un prince turc. Ce personnage est une invention des commentateurs du texte biblique notamment de Philon d’Alexandrie, au Ier siècle de notre ère.
Alors que la tour de gauche ressemblait assez par sa forme à une ziggourat, celle de droite est plus proche d’un clocher de cathédrale. Mais on retrouve les maçons, la taille de la pierre, le roi Nemrod. Au loin à gauche on voit la grande Babylone représentée comme une ville d’Occident.
A la Renaissance, le sujet change un peu, l’accent n’est plus mis sur la construction mais sur la prouesse et la taille d’une œuvre inachevée.
C’est Pierre Breughel, qui créa le modèle en peignant deux oeuvres très proches, l’une en 1563, l’autre en 1568. Le roi Nemrod n’est présent que sur l’un des tableaux, mais désormais la tour s’inscrit dans un paysage urbain et des activités portuaires empruntés à la réalité de l’époque. La tour, toujours en pierres et riche en éléments architecturaux (arcs, contreforts, galeries ajourées), est inachevée, mais elle monte très haut vers le Ciel qui la menace parfois de gros nuages noirs.
AU DELA DE LA BIBLE
A partir du XVIIème s. la Tour de Babel perd sa référence strictement biblique pour devenir un sujet qui a sa propre existence, sans pour autant devenir totalement neutre.
La tour devient un modèle architectural.
A gauche modèle encore classique, mais déjà surréaliste pour Monsù Desiderio, pseudonyme mystérieux derrière lequel se cachent François de Nomé et Didier Barra, peintres nés à Metz à la fin du XVIe siècle, et installés à Naples pendant la première moitié du XVIIe siècle.
A droite modèle quasiment philosophique pour ce dessin de l’architecte Étienne-Louis Boullée (1728-1799) réalisé à la fin de sa vie, modèle graphique qui s’inscrit dans les utopies des Lumières. http://expositions.bnf.fr/boullee/arret/d5/d5-1/d5-1.htm<...Mais aussi pour la fameuse œuvre de Vladimir Tatline (1885-1953), le Monument à la Troisième Internationale, qui date de 1920, une maquette constructiviste qui ne se réalisa jamais.
Tous ces projets ont en commun une certaine utopie qui renvoie au rêve de Babel, mais le projet démoniaque est inversé et devient celui de l’Utopie libératrice. La tour un simple défi de hauteur ? Toutes les tours des XIXème XXème et XXIème siècles sont de tels défis Depuis celle d’Eiffel jusqu’à la course actuelle entre les gratte-ciel d’Asie, Toutes les tours des XIXème XXème et XXIème siècles sont de tels défis Mais les tours ne sont pas indépendantes des villes et celles-ci suscitent à la fois peur et séduction, et renvoient à une folie de la démesure qui rappelle celle de la tour de Babel. Ainsi le film de Fritz Lang en 1927 « Metropolis » ou ce dessin du Hollandais Maurits Escher (1898-1972) qui date de 1928Retour à Babel ?
Je termine par un clin d’œil vers le modèle de Bruegel avec trois images trouvées par hasard sur Internet Un montage photographique d’une jeune artiste américaine, Julee Holcombe (née aux E.U. en 1972) qui reconstruit la tour de Bruegel à partir des gratte-ciel poussant sur les friches industrielles. Un faux Chagall
Et une vraie illustration du texte biblique
15:46 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
dimanche, 03 septembre 2006
ABEL, ABRAHAM ET MOISE ... JESUS A LANGEAIS
Pendant ces vacances d'été je suis passé à Langeais, où se trouve un magnifique château construit au XVème siècle et qui a abrité le mariage de Charles VIII et d'Anne de Bretagne. Il a été restauré par Jacques Siegfried à la fin du XIXème s. qui a réuni à cette occasion une belle collection de tapisseries flamandes des XVème et XVIème siècles.
Dans la chambre des carreaux verts on trouve une grande tapiserie appelée le meurtre d'Abel mais qui représente bien plus. Cette tenture se lit de gauche à droite, on peut y distinguer 3 scènes principales centrées sur Abel, Abraham et Moïse, mais un regard plus précis amène à voir au dessus de chaque scène principale d'autres petites scènes concernant les mêmes personnages.
Je vous propose de regarder chaque scène et de voir le sens de leur agencement ensuite. Je renvoie aussi, pour explications compléméntaires, aux pages de mon site sur les Images de la Bible.
A gauche donc la scène du meurtre d'Abel par Caïn, ce dernier est armé d'une mâchoire d'âne ce qui est assez traditionnel, elle rappelle la mâchoire utilisée par Samson pour tuer les Philistins, action bien sûr très postérieure... http://imagesbible.jexiste.fr/FICHES/F_A_cain.htm
Au dessus de cette représentation du meurtre, on peut voir deux scènes plus petites : à gauche l'offrande de Caïn et Abel, ils sont à genoux devant un autel de pierre et leurs offrandes brûlent, mais celle de gauche est sans flamme alors que celle de droite en a une belle qui s'élève vers le ciel, où Dieu apparaît et bénit. C'est une façon de monter que Dieu accepte l'offrande d'Abel (une brebis) et refuse celle de Caïn (des céréales), un choix dont les commentaires sont innombrables..
.
Mais la petite scène de droite est plus surprenante, on y voit un homme qui bêche et une femme qui file avec sa quenouille tandis que deux enfants jouent devant elle. Il s'agit d'Adam et d'Eve après la chute qui travaillent , les deux enfants sont Caïn et Abel. http://imagesbible.jexiste.fr/FICHES/F_A_chute.htm
La scène centrale concerne Abraham, c'est sa rencontre avec Melchisedech. Ils sont entourés de nombreux amis et serviteurs, Abraham, à gauche, est en chevalier de la fin du Moyen Age, le roi Melchisedech, à droite, est habillé comme un prêtre juif, il offre à Abraham du pain et du vin, ce dernier dans un calice qui est semblable à celui utilisé pendant la messe chrétienne. http://imagesbible.jexiste.fr/FICHES/F_A_Ab_Melchi1.htm
Alors que Melchisedech est surmonté par la tour de la ville de
Jérusalem, deux petites scènes annexes se trouvent au dessus d'Abraham, sur la première un homme s'agenouille devant 3 anges. Il s'agit de la rencontre d'Abraham et de Dieu représenté par 3 hommes ou anges, image de la Trinité. http://imagesbible.jexiste.fr/FICHES/F_A_3anges.htm
La saconde montre Abraham s'apprêtant à sacrifier son fils Isaac, ce dernier est à genoux sur l'autel, son père tend le couteau mais le bras de Dieu le retient, tandis qu'un mouton apparaît sur la gauche, il remplacera l'enfant que Dieu sauve. http://imagesbible.jexiste.fr/FICHES/F_A_sacrifice.htm
La partie droite de la tapisserie concerne Moïse. La grande scène représente le repas pascal, celui que les Hébreux prennent avant de quitter l'Egypte, le repas de la libération, de l'Exode. Ils sont prêts à partir, sandales, manteaux, ceintures nouées et bâtons, un homme enfile sa guêtre ... ils mangent debout comme des gens pressés, sur la table l'agneau qui a été sacrifié pour ce passage (=pâque) et des herbes amères (pour se souvenir du temps de l'esclavage), et Moïse au centre est représenté comme le Christ.
Les petites scènes du haut concernent aussi Moïse, à gauche il garde le troupeau de son beau père et à droite il s'est déchaussé devant un petit arbre, d'où Dieu surgit, c'est la
révélation à travers le buisson ardent.
http://imagesbible.jexiste.fr/FICHES/F_AT_buisson.htm
Si on reprend la série des scènes de cette tapisserie :
Abel le juste est assassiné par son frêre, meurtre qui est une conséquence du péché originel, de la nouvelle condition des hommes, ce meurtre préfigure la mort du Christ.
Abraham reçoit la promesse de Dieu (les 3 anges lui annoncent la naissance de son fils), Abraham montre sa fidélité à Dieu en acceptant de sacrifier Isaac, ce que Dieu refuse, le père qui accepte le sacrifice du fils renvoie à la passion du Christ. Abraham partage le pain et le vin avec le roi-prêtre Melchisedech, image de l'eucharistie future.
Moïse reçoit la révélation de Dieu " Je suis Celui qui suis", il guide son peuple vers la libération en faisant le rite de la pâque, il est l'image de Jésus : Celui qui révêle le Père, celui qui sauve et libère les hommes par sa "pâque", il est le véritable agneau pascal
Donc un ensemble de scènes de l'Ancien Testament qui ne sont que des images, des attentes de Jésus et de son eucharistie. http://imagesbible.jexiste.fr/FICHES/F_N_cene.htm
Cette tapisserie est d'ailleurs complétée par une autre "Le miracle des Billettes" qui montre deux miracles du XIIIème s. mettant en scène des Juifs qui profanent l'hostie et qui sont directement condamnés par Dieu présent dans l'eucharistie (oeuvre fortement antisémite).
L'ensemble porte parfois le nom d'Histoire du Saint Sacrement, la tenture fut donnée à l'église abbatiale de Notre-Dame la Charité du Ronceray à Angers par Louise Le Roux, doyenne de l'abbaye, vraisemblablement en l'honneur d'Ysabelle de la Jaille, abbesse du Ronceray de 1505 à 1518. Elle est contemporaine de ces dates et provient d'ateliers flamands.
Les images sont tirées de "Tapisseries du Château de Langeais" par Jean Favier, hors série de Beaux-Arts Magazine, cette brochure qui présente toutes les tapisseries du château est remarquable, on peut se la procurer chez l'éditeur ou à la caisse du château.
14:33 Publié dans art, Blog, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tapisserie, Angers, Langeais, Abel, Abraham, Moïse, Jésus
jeudi, 13 juillet 2006
David et Judith coupeurs de têtes...
David blesse mortellment Goliath non pas avec une épée mais avec sa fronde de berger,puis il prend le sabre du géant pour lui trancher la tête.(voir http://imagesbible.jexiste.fr/FICHES/F_A_goliath.htm)
Judith tue Holopherne en lui tranchant directement la tête avec l'épée qu'elle a prise pendant qu'ivre, il dormait.![]()
(voir http://imagesbible.jexiste.fr/FICHES/F_A_Judith.htm)
Dans les deux cas c'est donc avec leurs propres armes que Goliath et Holopherne sont décapités. C'est assez logique puisqu'un berger comme David n'a pas d'arme de combat et encore moins une jeune veuve comme Judith..
Je trouve ce parallèle assez troublant mais je ne vois pas où trouver un commentaire, les rabbins ne s'y intéressent pas puisque le livre de Judith ne fait pas partie de la Bile juive.
J'ai mis en parallèle des images de la décapitation, ce qui est frappant c'est l'acharnement mis par Judith, est-ce seulement parce qu'elle est une faible femme? parce qu'elle le tue en le décapitant alors que Goliath est déjà mourant quand David lui coupe la tête ?
Dans les deux cas la tête tranchée sert de preuve puisque David comme Judith la rapportent comme trophée de victoire dans leur camp
09:35 Publié dans art, Blog, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : art, bible, christianisme, peinture, religion
mercredi, 28 juin 2006
JEU DE MAINS PAR LE CARAVAGE
Je suis allé voir l'exposition d'Amsterdam sur Rembrandt-Le Caravage. Une superbe exposition qui m'a enthousiasmé, elle est construite comme une comparaison entre ces deux peintres qui sont de générations différentes et ne se sont bien sûr jamais rencontrés.
Pour ceux que cela intéresse il existe un site assez extraordinaire pour une visite virtuelle http://www.rembrandt-caravaggio.nl/index_en.htm
La comparaison ne porte pas forcément sur les mêmes scènes comme la Sainte famille ou le sacrifice d'Abraham, mais aussi sur des rapprochements formels ainsi Judith et Holopherne du Caravage comparé à l'Aveuglement de Samson de Rembrandt.![]()
Un tableau m'a particulièrement frappé : l'Arrestation du Christ par Le Caravage.
Cette oeuvre que est construite sur les mains et les bras. Contrairement à d'autres artistes Le Caravage ne représente pas le baiser de Judas mais une sorte d'enlacement, une prise de possession qui n'est pas forcément menaçante mais dont la signification est donnée par le geste parfaitemeant parallèle du bras du soldat. Jésus qui a compris, croise les mains comme s'il s'attendait à les voir liées. Enfin deux mains sont lancées vers le ciel, à droite celle d'un spectateur qui tend la main pour mieux voir, saisir ? et à gauche la main ouverte d'un homme qui s'enfuit de peur. Cet homme est le jeune homme décrit seulement par Marc dans son évangile : Et, l'abandonnant, ils prirent tous la fuite. Un jeune homme le suivait, n'ayant pour tout vêtement qu'un drap, et on le saisit ; mais lui, lâchant le drap, s'enfuit tout nu Mc 14, 50-52.
Ces mains forment un triangle une pointe en bas (les mains soumises de Jésus), deux en haut (les deux mains de la peur ou de la surprise) et les deux bras de l'arrestation donnent force et sens à l'ensemble.
L'album donne quelques exemples d'autres "Arrestations" provenant du site http://imagesbible.jexiste.fr/FICHES/F_NT_arrestation.htm
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